‹ MaximesChapitre 65 sur 457 · LE LIVRE LVII · texte numérisé non relu

LE LIVRE LVII

en 1663 déclarèrent volontiers qu'elles avaient éprouvé successivement deux impressions différentes : la première, scandalisée; la seconde, après réflexion, beaucoup plus favorable’. Sans doute avaient-elles eu raison de réviser leur jugement : les maximes de La Rochefoucauld sont souvent plus agressives dans la forme que dans le fond?. Ajouterons-nous que ces lecteurs avaient dû sentir qu’en se montrant trop indignés ils auraient risqué de ne pas sembler très intelligents ? Il s’agit, au fond, d’un phénomène de dandysme, et par là encore La Rochefoucauld fait songer à Stendhal$. Le dandy se veut non-conformiste, mais il n'ignore pas que son non-conformisme est finalement ce qui peut le mieux plaire à son public d'initiés, d'happy few.

Comment réagir à la lecture dun écrivain de ce genre ? Comme le font à l'égard de Stendhal les vrais stendhaliens. Chercher dans son œuvre un régal — voire une leçon — de l'intelligence, et n’avoir pas trop peur d'être éventuellement mystifié : il n’est pas honteux de l’être par un esprit de cette qualité.

Seulement l’on devine que l'historien ne sera jamais assez circonspect s’il se propose de définir et d’analyser la pensée d’un tel auteur.

L'on a vu que la première édition des Maximes avait été

organisée et présentée au public de telle manière qu’on

1. C'est le cas du correspondant anonyme de Mme de Schonberg (lettre 31), et surtout de Mme de Liancourt (lettre 33) ; c’est encore le cas de Mme de La Fayette, dont la première réaction avait été de répulsion (lettre 37).

2. Peut-être est-ce en partie ce qu'il voulait signifier en faisant placer les mots Quid vetat ? (« Pourquoi pas? ») au frontispice des Maximes.

3. Dans De l'amour (livre I, chapitre LIX), Stendhal, qui à vrai dire ne l’avait pas toujours loué (dans une lettre à sa sœur Pauline, du G juillet 1804, il avait dit : « La Rochefoucauld est un moraliste bien triste et pas toujours vrai»), lui a fait gloire de n’avoir été «rien moins qu'un nigaud d'homme de lettres ». - Dans sa série d'articles consacrés aux Stendhaliens avant Stendhal, M. Pierre Moreau n’a pas manqué de faire une place à l’auteur des Maximes (Le Stendhalisme des classiques, Revue des Cours et Conférences, 1926-1927/1).

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