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Lapsus pour e//es

morts lorsqu'ils ne sont qu'endormis, qu’il s'imagine n'avoir plus envie de courir quand il se repose, et pense avoir perdu tous les goûts qu'il a rassasiés. Mais cette obscurité épaisse qui le cache à lui-même n'empêche pas qu’il ne voie parfaitement ce qui est hors de lui, en quoi il est raisonnable! à nos yeux qui découvrent tout et sont aveugles seulement pour euxmêmes. En effet, dans ses plus grands intérêts et ses plus importantes affaires où la violence de ses souhaits appelle toute son attention, il voit, il sent, il entend, il imagine, il soupçonne, il pénètre, il devine tout : de sorte qu’on est tenté de croire que chacune de ses passions a une magie qui lui est propre. Rien n’est si intime et si fort que ses attachements, qu'il essaie de rompre inutilement à la vue des malheurs extrêmes qui le menacent. Cependant il fait quelquefois en peu de temps, et sans aucun effort, ce qu’il n’a pu faire avec tous ceux dont il est capable dans le cours de plusieurs années. D’où l’on pourrait conclure assez vraisemblablement que c’est par lui-même que ses désirs sont allumés, plutôt que par la beauté et par le mérite de ses objets; que son goût est le prix qui les relève et le fard qui les embellit; que c’est après lui-même qu'il court, et qu'il suit son gré. Il est tous les contraires, il est impérieux et obéissant, sincère et dissimulé, miséricordieux et cruel, timide et audacieux, et il a de différentes inclinations selon la diversité des tempéraments qui le tournent, et le dévouent pour l'ordinaire à la gloire ou aux richesses ou aux plaisirs. Il en change selon le changement de nos âges, de nos fortunes, et de nos expériences; mais il lui est indifférent d’en avoir plusieurs ou de n’en avoir qu’une parce qu'il se partage en plusieurs et se ramasse en une quand il le faut et comme il lui plaît; il est inconstant, et outre les changements qui lui viennent des causes étrangères il y en a une infinité qui naissent de lui et de son propre fonds. Il est inconstant d’inconstance, de légèreté, d'amour, de nouveauté, de lassitude et de dégoût; il est capricieux, et on le voit quelquefois travailler avec la dernière application et avec des travaux incroyables à obtenir des choses qui ne lui sont point avantageuses, et qui même lui sont nuisibles, mais qu’il poursuit parce qu'il les veut. Il est bizarre, et met souvent toute son application dans les emplois les plus frivoles. Il trouve tout son plaisir dans les plus fades,

1. Lapsus, probablement, pour semblable, mot que l’on trouve dans toutes les autres versions et qui présente un sens bien plus satisfaisant.

et conserve toute sa fierté dans les plus méprisables. Il est dans tous les états de la vie et dans toutes les conditions. Il vit partout, il vit de tout et il vit de rien, et il s’accommode des choses et de leur privation. Il passe même par pitié dans le parti des gens qui lui font la guerre. Il entre dans leurs desseins et, ce qui est admirable, il se hait lui-même avec eux, il conjure sa perte, il travaille même à sa ruine; enfin il ne se soucie que d’être : pourvu qu'il soit, il veut bien être son ennemi. Il ne faut pas s'étonner s’il se joint à la plus sévère pitié et s'il entre si hardiment en société avec elle pour se détruire, parce que dans le même temps qu'il se ruine en un endroit, il se rétablit en un autre; quand on pense qu’il quitte son plaisir, il le change seulement en satisfaction, et lors même qu'il est vaincu, et qu’on croit en être défait, on le retrouve dans les triomphes de sa défaite. Voilà la peinture de l’amour-propre, dont toute la vie n’est qu’une grande et longue agitation ; la mer en est une image sensible, et l’amourpropre trouve dans la violence de ses vagues continuelles . une fidèle expression de la succession turbulente de ses pensées et de ses éternels mouvements (MS x, I 1, et max. 4016 4)

