Réponse de Mme de Rohan à l'envoi précédent
E vous renvoie vos maximes, Monsieur, en vous rendant mille et mille grâces très humbles. Je ne les louerai point comme elles méritent d’être louées, parce que je les
trouve trop au-dessus de mes louanges: Elles ont un sens si Juste et si délicat, quoiqu'il soit quelquefois un peu détourné, qu'il ne faudrait pas moins de délicatesse pour vous dire ce qu'on en pense qu’il vous en a fallu pour les faire. Vous avez une lumière si vive pour pénétrer le cœur de tous les hommes qu'il semble qu’il n’appartienne qu’à vous de donner un jugement équitable sur le mérite ou le démérite de tous ses mouvements, avec cette différence pourtant qu’il me semble, Monsieur, que vous avez encore mieux pénétré celui des hommes que celui des femmes; car je ne puis, malgré la déférence que j'ai pour vos lumières, m'empêcher de m’opposer un peu à ce que vous dites, que leur tempérament fait toute leur vertu, puisqu'il faudrait conclure de là que leur raison leur serait entièrement inutile. Et quand même il serait vrai qu’elles eussent quelquefois les passions plus vives que les hommes, l’expérience fait assez voir qu’elles savent les surmonter contre leur tempérament, de sorte que, quand nous consentirons que vous mettiez de l'égalité entre les deux sexes, nous ne vous ferons pas d’injustice pour nous faire grâce. Il est même bien plus ordinaire aux femmes de s’opposer à leur tempérament qu'aux hommes, lorsqu'elles l'ont mauvais, parce que la bienséance et la honte les y forceraient quand même leur vertu et leur raison ne les y obligeraient pas. Voici les trois de vos maximes que j'aime le mieux et qui m'ont le plus charmée!: