XV. DES COQUETTES ET DES VIEILLARDS
SE est malaisé de rendre “raison des goûts en général, il le doit être encore davantage de rendre raison du goût des femmes coquettes. On peut dire néanmoins que l'envie de plaire se répand généralement sur tout ce qui peut flatter leur vanité, et qu'elles ne trouvent rien d’indigne de leurs conquêtes. Mais le plus incompréhensible de tous leurs goûts est!, à mon sens, celui qu’elles ont pour les vieillards qui ont été *galants. Ce goût paraît trop bizarre, et il y en a trop d'exemples, pour ne chercher pas la cause d’un sentiment tout à la fois si commun et si contraire à l'opinion que l’on a des femmes. Je laisse aux philosophes à décider si c’est un soin charitable de la nature, qui veut consoler les vieillards dans leur misère, et qui leur fournit le secours des coquettes par la même prévoyance qui lui fait donner des ailes aux chenilles, dans le déclin de leur vie, pour les rendre papillons?;