[1061] Comme si ce n’était pas assez à l’amour-propre d’avoir la vertu de se transformer lui-même, il a encore celle de transformer les objets, ce qu’il fait d’une manière fort étonnante. Car non seulement il les déguise si bien qu'il y est lui-même abusé, mais aussi, comme si ses actions étaient des miracles, il change l’état et la nature des choses soudainement en effet!. Lorsqu'une personne nous est contraire, et qu’elle tourne sa haine et sa persécution contre nous, c’est notre amour-propre qui juge ses actions. Il donne même une étendue à ses défauts, qui les rend énormes, et met ses bonnes qualités dans un jour si désavantageux qu’elles deviennent plus dégoûtantes que ses défauts. Cependant, dès que cette même personne nous devient favorable ou que quelqu'un de nos intérêts la réconcilie avec nous, notre seule satisfaction rend aussitôt à son mérite le lustre que notre aversion venait de lui ôter. Tous ses avantages en reçoivent un fort grand du biais dont nous les regardons; toutes ses mauvaises qualités disparaissent, et nous appelons même

1. Phrase mal coupée. Cf. la maxime 107 du manuscrit de Liancourt et la maxime 1o1 de la r'° édition.

toute notre intelligence pour la forcer de justifier la guerre qu’elles nous ont fait (cf. la maxime suivante).

[107] Quoique toutes les passions montrent cette vérité, l'amour le fait voir plus clairement que les autres; car nous voyons un amoureux, agité de la rage où l’a mis un visible oubli, ou pour une infidélité découverte, conjurer le ciel et les enfers, et néanmoins, aussitôt que sa maîtresse s’est présentée et que sa vue a calmé la fureur de ses mouvements, son ravissement rend cette beauté innocente. Il n’accuse plus que lui-même, il condamne ses condamnations, et par cette vertu miraculeuse de l’amour-propre il ôte la noirceur aux actions mauvaises de sa maîtresse, et en sépare le crime pour en changer [sic] ses soupçons (pour cette maxime et la précédente : max. 88, 1 101).

[108] La familiarité” est un relâchement presque de toutes les règles de la vie civile que le libertinage a introduit dans la société pour nous faire parvenir à celle qu’on appelle commode (début de MP 33).

[109] C’est un effet de l’amour-propre qui, voulant tout accommoder à notre faiblesse, nous soustrait à l’honnête sujétion que nous imposent les bonnes mœurs et, pour chercher trop les moyens de nous les rendre commodes, le fait dégénérer en vices [sic] (MP 33, suite).

[rro] Les femmes, ayant naturellement plus de mollesse que les hommes, tombent plutôt dans ce relâchement, et y perdent davantage : l'autorité du sexe ne se maintient pas, le respect qu'on lui doit diminue, et l’on peut dire que l’honnête y perd la plus grande partie de ses droits. Peu de gens sont cruels de cruauté, mais l’on peut dire que la plupart des hommes sont cruels et inhumains d’amour-propre (MP 33, fin, et MS

[x11] L'amour de la gloire, et plus encore la crainte de la honte, le dessein de faire fortune, le désir de rendre notre

1. Les maximes 108, 109 et 110 (sauf la dernière phrase de celle-ci) forment un tout, et n’ont leur équivalent dans aucune autre version. Comme nous l’avons déjà fait remarquer, rien ne garantit leur authenticité.

vie commode et agréable, et l'envie d’abaisser les autres, font naître cette valeur qui est si célèbre parmi les hommes (max. 213, | 226).

[112] La vanité et la honte, et surtout le tempérament, fait la valeur des hommes, et la chasteté des femmes, dont on fait tant de bruit (max. 220, 1 234).

