DU QUES NE
et se ramasse en une quand il le faut et comme il lui plaît. Il est inconstant et, outre les changements qui lui viennent des causes étrangères, il en a une infinité qui naissent de lui et de son propre fonds, car il est naturellement inconstant de toutes manières! ; il est inconstant d’inconstance, de légèreté, d'amour, de nouveauté, de lassitude et de dégoût2.
Il est capricieux®, et on le voit quelquefois travailler avec la dernière application, et avec des travaux incroyables, à obtenir des choses qui ne lui sont point avantageuses et qui même lui sont nuisibles5, et qu’il poursuit seulement parce qu'il les veut.
Il est bizarre et met souvent toute son application dans les emplois les plus frivoles; il trouve tout son plaisir dans les plus fades et conserve toute sa fierté dans les plus méprisables.
Il est dans tous les états de la vie et dans toutes les conditions; il vit partout, il vit de tout, et il vit de rien; il s’accommode des choses et de leur privation; il passe même dans le parti des gens de piété qui lui font la guerre; il entre dans leurs desseins et, ce qui est admirable il se hait lui-même, avec eux il conjure sa perte, il travaille même à sa ruine; enfin il ne se soucie que d’être, et, pourvu qu'il soit, il veut bien être son ennemi.
Il ne faut donc pas$ s'étonner s’il se joint à la plus sévère piété, et s’il entre si hardiment en société avec elle pour se détruire, parce que, dans le même temps” qu'il se ruine en un endroit, il se rétablit en un autre; quand on pense® qu’il quitte son plaisir, il le change seulement en satisfaction; et lors même qu'il est vaincu et qu’on croit® en être défait, on le retrouve dans le triomphe de sa défaite.
Voilà la peinture de l’amour-propre, dont toute la vie n’est qu'une grande et longue agitation; la mer en est une image sensible, et l’amour-propre trouve dans la violence de ses