LE LIVRE LI
et leur rigueur, leur neutralité et leur objectivité, — l’on ajouterait volontiers: leur cynisme, si ce mot ne risquait pas d’être perçu comme péjoratif, — situent les Maximes sur la voie qui conduit aux grands romans d'analyse du XVIH® siècle, et finalement à Stendhal.
À côté de ces qualités purement intellectuelles, qui sont les plus immédiatement saisissables, les Maximes en présentent d’autres, qui ne contribuent pas moins à leur conférer, selon le mot de La Bruyère, la gréce de la nouveauté : le pittoresque et l'humour. Peut-être la critique ne les a-t-elle, jusqu'ici, pas assez mises en lumière.
Autant qu'à celui des tours, il serait instructif de procéder, dans les Maximes, au recensement des images. L'on s'apercevrait qu'elles y occupent une place importante. L'un des traits les plus frappants serait l'abondance de celles qui évoquent la santé et la maladie (comparaison de la santé de l’âme avec celle du corps, de la jeunesse ou de l’amour avec des fièvres!), ainsi que la médecine : les vices « entrent dans la composition des vertus comme les poisons entrent dans la composition des remèdes », lamour-propre a sa chimie, les propriétés cachées des hommes ressemblent à celles des plantes? La nature n’est pas absente des Maximes : voici le soleil, qui, comme la mort, ne se peut « regarder fixement »; voici les fleuves, qui, en se jetant dans la mer, évoquent les vertus se perdant dans l'intérêt; la mer elle-même, dont le flux et le reflux offrent une fidèle image de l’amour-propre; les arbres et les fruits, qui nous rappellent, avec le rythme des
1. Max. 188, 271; MS 59. Cf. max. 193, 300, 392... 2. Max. 182, MS 1, max. 344. Cf. max. 392 et 4509.