[113] La parfaite valeur et la poltronnerie complète sont des extrémités où l’on arrive rarement; l’espace qui est entre deux est vaste, et contient toutes les autres espèces de courages : il n’y a pas moins de différence entre eux qu’il y en a entre les visages et les humeurs. Cependant ils conviennent en beaucoup de choses. Il y a des hommes qui s'exposent volontiers au commencement d’une action, et qui se relâchent et se rebutent aisément par sa durée. Il y en a qui sont assez constants quand ils ont satisfait à l’honneur du monde et qui font fort peu de chose au-delà. On en voit qui ne sont pas toujours également maîtres de leur peur ; d’autres se laissent quelquefois emporter à des épouvantes générales; d’autres vont à la charge pour n’oser demeurer dans leurs postes. Enfin il s’en trouve à qui l’habitude des moindres périls affermit le courage et les prépare à s’exposer à de plus grands. Outre cela il y a un rapport général que l’on remarque entre tous les courages des différentes espèces dont nous venons de parler, qui est que la nuit, augmentant la crainte et cachant les bonnes et les mauvaises actions, leur donne la liberté de se ménager. Il y a encore un autre ménagement plus général, qui à parler absolument s'étend sur toutes sortes d'hommes : c’est qu’il n’y en a point qui fassent tout ce qu'ils seraient capables de faire dans une action s'ils avaient une certitude d’en revenir, de sorte qu'il est véritable que la crainte de la mort ôte quelque chose à leur valeur et diminue son effet (max. 215, 1 228).

[114] La pure valeur, s’il y en avait, serait de faire sans témoins ce qu’on est capable de faire devant le monde (»”4x%x. 216, Î 229).

[115] L’intrépidité est une force extraordinaire de l’âme par laquelle elle empêche les troubles, les désordres et les émotions que la vue des grands périls a accoutumé d'élever en elle. Par cette force les héros se maintiennent dans un état paisible et conservent l'usage libre de toutes leurs fonc-

uüons dans les accidents les plus terribles et les plus surprenants. Cette intrépidité doit soutenir le cœur dans les conjurations, au lieu que la seule valeur lui fournit toute la fermeté qui lui est nécessaire dans les périls de la guerre (max. 217 et MS 40, I 230 et 231).

[116] On ne veut point perdre la vie, et on veut acquérir de la gloire : de là vient que les braves ont plus d’adresse et d'esprit pour éviter la mort que les gens de chicane pour conserver leurs biens (max. 221, I 235).

[117] La valeur dans les simples soldats est un métier périlleux qu'ils ont pris pour gagner leur vie (max. 214, I 227).

[118] La plupart des hommes s’exposent assez à la guerre pour sauver leur honneur; mais peu se veulent toujours exposer autant qu'il est nécessaire pour faire réussir le dessein pour lequel ils s’exposent (max. 219, 1 233).

[119] Les grands et les ambitieux sont plus misérables que les médiocres : il faut moins pour contenter ceux-ci que ceux-là (MP 1).

[120] La générosité est un désir de briller par des actions extraordinaires; c’est un habile et industrieux emploi du désintéressement, de la fermeté, de l’amitié et de la magnanimité pour aller promptement à une grande réputation (max. 246, I 268).

[121] Quelques grands avantages que la nature donne, ce n’est pas elle, mais la fortune, qui fait les héros (»4>%. 53, I G2).

[122] La félicité est dans le goût, et non pas dans les choses, et c'est pour avoir ce qu'on aime qu’on est heureux, et non pas pour avoir ce que les autres trouvent aimable (max. 48,

[123] On pourrait dire qu'il n’y a point d’heureux ni de malheureux accidents, parce que les habiles gens savent profiter des mauvais et que les imprudents tournent bien souvent les plus avantageux à leur préjudice (max. 59, 1 68).

[124] La nature fait le mérite, et la fortune le met en œuvre (max. 153, 1 160).

[125] Les biens et les maux sont plus grands dans notre imagination qu'ils ne le sont en effet; et on n’est jamais si heureux, ni si malheureux, que l’on pense (ax. 49, I 56).

[126] Quelque différence qu’il y ait entre les fortunes, il y a pourtant une certaine proportion de biens et de maux qui les rend égales (max. 52, Î 61).

