‹ MaximesChapitre 395 sur 457 · Lettre de Mme de La Fayette à Mme de Sablé · texte numérisé non relu

Lettre de Mme de La Fayette à Mme de Sablé

NTAus me donneriez le plus grand chagrin du monde, si vous ne me montriez pas vos maximes. Mme du Plessis m’a donné une curiosité étrange de les voir, et c’est justement parce qu’elles sont honnêtes et raisonnables que j'en ai envie, et qu’elles me persuaderont que toutes les personnes de bon sens ne sont pas si persuadées de la corruption générale que l’est M. de La Rochefoucauld. Je vous rends mille et mille grâces de ce que vous avez fait pour ce gentilhomme. Je vous en irai encore remercier moi-même, et je me servirai toujours avec plaisir des prétextes que je trouverai pour avoir l'honneur de vous voir; et si vous trouviez autant de plaisir avec moi que j'en trouve avec vous, je troublerais souvent votre solitude.

39. Lettre de La Rochefoucauld au Père Thomas Esprit. G février 1664.

G février.

OUS me permettrez de vous dire que l’on fait un peu plus de bruit de ces maximes qu’on ne devrait et qu’elles ne méritent. Je ne sais si on y a ajouté ou changé quelque chose

Lettre 38. — Portefeuilles Vallant, t. V, fol. 288-289, autographe. — Cette lettre suit de peu la précédente.

Lettre 39. — Recueil appartenant à M. de Vasselot de Régné (cf. notice, p. 538). — Comme l’a bien vu M. Grubbs (R.H.L., janvier-mars 1933), cette lettre datée d’un 6 février ne peut être que du 6 février 1664. En effet l’édition récente dont il est question (édition dont l’auteur semble parler sans l’avoir encore eue entre les mains, et qui résulte d’une indélicatesse) ne peut être que l'édition de Hollande ;

comme on a accoutumé de faire. Mais si elles sont comme je | les ai vues!, je crois qu’on les pourrait soutenir sans grand | péril, au moins si on peut être bien fondé à soutenir un ramas de diverses pensées à qui on n’a point encore donné d'ordre, ni de commencement ni de fin. Il peut y avoir même quelques expressions trop générales que l’on aurait adoucies si on avait cru que ce qui devait demeurer secret entre un de vos parents et un de vos amis? eût été rendu public. Mais comme le dessein de l’un et de l’autre a été de prouver que la vertu des anciens philosophes païens, dont ils ont fait | tant de bruit, a été établie sur de faux fondements, et que l'homme, tout persuadé qu’il est de son mérite, n’a en soi que des apparences trompeuses de vertu dont il éblouit les autres et dont souvent il se trompe lui-même lorsque la foi ne s’en mêle point, il me semble, dis-je, que l’on n’a pu trop exagérer les misères et les contrariétés du cœur humain pour humilier l’orgueil ridicule dont il est rempli, et lui faire voir le besoin qu'il a en toutes choses d’être soutenu et redressé par le christianisme. Il me semble que les maximes dont est question tendent assez à cela et qu’elles ne sont pas criminelles, puisque leur but est d’attaquer l’orgueil, qui, à ce que j'ai oui dire, n’est pas nécessaire à salut. Je demeure donc d’accord que c’est un malheur qu’elles aient paru sans être achevées et sans l’ordre qu’elles devaient avoir. Mais on aurait trop d’affaires sur les bras à la fois, de se plaindre de ceux qui ont tort là-dessus. Nous discuterons à la première vue s’il est vrai ou non que les vices entrent souvent dans la composition de quelques vertus, comme les poisons entrent dans la composition des plus grands remèdes de la médecineë. Quand je dis nous, j'entends parler de l’homme qui croit ne devoir qu’à lui seul ce qu’il a de bon, comme faisaient les grands hommes

d'autre part La Rochefoucauld fournit des idées pour le discours que La Chapelle-Bessé s’est chargé de préparer (cf. la lettre suivante). — Sur le P. Esprit, cf. introduction, p. XIX, n. 1.

1. C'est-à-dire telles qu’elles étaient dans la copie qui a servi de base à l'édition subreptice.

2. L'on ne saurait dire qui est l'zm1 (à moins que l’on ne suppose que c'est La Rochefoucauld lui-même, ce qui est peut-être un peu subtil); mais le parent est évidemment Jacques Esprit : précieuse indication sur la « fuite » qui fut à l’origine de l'édition hollandaise.

3. Allusion à la maxime 182 (L 227), dont il est à noter qu’elle était justement la première de l'édition de Hollande (ainsi que des copies de 1663).

de l’antiquité, et comme cela je crois qu’il y avait de l’orgueil, de l'injustice et mille autres ingrédients dans la magnanimité et la libéralité d'Alexandre et de beaucoup d’autres; que dans la vertu de Caton il y avait de la rudesse, et beaucoup d’envie et de haine contre César; que dans la clémence d’Auguste pour Cinna il y eut un désir d’éprouver un remède nouveau, une lassitude de répandre inutilement tant de sang, et une crainte des événements à quoi on a plutôt fait de donner le nom de vertu que de faire l’anatomie de tous les replis du cœur”. Je ne prétends pas de vous en dire davantage, ni faire ici un manifeste. Vous en direz ce que vous jugerez à propos à Mme de Liancourt et à Mme du Plessis’. Si vous voulez aussi que M. Bernard fasse voir ce que je vous mande à M. de la Chapelle, qui demeure chez M. le Premier Président, vous m'épargnerez la peine de le récrire pour lui envoyer. Je vous donne le bonsoir et suis entièrement à vous. Je n’écrirai pas à Mme de Liancourt pour ne la tourmenter pas de cette affaire.

40. Lettre de La Rochefoucauld au Père René Rapin. 12 juillet 1664.

E n’est pas assez pour moi de tout ce que nous dîimes hier, il me vient à tous moments des scrupules et on ne saurait jamais avoir trop de délicatesse pour un ami du prix de Mr. de la Chapelle. C’est pourquoi, mon Très Révérend Père, je vous supplie très humblement de vous mettre précisément en ma place et de vouloir être mon directeur pour tout ce que je dois à notre ami avec autant d’exactitude que vous

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