‹ MaximesChapitre 82 sur 457 · LXX INTRODUCTION · texte numérisé non relu

LXX INTRODUCTION

de toute morale qui ne serait pas évidemment entée sur l'humilité et sur la grâce, il ne se sentira pas choqué; bien plus, il saluera volontiers en La Rochefoucauld un auxiliaire dans sa lutte contre l'orgueil humain; dès lors que les Maxzimes se sont abstenues de mettre directement en cause les vertus théologales, une seule difficulté pourra le gêner, s'il est assez perspicace (ou assez imprudent?) pour la soulever dans quelle intention l'auteur dénonce-t-il les vertus qu'il dénonce ? L'on se trouve alors ramené à ce que nous avons appelé la question subsidiaire; mais les données du problème, ici, deviennent beaucoup moins claires.

Il s’agit d'essayer de deviner, d après le ton du livre plutôt que d’après son contenu explicite, ce qu’on pourrait considérer comme la pensée secrète de l’auteur. Or les Maximes sont sur ce plan fort ambiguës; un de leurs récents exégètes écrit fort justement : «Cest le pessimisme chrétien de Pascal; mais, par leur cynisme, bar la croyance qu'elles expriment au déterminisme moral et par les perspectives de désespoir qu'elles ouvrent, les maximes se rattachent au pessimisme libertin". » C’ést de cette ambiguïté que nous avons quelque peine à prendre notre parti. Plus que celui du xviI siècle, l'homme moderne aime les options nettes; il aimerait pouvoir affirmer : La Rochefoucauld est un écrivain chrétien (ou : un écrivain janséniste), ou bien : La Rochefoucauld est un écrivain libertin. Mais comment y parviendrait-il, si ce n’est — méthode toujours discutable — en interprétant des silences ?

En effet les Maximes sont un livre profane, et il est visible que leur auteur les a délibérément voulues telles : quand il lui est arrivé de composer quelques maximes d'inspiration religieuse, il s’est gardé de les publier?, et si des raisons d'opportunité l’ont conduit à laisser présenter son livre d’une manière janséniste à l’époque de la première édition, il n’a pas ensuite maintenu cet éclairage. Telles que nous les lisons, les Maximes offrent, selon le mot d un critique, une « nouvelle

1. N. Wagner, De la méthode dans les Maximes de La Rochefoucauld, L'Information littéraire, mai-juin 1955, p. 90.

2. Lors de la première édition, mais aussi ultérieurement : on a vu que parmi les quelques maximes chrétiennes composées entre la troisième et la quatrième édition, il n’en a publié qu’une.

Page 1