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PORTRAIT DE Mme DE MONTESPAN

MT de Rochechouart est fille du duc de Mortemart et femme du marquis de Montespan. Sa beauté est surprenante ; son esprit et sa conversation Ont encore plus de charme que sa beauté. Elle fit dessein de plaire au Roi et de l’ôter à La Vallière dont il était amoureux. Il négligea longtemps cette conquête, et il en fit même des railleries. Deux ou trois années se passèrent sans qu’elle fit d’autres progrès que d’être dame du palais attachée particulièrement à la Reine, et dans une étroite familiarité avec le Roi et La Vallière. Elle ne se rebuta

s2. Écho de l'émotion soulevée par les crimes et le procès de la marquise de Brinvilliers (1676).

PORTRAIT DE Mme DE MONTESPAN. Publié pour la 1° fois dans l’appendice au tome I de l'édition G.E.F., d’après le manuscrit 325 bis. 1. Étourderie de La Rochefoucauld : Mme de Moritespan s'appelait Françoise-Athénaïs; c'était sa mère, la duchesse de Mortemart, qui

s'appelait Diane.

pas néanmoins, et se confiant à sa beauté, à son esprit, et aux offices de Mme de Montausier?, dame d’honneur de la Reine, elle suivit son projet sans douter de l’*événement. Elle ne s’y est pas trompée : ses charmes et le temps détachèrent le Roi de La Vallière, et elle se vit maîtresse déclarée®. Le marquis de Montespan sentit son malheur avec toute la violence d’un homme jaloux. Il s’emporta contre sa femme; il reprocha publiquement à Mme de Montausier qu’elle l’avait entraînée dans la honte où elle était plongée. Sa douleur et son désespoir firent tant d'éclat qu'il fut contraint de sortir du royaume pour conserver sa liberté. Mme de Montespan eut alors toute la facilité qu’elle désirait, et son crédit n’eut plus de bornes. Elle eut un logement particulier dans toutes les maisons du Roi; les conseils secrets se tenaient chez elle. La Reine céda à sa faveur comme tout le reste de la cour, et non seulement il ne lui fut plus permis d’ignorer un amour si public, mais elle fut obligée d’en voir toutes les suites sans oser se plaindre, et elle dut à Mme de Montespan les marques d’amitié et de douceur qu’elle recevait du Roi. Mme de Montespan voulut *encore que La Vallière fût témoin de son triomphe, qu’elle fût présente et auprès d’elle à tous les divertissements publics et particuliers ; elle la fit entrer dans le secret de la naïissance de ses enfants dans les temps où elle cachait son état à ses propres domestiques. Elle se lassa enfin de la présence de La Vallière malgré ses soumissions et ses souffrances, et cette fille simple et crédule fut réduite à prendre l’habit de carmélite, moins par dévotion que par faiblesse, et on peut dire qu’elle ne quitta le monde que pour faire sa cour.

2. Julie d’Angennes, fille de la marquise de Rambouillet, qui avait épousé le duc de Montausier; elle avait été nommée en 1664 première dame d’honneur de la reine en remplacement de Mme de Navailles, dont la sévérité avait gêné les amours du roi.

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