‹ MaximesChapitre 8 sur 457 · XII INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XII INTRODUCTION

Qu'il entrât parfois dans les manifestations de ce courage quelque don-quichottisme, c’est bien certain; mais cela encore est un trait d'époque. Lui-même était conscient de ce qu'il pouvait y avoir de gratuit, et d’un peu fou, dans telle ou telle de ses équipées, mais cela n’était pas pour le faire reculer; tout au contraire, il s’en amusait. « Quelque difficulté et quelque péril qui me parussent dans un tel projet, écrit-il à propos du plan d'enlèvement de la reine, je puis dire qu'il me donna plus de joie que je n'en avais eu de ma vie : j'étais en ün dge Où On aime à faire des choses extraordinaires et éclatantes ». I] n'avait plus cet âge à la fin de la Fronde, et sa situation était sombre; voici pourtant en quels termes il annonçait à l’un de ses familiers sa renonciation à la lutte : « Demain nous protesterons de ne plus rien faire contre le service du Roi. Je vous avoue que je me trouve bien embarrassé, car je vous assure que je ne saurai plus que faire quand je ne ferai plus de mal? » C'étaient là jeux de princes!

Dans ces jeux, chacun avait son pseudonyme : La Franchise était le sien. Plus tard il put se rendre ce témoignage: «Je suis extrêmement régulier à ma parole; je n'y manque jamais, de quelque conséquence que puisse être ce que j'ai promis ». La franchise de La Rochefoucauld n'allait pas jusqu’à s’interdire tout mensonge; tant s’en faut, car la dissimulation et la ruse étaient pour lui, comme pour tout conspirateur, des armes normales : cela n’entachait pas son honneur. Mais il était irréprochable quant au respect de la foi jurée et des liens, en quelque sorte féodaux, d'appartenance entre amis ou alliés.

1. Il ajoute : «et je ne trouvais pas que rien le fût davantage que d'enlever en même temps la Reine au Roi, son mari, et au cardinal de Richelieu, qui en était jaloux, et d’ôter Mlle de Hautefort au Roi, qui en était amoureux.» (Mémorres, éd. G.E.F. t. II, pp. 28-29.)

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