G (seul) : dx rapport à nous paraît
XI. DU RAPPORT DES HOMMES AVEC LES ANIMAUX. Réflexion publiée pour la 1'° fois par Barthélemy (n° 7).
r. Cette singulière réflexion semble devoir être rattachée à un courant d'idées qui remonte, plutôt qu'aux vieux bestiaires, au développement de la science de la physionomie. En 1655 parut une traduction française, par Ruault, du De humana physiognomonia du physicien napolitain Jean-Baptiste Porta (1"° édition en 1586). Dans ce curieux livre sont examinées très en détail les relations qui existent entre le physique et le moral (avec une insistance particulière sur ce que révèlent les yeux); il est illustré de dessins mettant en parallèle une tête d'homme et une tête d’animal qui présentent des analogies, chaque animal correspondant à un ou plusieurs traits de caractère humains. Cette idée fut reprise par le peintre Charles Le Brun, qui
Combien y a-t-il d'hommes qui vivent du sang et de la vie des innocents, les uns comme des tigres, toujours farouches et toujours cruels, d’autres comme des lions, en gardant quelque apparence ? de générosité, d’autres comme des ours, grossiers et avides, d’autres comme des loups, *“ravissants et impitoyables, d’autres comme des renards, qui vivent d’xindustrie, et dont le *métier est de tromper !
Combien y a-t-il d'hommes qui ont du rapport aux chiens ! Ils détruisent leur espèce ; ils chassent pour le plaisir de celui qui les nourrit ; les uns suivent toujours leur maître, les autres gardent sa maison. Il y a des lévriers d’attacheÿ, qui vivent de leur valeur, qui se destinent à la guerre, et qui ont de la noblesse dans leur *courage ; il y a des dogues acharnés, qui n’ont de qualités que la fureur; il y a des chiens, plus ou moins inutiles, qui aboient souvent, et qui mordent quelquefois, et il y a même des chiens de jardinier. Il y a des singes et des guenons qui plaisent par leurs manières, qui ont de l'esprit, et qui font toujours du mal. Il y a des paons qui n'ont que de la beauté, qui déplaisent par leur chant, et qui détruisent les lieux qu’ils habitentÿ.
l'a développée dans une conférence faite en 1671, et qui a, lui aussi, dessiné de nombreuses études parallèles de têtes et d’yeux d'hommes et d'animaux (cf. H. Jouin, Charles Le Brun et les Arts sous Louis XIV, 1889, pp. 391-393 et 591 sq.). La Rochefoucauld ne s'arrête pas à l'aspect plastique de cette théorie, mais il retient l’idée que les divers tempéraments humains correspondent à diverses espèces animales. Bien entendu, tout cela n’est pas non plus sans rapports avec les fables de La Fontaine, lequel montrera dans une fable (X, XV, Les Lapins) que l’homme «se comporte en mille occasions comme les animaux» et la dédiera à La Rochefoucauld en lui disant qu'il lui doit ce qu’elle a de «solide».— Cf. encore Ph. A. Wadsworth, La Fontaine and La Rochefoucauld (The Romanic Review, décembre 1955).