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LXXII INTRODUCTION

le droit à l'ambiguïté, à l'incertitude, voire aux contradictions internes, — j'allais dire : le droit de conserver sa liberté devant la postérité que nous sommes. Lui reconnaître ce droit, ne serait-ce pas lui témoigner un peu de cette honnêteté qu'il a si bien enseignée ?

Il va sans dire que cela ne vaut pas uniquement pour les incidences religieuses de la pensée.

Il y a des penseurs — un Descartes, un Pascal — qui construisent des systèmes et font un effort constant vers la continuité et la cohésion de leurs idées. D’autres grands esprits, d’ailleurs incapables d’une pareille tension, ne prisent rien tant que la liberté d’être à tout moment eux-mêmes; ils ne construisent pas de systèmes, ne pèsent pas tous leurs mots, ne souhaitent pas qu'on les prenne toujours au sérieux. La Rochefoucauld, comme au siècle précédent Montaigne, est de cette race. Ce qui est curieux, c’est qu’on lui a rarement reconnu ce même droit à la liberté que Montaigne, plus heureux, ne se voyait pas contester.

Écrivain essentiellement intelligent, en même temps que parfait homme du monde, il n’impose rien, il ne fait qu’aider chacun à nourrir et développer sa propre pensée. Il se laisse solliciter en mille directions : vers l’épicurisme, le jansénisme, ou la libre pensée, — vers Montaigne, Corneille, Pascal ou La Fontaine, — vers Stendhal, ou bien vers Proust... Soyons sûrs qu'il finit toujours par échapper à l’annexion.

Pourrais-je en terminant inscrire ici deux phrases qui me sont souvent venues à la mémoire en préparant cette édition ?

L'une est de Giraudoux :

« Évidemment, la vie est ratée, mais c'est très, très bien, la vie. Évidemment, rien ne Va jamais, Tien ne S avTange Jamais, MAIS parfois avouez que cela va admirablement, que cela s'arrange admirablement. »

L'autre est un vers de Baudelaire :

« Hypocrite lecteur, — mon semblable, — mon frère! »

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