VI. DE L'AMOUR ET DE LA MER
C EUX qui ont voulu nous représenter l'amour et ses caprices l'ont comparé en tant de sortes à la mer qu'il est malaisé de rien ajouter à ce qu'ils en ont dit. 115 nous ont fait voir que l'un et l'autre ont une inconstance et une infidélité égales, que leurs biens et leurs maux sont sans nombre, que les navigations les plus heureuses sont exposées à mille dangers, que les tempêtes et les écueils sont toujours à craindre, et que souvent même on fait naufrage dans le port. Maïs en nous exprimant tant d'espérances et tant de craintes, ils ne nous ont pas assez montré, ce me semble, le rapport qu'il y à
13. G (seul): 507 premier devoir est indispensablement de conserver le dépôt.
14. Sur les préoccupations manifestées par cette réflexion, cf. Portrait, P. 257.
VI. DE L'AMOUR ET DE LA MER. Réflexion publiée pour la première fois par Barthélemy (n° 11). Nous limprimons en italique parce que sur le manuscrit G elle est barrée et s'accompagne de l’indication 4 retrancher; elle n’existe pas dans le manuscrit 325 bis. Toutefois la
copie Chapet la donne. Cf. notice, pp. 179 et 180.
d'un amour usé, languissant et sur sa fin, à ces longues *bonaces, à ces calmes ennuyeux, que l'on rencontre sous la */igne : on est fatigué d'un grand voyage, on souhaite de l'achever ; on voit la terre, mais on manque de vent pour y arriver ; on se voit exposé aux injures des saisons ; les maladies et les langueurs empêchent d'agir; l'eau et les vivres manquent ou changent de goût; on a recours inutilement aux secours étrangers ; on essaye de pêcher, et on prend quelques poissons, sans en tirer de soulagement ni de nourriture; on est las de tout ce qu'on voit, on est toujours avec ses mêmes pensées, et on est toujours ennuyé; on vit encore, et on 4 regret à vivre; on attend des désirs pour sortir d'un état pénible et languissant, mais on n'en forme que de faibles et d'inutiles.