[127] Ceux qui se sentent du mérite se piquent toujours d'être malheureux, pour persuader aux autres et à euxmêmes qu'ils sont de véritables héros, puisque la mauvaise fortune ne s’opiniâtre jamais à persécuter que les personnes qui ont des qualités extraordinaires : de là vient qu'on se console souvent d’être malheureux par un certain plaisir qu’on trouve à le paraître (MS 10, I Go).

[128] On n’est jamais si malheureux qu’on croit, ni si heureux qu'on espère (MS 9, 1 59).

[129] La plupart des gens ne voient dans les hommes que la vogue qu'ils ont, et le mérite de leur fortune (max. 212, 1 224).

[130] Il n'appartient qu'aux grands hommes d’avoir de grands défauts (max. 190, 1 198).

[131] Quoique la prudence des ministres se flatte de la grandeur de leurs actions, elles sont bien souvent l'effet du hasard ou de quelque petit dessein (max. 57, 1 66).

[132] La haine qu'on à pour les favoris n’est autre chose que l'amour de la fortune et de la faveur; c’est aussi la rage de n'avoir point de faveur, qui se console et s’adoucit un peu par le mépris des favoris. C’est enfin une secrète envie de les détruire, qui fait que nous leur ôtons nos propres hommages, ne pouvant pas leur ôter les qualités qui leur attirent ceux de tout le monde (max. 55, 1 64).

[133] Les grands hommes s’abattent et se démontent enfin par la longueur de leurs infortunes; cela ne veut pas dire qu'ils fussent forts quand ils les supportaient, mais seulement qu’ils se donnaient la géhenne pour le paraître, et qu'ils

soutenaient leurs malheurs par la force de leur ambition et non pas par celle de leur âme. Cela fait voir manifestement qu'à une grande vanité près les héros sont faits comme les autres hommes (max. 24, 1 27).

[134] Ceux qui voudraient définir la victoire par sa naissance seraient tentés, comme les poètes, de l'appeler la fille du ciel, puisqu'on ne trouve point son origine sur la terre. En effet elle est produite par une infinité d’actions qui, au lieu de l'avoir pour but, regarde seulement les intérêts particuliers de ceux qui les font, puisque tous ceux qui composent une armée, allant à leur propre gloire, et à leur élévation, procurent un bien si grand et si général (MS 41, 1 232).

[135] On ne fait point de distinction dans les espèces de colères, bien qu’il y en ait une légère et quasi innocente, qui vient de l’ardeur de la complexion, et une autre très criminelle, qui est, proprement parler!, la fureur de l’orgueil et de l’amour-propre (MS 30, I 159).

[136] Nous nous apercevons des emportements et des mouvements extraordinaires de nos humeurs et de notre tempérament, comme de la violence de la colère; mais personne quasi ne s'aperçoit que ces humeurs ont un cours ordinaire et réglé, qui meut et tourne doucement notre volonté à des actions différentes. Elles roulent ensemble (sil faut ainsi dire) et exercent successivement leur empire, de sorte qu’elles ont une part considérable à toutes nos actions, dont nous croyons être les seuls auteurs, et le caprice de l’humeur est encore plus bizarre que celui de la fortune (m4>x. 297 et

45, 1 48 et 50).

[137] L'orgueil à bien plus de part que la charité aux remontrances que nous faisons à ceux qui commettent des fautes, et nous les reprenons bien moins pour les en corriger que pour les persuader que nous en sommes exempts; et si nous n'avions point d’orgueil, nous ne nous plaindrions pas de celui des autres (max. 37 et 34, 1 41 et 38).

[138] Nous sommes préoccupés de telle sorte en notre faveur que ce que nous prisons souvent pour des vertus n’est en

1. Il y a effectivement proprement parler, et non à proprement parler.

effet qu’un nombre de vices qui leur ressemblent, et que l’orgueil et l’'amour-propre nous ont déguisés (épigraphe de 1678, 1 181).

[139] L'orgueil se dédommage toujours, et il ne perd rien lors même qu’il renonce à la vanité (max. 33, 1 36).

