‹ MaximesChapitre 392 sur 457 · Lettre, d'auteur inconnu, à Mme de Sablé · texte numérisé non relu

Lettre, d'auteur inconnu, à Mme de Sablé

’APPELLERAIS volontiers l’auteur de ces maximes un orateur éloquent et un philosophe plus critique que savant; aussi n’a-t-il autre principe de ses sentiments que la fécon-

dité de son imagination. Il affecte dans ses divisions et dans ses définitions, subtilement mais sans fondement inventées, de passer pour un Sénèque, ne prenant pas garde néanmoins que celui-ci, dans sa morale, tout païen qu’il était, ne s’est jamais jeté dans cette extrémité que de confondre toutes les vertus des sages de son temps, ni de les faire passer pour des vices; il a cru qu’il y en avait de tempérants et de dissolus, de bons et de mauvais, d’humbles et de superbes, et il n’a jamais dit qu’on püût, sous une véritable humilité, cacher une superbe insolente : elles sont trop antipathiques pour pouvoir habiter la même demeure. Je lui donnerais néanmoins cette louange que de savoir puissamment invectiver, et d’avoir parfaitement bien rencontré où il s’est agi de mériter le titre de satirique. C’est à contrecœur que je loue de la sorte son ouvrage tout à fait spirituel, et peut-être pourra-t-on dire que je tombe dans le même défaut dont je l’accuse; mais certes,

Lettre 36. — Portefeuilles Vallant, t. II, fol. 166. Rien n'indique formellement que cette lettre est antérieure à la publication des Maximes ; il semble bien, pourtant, qu’elle appartient à la même série que les précédentes et se rapporte aussi à la grande consultation organisée par Mme de Sablé.

considérant que par ces maximes il n’y a aucune vertu chré- || uenne, si solide qu’elle soit, qui ne puisse être censurée, || content du désavantage d'en être dépourvu, j'aime mieux ne | passer pas pour complaisant en approuvant sa doctrine, que | d’être dans un perpétuel danger de déclamer contre les belles | qualités, ni médire des plus vertueux.

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