LXII INTRODUCTION
jours, où les hormones et bien d’autres découvertes sont venues relayer les vieilles humeurs, mais il n’en était pas de même il y a trois siècles.
Étroitement liées aux humeurs apparaissent les passions, qui semblent s’en distinguer surtout parce qu’elles ont des points d’application plus particuliers, et qu’elles sont moins durables; c'est même une loi qu’elles se modifient, ou se remplacent l’une l’autre, au long de l’existence!. Comme les humeurs, elles ont une origine physiologique : « Toutes les passions ne sont autre chose que les divers degrés de la chaleur, et de la froideur, du sang?. » Elles échappent donc à la volonté : « La durée de nos passions ne dépend bas plus de nous que la durée de notre vi.» Elles sont imprévisibles : « Qzoique l'on paraisse éloigné des passions, on n'est pas moins en danger de s'y laisser emporter que de tomber malade quand on se porte bien{ », — et pratiquement irrésistibles : « S7 nous résistons à nos passions, c'est plus par leur faiblesse que par notre forces. » Il serait trop long de passer en revue les différentes passions auxquelles La Rochefoucauld a consacré des maximes; nous remarquerons seulement qu'il les rangeait en deux catégories : «passions violentes », comme l’amour$ et l'ambition, mais
aussi — notion d’allure un peu paradoxale — « passions baisibles », comme la vanité et la paresse 7. La fortune enfin — La Rochefoucauld écrit aussi, mais
plus rarement, le hasard — constitue l’un des grands ressorts des actions humaines. Il est banal de dénoncer l’inconstance de la fortune; mais généralement c’est pour opposer la fortune, qui ne dépend pas de l’homme, à sa conduite, dont il serait le maître; c’est ce qu'avait fait La Rochefoucauld dans