[140] L'aveuglement des hommes est le plus dangereux effet de leur orgueil. Il sert à le nourrir et à l’augmenter, et c'est bien pour manquer de lumière que nous ignorons toutes nos misères et tous nos défauts (MS 19, I 102).

[141] Rien ne nous plaît tant que la confiance des grands et des personnes considérables par leurs emplois, par leur esprit ou par leur mérite. Elle nous fait sentir un plaisir exquis et élève merveilleusement notre orgueil, parce que nous la regardons comme un effet de notre fidélité. Cependant nous serions remplis de confusion si nous considérions J'imperfection et la bassesse de sa naissance; car elle vient de la vanité, de l’envie de parler et de l’impuissance de retenir les secrets. De sorte qu’on peut dire que la confiance est un relâchement de l’âme, causé par le nombre et par le poids des choses dont elle est pleine (max. 239, 1 255).

[142] Les philosophes, et Sénèque surtout, n’ont point ôté les crimes par leurs préceptes, ils n’ont fait que les employer aux bâtiments de l’orgueil (MS 27, I ros).

[143] L’orgueil, comme lassé des ses artifices et des différentes métamorphoses, après avoir joué tout seul tous les personnages de la comédie humaine, se montre avec un visage naturel, et se découvre par la fierté : de sorte qu’à proprement parler la fierté est l’éclat et la déclaration de l’orgueil (MS 6, L:37);

[144] Quand la vanité ne fait point parler, on n’a pas envie de dire grand’chose (max. 137, 1 139).

[145] On ne saurait compter toutes les espèces de vanité. Pour cela il faut savoir le détail des choses, et comme il est presque infini!. De là vient que si peu de gens sont savants,

1. Encore une phrase mal coupée. Cf. L 123 et les éditions (1 116 et maxime 106 de l'édition définitive).

et que nos connaissances sont superflues et imparfaites. On décrit les choses au lieu de les définir. En effet on ne les connaît et on ne les peut connaître qu’en gros, et par des marques communes. C’est comme si quelqu'un disait que le corps humain est droit, et composé de différentes parties, sans dire la matière, la situation, les fonctions, les rapports et les différences de ses parties (MP 6 et max. 106, I rr6).

[1461 C’est plutôt par l’estime de nos sentiments que nous exagérons les bonnes qualités des autres, que par leur mérite: et nous nous louons en effet, lorsqu'il semble que nous leur donnons des louanges. La modestie, qui semble les refuser, n'est en effet qu’un désir d’en avoir de plus délicates (max. 143 et MS 27, I 146 et 147).

[147] On n'aime point à louer, et on ne loue jamais personne sans intérêt. La louange est une flatterie habile, cachée et délicate, qui satisfait différemment celui qui la donne et celui qui la reçoit : l’un la prend comme une récompense de son mérite, l’autre la donne pour faire remarquer son équité et son discernement (ax. 144, 1 148).

[148] Nous choisissons souvent des louanges empoisonnées qui découvrent par contre-coup des défauts en nos amis, que nous n’osons divulguer (max. 145, l 149).

[149] Nous élevons la gloire des uns pour abaisser par là celle des autres, et on louerait moins Monsieur le Prince et Monsieur de Turenne, si on ne voulait pas les blâmer tous deux (max. 198, I 149, 2° état).

[rso] Peu de gens sont assez sages pour aimer mieux le blâme qui leur sert que la louange qui les trahit (max. 147, I 152).

[rs1] Il y a des reproches qui louent, et des louanges qui médisent (ax. 148, 1 153).

[152] La raillerie’ est une gaieté agréable de l'esprit, qui enjoue la conversation, et qui lie la société si elle est obligeante, ou qui la trouble si elle ne l’est pas (début de MP 34).

1. De même que plus haut les maximes 108, 109 et 110, les maximes 152 à 155 forment un tout, et n’ont leur équivalent dans aucune autre version, en sorte que rien ne garantit leur authenticité.

[153] Elle est plus pour celui qui la fait que pour celui qui la souffre (suite de MP 34).

