‹ MaximesChapitre 339 sur 457 · Lapsus de l'édition : szessent · texte numérisé non relu

Lapsus de l'édition : szessent

2. La comparaison avec le texte des manuscrits de Liancourt (n° 190). Barthélemy (n° 7) et Gilbert (variante de la maxime posthume n° 9) montre que ce mot s'explique par une confusion entre sentences, qui était la vraie leçon, et semences : on retrouve une erreur analogue dans les copies de 1663 (SL 192) : semées.

[64] Comme dans la nature il y a une éternelle génération, et que la mort d’une chose est toujours la production d’une autre, de même il y a toujours dans le cœur humain une génération perpétuelle de passions : en sorte que la ruine de l’une est toujours le rétablissement de l’autre (4x. 10, I 10).

[GS] Je ne sais si cette maxime, que chacun produit son semblable est véritable dans la physique; mais je sais bien qu'elle est fausse dans la morale, et que les passions en engendrent souvent qui leur sont contraires. Ainsi l’avarice produit quelquefois la libéralité, on est souvent ferme de faiblesse, et l'audace naît de la timidité (max. 11, I 11).

[66] Une preuve convaincante que l’homme n’a pas été créé comme il est, c'est que plus il devient raisonnable, plus il rougit en soi-même de l’extravagance, de la bassesse et de la corruption de ses sentiments et de ses inclinations (MP ro).

[67] On se mécompte toujours dans le jugement que l’on fait de nos actions quand elles sont plus grandes que nos desseins (ax. 160, 1 167).

[68] Il faut une certaine proportion entre les actions et les dessins qui les produisent; les actions ne font jamais tous les effets qu’elles doivent faire (max. 161, 1 168).

[69] La passion fait souvent du plus habile homme un sot, et rend quasi toujours les plus sots habiles (4x. 6, I 6).

[70] Chaque homme n’est pas plus différent des autres hommes qu’il l’est souvent de lui-même (max. 135, I 137).

[71] Tout le monde trouve à redire en autrui ce qu’on trouve à redire en lui (MS 5, I 33).

[72] Un homme d'esprit serait bien souvent embarrassé sans la compagnie des sots (max. 140, 1 142).

[73] Les pensées et les sentiments ont chacun un ton de voix, une action et un air qui leur sont propres (cf. la maxime suivante).

[74] C'est ce qui fait les bons et les mauvais comédiens, et c'est ce qui fait aussi que les personnes plaisent ou déplaisent (pour cette maxime et la précédente : max. 255, 1 278).

[75] La confiance de plaire est souvent un moyen de plaire! infailliblement (MS 46, I 256).

[76] Rien ne doit tant diminuer la satisfaction que nous avons de nous-mêmes, que de voir que nous avons été dans les états et dans les sentiments que nous désapprouvons à cette heure (max. 51, 1 58).

[771 Nous n'avons presque jamais assez de force pour suivre toute notre raison (4x. 42, 1 46).

[781 Ce qui nous fait aimer les connaissances nouvelles n’est pas tant la lassitude que l’on a des vieilles, ni le plaisir de changer, que le dégoût que nous avons de n'être pas assez admirés de ceux qui nous connaissent trop, et l'espérance que nous avons de l'être davantage de ceux qui ne nous connaissent guère (max. 178, 1 187).

[79] Les grandes âmes ne sont pas celles qui ont moins de passions et plus de vertus que les âmes communes, mais celles seulement qui ont de plus grandes vues (MS 31, I 161).

[80] On se vante souvent mal à propos de ne se point ennuyer, et l'homme est si glorieux qu’il ne veut pas se trouver de mauvaise compagnie (4x. I41, l 143).

[81] La santé de l’Âme n’est pas plus assurée que celle du corps, quelque éloignés que nous paraissions être des passions que nous n’avons pas encore ressenties. Il faut croire toutefois que l’on n’y est pas moins exposé qu’on l’est à tomber malade quand on se porte bien (max. 188, I 197).

[82] Les passions ont une injustice, et un propre intérêt, qui fait qu’elles offensent et blessent toujours, même lorsqu’elles parlent raisonnablement et équitablement. La charité a seule le privilège de dire quasi tout ce qu'il lui plaît et de ne blesser jamais personne ("”ax. 9, I 9).

[83] L'esprit est toujours la dupe du cœur (#4x 102, I 172).

[841] Quelque industrie que l’on ait à cacher ses passions

1. Cf, sur les hésitations entre plaire et déplaire, la note de la maxime supprimée n° 46.

sous le voile de la piété et de l’honneur, il y a toujours quelque endroit qui se montre (”4x. 12, 1 Ir2).

[8s] La philosophie triomphe aisément des maux passés et de ceux qui ne sont pas prêts d'arriver, mais les maux présents triomphent d'elle (max. 22, 1 25).

[86] La durée de nos passions ne dépend pas plus de nous que la durée de notre vie (max. 5, I 5).

[87] Quoique toutes les passions se dussent cacher, elles ne craignent pas néanmoins le jour; la seule envie est une passion timide et honteuse qu’on ne peut jamais avouer (max. 27, 1 30).

[88] L'amitié la plus sainte et la plus sincère n’est qu'un trafic où nous croyons toujours gagner quelque chose (#74x%x. 83,

[89] Ce qui rend nos amitiés si légères et si changeantes, c'est quil est aisé de connaître les qualités de l'esprit, et difficile de connaître celles de l’âme (max. 80, I 93).

