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L'AUTEUR IX

lèges. Après l'arrestation des princes, en janvier 1650, ayant lui-même pu partir à temps avec Mme de Longueville, il organisa la guerre civile, et les troupes royales pillèrent et détruisirent son château de Verteuil; mais la paix fut faite, malgré lui, à l'automne, et il se chargea de négocier secrètement avec Mazarin la libération des princes, qui eut lieu en février 1651. En juillet il signa avec eux un traité d’alliance, le traité de Saint-Maur, et l’on s’achemina vers une nouvelle guerre civile. Ici se situe un épisode rocambolesque : une séance du Parlement où La Rochefoucauld tint un moment Retz coincé dans une porte, et hésita à l’assassiner (21 août). Le mois suivant, les princes et lui quittèrent Paris, et la guerre reprit; ils signèrent même un traité avec l'Espagne (novembre). C’est aussi à l’automne 1651 que prit fin la liaison de La Rochefoucauld avec Mme de Longueville, devenue la maîtresse du duc de Nemours.

L'année 1652 fut fertile en combats, intrigues et négociations. Elle fut funeste à La Rochefoucauld, blessé au visage lors de la fameuse journée du Faubourg Saint-Antoine (2 juillet); au moment de la rentrée du roi à Paris, en octobre, il se trouva dans une situation tragique : malade, menacé de perdre la vue par suite de sa blessure, menacé aussi d’arrestation, en outre ruiné, il eut le courage de refuser, par loyalisme à l'égard de Condé, une amnistie offerte aux Frondeurs, ce qui lui valut d’être englobé dans une déclaration royale le mettant au nombre des criminels de lèse-majesté. Un passeport lui fut pourtant accordé pour se retirer au Luxembourg. L'année suivante il fit sa paix et rentra en France. Il était profondément attristé ; déçu par ses amis — même par Condé, à qui il s'était tant dévoué —, il faisait figure de vaincu à l'égard du pouvoir, de Mazarin notamment qu'il détestait.

Désormais il travailla sans gloire à rétablir ses affaires et à relever les ruines de Verteuil, gardant peut-être quelques velléités de conspiration, mais s’efforçant de rester sage et de faire sa cour. Il reçut quelques grâces — une pension, le

1. En 1657 il y eut des tractations entre lui et Fouquet ; les documents secrets saisis à Saint-Mandé chez le surintendant en font état. Mais une brouille survint. Cf. Gourdault, Norice biographique sur La Rochefoucauld, éd. G.EF, t. I, pp. LX-LXI.

x INTRODUCTION

cordon du Saint-Esprit —, et put reprendre du service en 1667 à l’occasion de la guerre de Dévolution; mais il ne gagna jamais la confiance du roi, et ce fut son fils aîné qui sut faire carrière et s'assurer la faveur de Louis XIV; en 1671 il lui céda son brevet de duc et pair.

L'amitié, la conversation, la réflexion, les belles lettres tinrent une grande place dans cette demi-retraite où La Rochefoucauld vécut après la Fronde. L'étude de la genèse des Maximes nous donnera l’occasion de citer quelques-unes de ses relations; tout le monde sait qu'il était très assidu chez la marquise de Sablé, et qu’une amitié tendre le lia à Mme de La Fayette à partir d’une date qu'il est difficile de préciser exactement, mais que nous situerions volontiers vers 16641. La fin de sa vie fut attristée par la maladie — une goutte qui le laissait souvent presque paralysé, et dont les atteintes se firent surtout sentir à partir de 1669, — par les deuils, — en juin 1672 il perdit à la guerre l’un de ses fils légitimes et le comte de Saint-Paul, — et par le peu d’affection que lui témoignait son fils aîné, François VII? Il mourut, assisté par Bossuet, au mois de mars 1680.

Pour plusieurs raisons, La Rochefoucauld est pour nous difficile, je ne dis pas à juger — de quel droit le jugerait-on? —, mais à bien comprendre. Manque de témoignages objectifs d’abord : ses Mémoires ne le sont pas, mais les déclarations de ses ennemis le sont encore moins. D’autre part la Fronde est une époque riche en absurdités. Enfin, et surtout, il est quasi impossible d'essayer de cerner sa personnalité sans projeter sur elle un éclairage qui a sa source dans les Maximes; or c’est pour mieux comprendre les Maximes que nous voudrions connaître leur auteur!

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