[154] C’est toujours un combat de bel esprit, que produit la vanité; d’où vient que ceux qui en manquent pour la soutenir, et ceux qu’un défaut reproché fait rougir, s’en offensent également, comme d’une défaite injurieuse qu'ils ne sauraient pardonner (suite de MP 34).

[155] C’est un poison qui tout pur éteint l’amitié et excite la haine, mais qui corrigé par l'agrément de l’esprit, et la flatterie de la louange, l’acquiert ou la conserve; et il en faut user sobrement avec ses amis et avec les faibles (fin de MP 34).

[156] L'intérêt fait jouer toute sorte de personnages, et même celui de désintéressé (max. 39, I 43).

[157] Il n’y a que Dieu qui sache si un procédé est net, sincère, et honnête (4x. 170, 1 178).

[158] La sincérité est une naturelle ouverture du cœur; on la trouve en fort peu de gens, et celle qui se pratique d’ordinaire n’est qu’une fine dissimulation pour arriver à la confiance des autres (max. 62, 1 71).

[1591 Un habile homme doit savoir régler le rang de ses intérêts, et les conduire chacun dans son ordre. Notre avidité les trouble souvent, en nous faisant courir à cent choses à la fois. De là vient que pour désirer trop les moins importantes nous ne faisons pas assez pour obtenir les plus considérables (max. 66, I 76).

[160] L'intérêt, à qui on reproche d’aveugler les uns, est tout ce qui fait la lumière des autres (max. 40, I 44).

[161] On ne blâme le vice, et on ne loue la vertu, que par intérêt (MS 28, I 151).

[162] La nature, qui se vante d’être toujours sensible, est dans la moindre occasion étouffée par l'intérêt (max. 275, 1 299).

[x163] Les philosophes ne condamnent les richesses que par le mauvais usage que nous en faisons : il dépend de nous de les acquérir et de nous en servir sans crime, au lieu qu’elles nourrissent et accroissent les vices comme le bois entretient et augmente le feu. Nous pouvons les consacrer à toutes les vertus, et les rendre même par là plus agréables et plus éclatantes (MP 3).

[164] Le mépris des richesses, dans les philosophes, était un désir caché de venger leur mérite de l'injustice de la fortune, par le mépris des mêmes biens dont elle les privait. C'était un secret qu'ils avaient trouvé pour se dédommager de l’avilissement de la pauvreté. C'était enfin un chemin détourné pour aller à la considération qu'ils ne pouvaient avoir par les richesses (max. 54, 1 63).

[165] La finesse n’est qu’une pauvre habileté (MP 2).

[166] Rien n’est si dangereux que l’usage des finesses, que tant de gens d’esprit emploient communément. Les plus habiles affectent de les éviter toute leur vie, pour s’en servir dans quelque grande occasion et pour quelque grand intérêt (max. 124, 1 120).

[167] Comme elles sont l'effet d’un petit esprit, il arrive quasi toujours que celui qui s’en sert pour se couvrir en un endroit se découvre en un autre (max. 125, Î 127).

[168] La plus déliée de toutes les finesses est de faire semblant de tomber dans les pièges que l’on nous tend. On n’est jamais si aisément trompé que quand on songe à tromper les autres (max. I17, l 121).

[r69] Chacun pense être plus fin que les autres; et si l'on était habile, on ne ferait jamais de finesses ni de trahison (MP 5 et max. 126, 1 128).

[170] La folie nous suit dans tous les temps de la vie; et si quelqu'un paraît sage, c’est seulement parce que ses folies sont proportionnées à son âge et à sa fortune (4x. 207,

[r71] Les plus sages le sont dans les choses indifférentes, mais ils ne le sont presque jamais dans leurs plus sérieuses

affaires; et qui vit sans folie n’est pas si sage qu'il croit (MS 22, Î 132, et max. 209, 1 221).

[172] La faiblesse fait commettre plus de trahisons que le véritable dessein de trahir (max. 120, 1 124).