[oo] Nous nous persuadons souvent mal à propos d’aimer les gens plus puissants que nous : l'intérêt seul produit notre amitié, et nous ne leur promettons pas selon ce que nous voulons leur donner, mais selon ce que nous voulons qu'ils nous donnent (max. 85, I 98).

[or] L'amour est en l’âme de celui qui aime ce que l’âme est au corps qui l’animet (MS 13, I 77).

[92] Il n’y a point d'amour pur et exempt du mélange de nos autres passions (”4x. 69, Î 79).

[93] Il est malaisé de définir l'amour; tout ce qu’on peut dire est que dans l’âme c’est une passion de régner, dans les esprits c’est une sympathie, et dans les corps ce n’est qu'une envie cachée et délicate de jouir de ce que l’on aime après beaucoup de mystère (max. 68, 1 78).

1. Lapsus évident. Toutes les autres versions donnent d’ailleurs qu'elle anime.

[94] On s’est trompé quand on a cru que l’amour et l’ambition triomphaient toujours des autres passions; c’est la paresse, toute languissante qu’elle est, qui en est le plus souvent la maîtresse : elle usurpe insensiblement l’empire sur tous les desseins, et sur toutes les actions de la vie; elle y détruit et y consomme toutes les passions et toutes les vertus (”14x. 266, I 289).

[os] Il n’y a point de déguisement qui puisse longtemps cacher l'amour où il est, ni le feindre où il n’est pas (max. 70, I 80).

[96] Comme on n’est jamais libre d’aimer ou de n’aimer pas, on ne peut se plaindre avec justice de la cruauté d’une maîtresse, ni elle de la légèreté de son amant (MS 62, I 81).

[o7] Si on juge de l’amour par la plupart de ses effets, il ressemble plus à la haine qu’à l'amitié (max. 72, 1 82).

[981 On peut trouver des femmes qui n’ont jamais fait de galanteries, mais il est rare d’en trouver qui n’en ait jamais fait qu'une (max. 73, 1 83).

[oo] Il y a deux sortes de constance en amour : l’une vient de ce que l’on trouve sans cesse de nouveaux sujets d’aimer en la personne que l’on aime, comme en une source inépuisable, et l’autre vient de ce qu’on se fait honneur de tenir sa parole (max. 176, 1 185).

[1xoo] Toute constance en amour est une inconstance perpétuelle qui fait que notre cœur s'attache successivement à toutes les qualités de la personne que nous aimons, donnant tantôt la préférence à l’une, tantôt à l’autre : de sorte que cette constance n’est qu’une inconstance arrêtée et renfermée dans un sujet (#ax. 175, 1 184).

[ror] Il y a deux sortes d’inconstances : la première vient de la légèreté de l'esprit, qui à tous moments change d’opinion, ou plutôt de la pauvreté de l'esprit, qui reçoit toutes les opinions des autres; la seconde, qui est plus excusable, vient de la fin du goût des choses que l’on aimait (max. 181, 1 190).

[102] Les grandes et éclatantes actions qui éblouissent les yeux sont représentées par les politiques comme les effets des grands intérêts, au lieu qu'ils! sont d'ordinaire les effets de l'humeur et des passions. Ainsi la guerre d’Auguste et d'Antoine, qu'on rapporte à l’ambition qu'ils avaient de se rendre maîtres du monde, était un effet de jalousie (max. 7, I 7).

[103] Les affaires et les actions des grands hommes ont (comme les statues) leur point de perspective. Il y en a qu'il faut voir de près, pour en discerner toutes les circonstances; et il y en a d’autres dont on ne juge jamais si bien que quand on en est éloigné (max. 104, 1 114).

[104] La jalousie est raisonnable et juste en quelque manière, puisqu'elle ne cherche qu'à conserver un bien qui nous appartient, ou que nous croyons nous devoir appartenir; au lieu que l’envie est une fureur qui nous fait toujours souhaiter la ruine du bien des autres (max. 28, I 31).

[105] L’amour-propre est l’amour de soi-même, et de toutes choses pour soi; il est plus habile que le plus habile homme du monde; il rend les hommes idolâtres d'eux-mêmes, et les rendrait les tyrans des autres si la fortune leur en donnait les moyens. Il ne repose jamais hors de soi, et ne s'arrête dans les sujets étrangers que comme les abeilles sur les fleurs, pour en tirer ce qui lui est propre. Rien n’est si impétueux que ses désirs, rien de si caché que ses desseins, rien de si habile que ses conduites : ses souplesses ne se peuvent représenter, ses transformations passent celles des métamorphoses, et ses raffinements ceux de la chimie On ne peut sonder la profondeur de ses projets, ni en percer les ténèbres; là il est à couvert des yeux les plus pénétrants. Il y fait mille insensibles tours et retours; là il est souvent invisible à lui-même. Il y conçoit, il y nourrit, et il y élève (sans le savoir) un grand nombre d’affections, et de haines. Il en forme quelquefois de si monstrueuses que lorsqu'il les a mises au jour, il les méconnaît, ou il ne peut se résoudre à les avouer. De cette nuit qui les couvre, naissent les ridicules persuasions qu’il a de lui-même; de là viennent ses erreurs, ses ignorances, ses grossièretés, et ses -niaiseries sur son sujet; de là vient qu'il croit que ses sentiments sont

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