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LE LIVRE XLIX

à laquelle on est constamment ramené quand on étudie les Maximes — que l’on n’en prendra conscience, et que l’on ne jouira de ces effets de variété et de délicates surprises que si on les lit comme un livre et non pas comme des phrases séparées : l’ordre, encore une fois, joue un rôle essentiel. La place nous manque pour illustrer cela par des exemples ; il est sûr que l'alternance des divers types de phrases est l’objet d’un soin minutieux.

Mais une autre question se pose : ce savant agencement ne comporte-t-il pas un danger, qui serait un danger de verbalisme? Il serait vain de vouloir le nier : on relève, en effet, des traces de verbalisme dans les Maximes ; autrement dit, il arrive que La Rochefoucauld, prisonnier de ses formules, de son souci même de variété, — et certainement aussi d’une recherche de rythme et d’euphonie!, — se laisse entraîner à composer des phrases dont on dirait volontiers ce que Mme de Sablé avouait de l’une de ses maximes : « Cette sentence n'est que pour faire une sentence?. » Nous avons vu Lanson s'amuser, en déduisant les conséquences d’une maxime d’allure mathématique, à en fabriquer une autre aussi plausible. Les contemporains jouèrent déjà à des jeux de ce genre; ainsi Mme de Grignan, lorsqu'elle suggérait de dire : « Nous n'avons bas assez de raison pour employer toute notre force », au lieu de : « Nous n'avons pas assez de force pour suivre toute notre raison. » Mieux encore : c’est La Rochefoucauld lui-même qui hésite

1. Les considérations de rythme et d’euphonie furent évidemment déterminantes pour La Rochefoucauld, comme pour tout grand écrivain. On s’en rend compte en examinant les variantes : beaucoup de corrections s'expliquent très naturellement par là. Quant à prétendre étudier en détail les maximes d’un point de vue phonétique, en essayant de déterminer à quel ordre d’idées ou de sentiments correspond chaque catégorie de sons, comme l’a aussi tenté Sœur Zeller, j'avoue que cela me paraît assez illusoire.

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