‹ MaximesChapitre 159 sur 457 · V. DE LA CONFIANCE · texte numérisé non relu

V. DE LA CONFIANCE

B IEN que la sincérité et la confiance aient du rapport, elles sont néanmoins différentes en plusieurs

choses : la sincéritérest-une-ouverture decœurt, qui nous

montre tels que nous sommes; c’est un amour de la vérité, une répugnance à se déguiser, un désir de se dédommager de ses défauts, et de les diminuer même par le mérite de les avouer. Lasconfiancesne nous laisse pas tant de liberté, ses règles sont plus étroites, elle

et nous ne sommes pas toujours libres d’en disposer : il ne s’agit pas de nous uniquement, et nos intérêts sont mêlés d’ordinaire avec les intérêts des autres. Elle a besoin d’une grande justesse pour ne livrer pas nos amis en nous

10. Version de Brotier pour cet alinéa : « Toute sorte de conversation, quelque spirituelle qu’elle soit, n’est pas également propre à routes sortes de gens d'esprit : il faut choisir ce qui est de leur goût, et ce qui est convenable à leur condition, à leur sexe, à leurs talents, et choisir même le temps de le dire. Observons le lieu, l'occasion, l'humeur où se trouvent les personnes qui nous écoutent, car s’il y a beaucoup d'art à savoir parler à propos, il n’y en a pas moins à savoir se taire. Il y a un silence éloquent qui sert à approuver et à condamner; il y a un silence de discrétion et de respect; il y a enfin des tons, des airs et des manières qui font fout ce qu’il y a d’agréable ou de désagréable, de délicat ou de choquant dans la conversation; mais le secret de s’en bien servir est donné à peu de personnes; ceux mêmes qui en font des règles s’y méprennent souvent, et la plus sûre qu'on en puisse donner, c'est écouter beaucoup, parler peu, et ne rien dire dont on puisse avoir sujet de se rebentir. »

V. DE LA CONFIANCE. N° 1 des deux éditions du XVIII° siècle. 1. Cette définition se retrouve dans la maxime 62.

Page 1