[173] Quelque prétexte que nous donnions à nos afflictions, ce n'est que l'intérêt et la vanité qui les causent (max. 232, 1 246).

[174] Il y a une espèce d’hypocrisie dans les afflictions; car, sous prétexte de pleurer une personne qui nous est chère, nous pleurons la diminution de notre bien, de notre plaisir, ou de notre considération, en la personne que nous avons perdue. De cette manière les morts ont l’honneur des larmes qui ne coulent que pour ceux qui les pleurent. J'ai dit que c'était une espèce d’hypocrisie, parce que par elle l’homme se trompe seulement lui-même. Il y en a une autre, qui n’est pas si innocente, et qui impose à tout le monde. C'est l’affliction de certaines personnes qui aspirent à la gloire d’une belle et immortelle douleur. Car le temps, qui consomme tout, ayant consommé ce qu’elles pleurent, elles ne laissent pas d’opiniâtrer leurs pleurs, leurs plaintes et leurs soupirs; elles prennent un personnage lugubre, et travaillent à persuader par toutes leurs actions qu’elles égaleront la durée de leurs pleurs à leur propre vie. Cette triste et fatigante vanité se trouve pour l'ordinaire dans les femmes ambitieuses, parce que, leur sexe leur fermant tous les chemins à la gloire, elles se jettent dans celui-ci, et s'efforcent à se rendre célèbres par la montre d’une inconsolable douleur (cf. la maxime suivante).

[175] Outre ce que nous avons dit, il y a encore quelques autres espèces de larmes qui coulent de certaines petites sources, et qui par conséquent s’écoulent incontinent. On pleure pour avoir la réputation d’être tendre, on pleure pour être pleuré, et on pleure enfin de honte de ne pas pleurer (pour cette maxime et la brécédente : max. 233, 1 247).

[176] Les faux honnêtes gens sont ceux qui déguisent la corruption de leur cœur aux autres et à eux-mêmes; les vrais honnêtes gens sont ceux qui la connaissent parfaitement et la confessent aux autres (max. 202, I 214).

[r77] Le vrai honnête homme est celui qui ne se pique de rien (”4x. 203, 1 215).

[178] Une des choses qui fait que l’on trouve si peu de gens qui nous paraissent raisonnables et agréables dans la conversation, c’est qu’il n’y a quasi personne qui ne pense plutôt à ce qu’il veut dire qu’à répondre précisément à ce qu’on lui dit, et que les plus habiles et les plus complaisants se contentent de montrer seulement une mine attentive, au mêmé temps que l’on voit dans leurs yeux et dans leurs esprits un égarement et une précipitation de retourner à ce qu’ils veulent dire, au lieu de considérer que c’est un mauvais moyen de plaire ou de persuader les autres, de chercher si fort à se plaire à soimême, et que bien écouter et bien répondre c’est une des grandes perfections qu'on puisse avoir (max. 139, Î 141).

[179] La coquetterie est le fonds de l'humeur de toutes les femmes, mais toutes n’en ont pas l’exercice, parce que la coquetterie de quelques-unes est arrêtée et enfermée par leur tempérament et par leur raison (max. 241, I 263).

[180] La galanterie est un tour de l'esprit par lequel il pénètre les choses les plus flatteuses, c’est-à-dire celles qui sont les plus capables de plaire (max. 100, 1 110).

[181] La politesse est un tour de l’esprit par lequel il pense toujours des choses agréables, honnêtes et délicates (max.

[182] Il y a de jolies choses que l'esprit ne cherche point, et qu'il trouve toutes achevées en lui-même : de sorte qu'il semble qu’elles y soient cachées, comme l'or et les diamants dans le sein de la terre (max. 101, Î 111).

[183] La politesse des États est le commencement de leur décadence, parce qu’elle applique tous les particuliers à leurs intérêts propres et les détourne du bien public (MS 52, I 282).

[184] La civilité est une envie d’en recevoir; c’est aussi un désir d’être estimé poli (max. 260, I 283).

[185] La souveraine habileté consiste à bien connaître le prix de chaque chose (max. 244, I 266).

