‹ MaximesChapitre 180 sur 457 · DU FAUX · texte numérisé non relu

DU FAUX

faux dans leur goût et dans leur conduite; ils se montreraient tels qu’ils sont; ils jugeraient des choses par leurs lumières, et s’y attacheraient par raison“; il y aurait de la proportion dans leurs vues et dans leurs *sentiments; leur goût serait vrai, il viendrait d’eux et non pas des autres, et ils le suivraient par choix, et non pas par coutume ou par hasard.

Si on est faux en approuvant ce qui ne doit pas être approuvé, on ne l’est pas moins, le plus souvent, par l'envie de se faire valoir par des *qualités® qui sont bonnes de soi, mais qui ne nous conviennent pas : un magistrat est faux quand il se pique d’être brave, bien qu'il puisse être hardi dans de certaines “rencontres, il doit paraître ferme et assuré dans une sédition qu'il a droit d’apaiser, sans craindre d’être faux, et il serait faux et ridicule de se battre en duel. Une femme peut aimer les sciences, mais toutes les sciences ne lui conviennent pas toujours, et l’entêtement de certaines sciences ne lui convient jamais, et est toujours faux.

Il faut que la raison et le bon sens mettent le prix aux choses, et qu’elles déterminent? notre goût à leur donner le rang qu’elles méritent et qu'il nous convient? de leur donner; mais presque tous les hommes” se trompent dans ce prix et dans ce rang,etilya toujours de la fausseté dans ce *mécompte.

Les plus grands rois sont ceux qui s’y méprennent le plus souvent : ils veulent surpasser les autres hommes en valeur, en savoir, en galanterie, et dans mille autres qualités où tout le monde a droit de prétendre; mais ce goût d'y surpasser les autres peut être faux en eux, quand il va trop loin. Leur émulation doit avoir un autre objet : ils doivent imiter Alexandre, qui ne voulut

. G (seul) : par leur raison.

. G (seul) : ex des qualités.

Lapsus du manuscrit 325 bis : conviennent.

. G (seul) : et déterminent.

Les manuscrits 325 bis et Chapet donnent : ef qui nous convient.

(Au xvIIe siècle gui et qu'il étaient mal distingués l’un de l’autre.) 9. G: tous les hommes presque.

CONRONVES

disputer du prix!° de la course que contre des rois!1, et se souvenir que ce n’est que des qualités particulières à la royauté qu'ils doivent disputer. Quelque vaillant que puisse être un roi, quelque savant et agréable qu’il puisse être, il trouvera un nombre infini de gens qui auront ces mêmes qualités aussi avantageusement que lui, et le désir de les surpasser paraîtra toujours faux, et souvent même il lui sera impossible d’y réussir; mais s’il s'attache à ses devoirs véritables, s’il est magnanime, s’il est grand capitaine et grand politique, s’il est juste, clément et *libéral, s’il soulage ses sujets, s’il aime la gloire et le repos de son Etat, il ne trouvera que des rois à vaincre dans une si noble carrière; il n’y aura rien que de vrai et de grand !? dans un si juste dessein, le désir 1 d’y surpasser les autres n’aura rien de faux. Cette émulation est digne d’un roi, et c’est la véritable gloire où il doit prétendre.

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