[186] On hait souvent les vices, mais on méprise toujours le manque de vertu (max. 186, I 195).

[187] Quand on ne trouve point son repos en soi-même, il est inutile de le chercher ailleurs (MS 61, I 55).

[188] Ce qui nous empêche souvent de bien juger des sentences qui prouvent la fausseté des vertus, c’est que nous CrOyOns trop aisément qu’elles sont véritables en nous (MP 7).

(B.N., Collection Smith-Lesouëf, ms. 90)

[1] Les vices entrent dans la composition des vertus…., comme Pr CTLe272)

[2] Si on avait Ôté de ce que l’on appelle force..., et la suite comme H 6G?.

[3] La clémence est un mélange de gloire... et la suite comme L 217 et le début de H 7.

[4] On n’est jamais si ridicule, comme H 15. (CMRE20;) [s] La durée de nos passions... comme H 86 et L 221.

[6] L'amour est à l’âme.…., comme L 223. (Cf. H 91)

[3] La folie suit3.…., et la suite comme L 7. (CRETE 0)

[8] L'orgueil a bien plus de part que la charité aux remontrances que nous faisons à ceux qui commettent des fautes, et nous les reprenons bien moins pour les en corriger que pour les persuader que nous en sommes exempts. (Cf. L 2 et début de H 137)

[o] Nous sommes préoccupés de telle sorte en notre faveur que ce que nous prenons... @f la suite comme H 138. (Cf. L 3.)

1. VR : Monsieur de Larochefoucault. — Sur ces copies de 1663, cf. la notice, pp. 388-389.

2. La copie VR donne: ce gu'on appelle. Elle réunit en une les maximes 2 et 3, tandis que la copie BN réunit en une les maximes 1 et 2; quant à celle du Sénat, elle ne fait qu’une maxime de l’ensemble des trois premières. — Cette maxime 2 est l'un des trois passages des copies (avec la fin de la maxime 42, et la maxime 158) qui n’ont pas de répondant dans le manuscrit de Liancourt.

3. Sur ce point les autres copies donnent un meilleur texte : /e folie

nous suit.

[ro] [xx] [12]

[ro]

Nous promettons…, comme La et H 16, suivie de L 5. Ce qui rend nos amitiés, comme L 6 et H 89.

Nous nous persuadons souvent mal à propos d'aimer... et la suite comme L 7. (Cf. H 90.)

Les Français ne sont pas seulement sujets, comme L 8. (GNHUr3)) Les faux honnêtes gens, comme Lo et H 176.

On est au désespoir d’être trompé, comme H 17. (Cf. LÉTO)

Les plus sages le sont, comme L 11 et début de H 171.

L'amour-propre est plus habile, comme L 12. (Cf. une phrase au début de H 105.)

Il est aussi aisé de se tromper soi-même, comme L 13 et FRS,

Rien n’est impossible de soi; il y a des voies qui conduisent à toutes choses ; si nous avions assez de volonté, nous aurions toujours assez de moyens’. (Cf. L 14 et H 21.

L'intérêt fait jouer.…., comme L 15 et H 156, suivi de L 162 (cf. H 8) et de L 17 (H 173)5.

C’est plutôt par l'estime de nos sentiments..., comme L 18 et le début de H 146.

L'homme est conduit, comme L 195.

La modestie qui semble refuser…., comme L 20. (Cf. fin de H 146.

L'orgueil se dédommage toujours, comme L 21 et H 139. L'amitié la plus sainte, comme L 22. (Cf. H 88.) La félicité est dans le goût..., comme L 235. (Cf. H 122.)

1. Les autres copies réunissent cette maxime à la précédente. Elles donnent ef si nous avions (comme Liancourt), au lieu de 5; nous avions.

2. Sauf un lapsus, qui se retrouve dans toutes les copies : #n art avec laquelle.

3. Dans les autres copies la maxime 20 est coupée en deux (L 15 et L 16 d’une part, L 17 d'autre part).

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