‹ Maximes spirituelles et diverses instructionsChapitre 12 sur 53 · DE LA CONFESSION · texte numérisé non relu

DE LA CONFESSION

Quelques demandes touchant la confession.

Première demande. À quel point la contrition est nécessaire pour recevoir le saint Sacrement de Pénitence?

La contrition est absolument nécessaire; car sans elle je ne reçois pas ce Sacrement. Si je me confesse sans contrition, je commets un sacrilège, et un grave péché mortel; si je me confesse sans avoir éprouvé une contrition suffisante, mais de manière cependant que je me sois appliqué, que j'aie fait des efforts pour l'avoir, alors je ne commets pas un sacrilège, mais la confession ne m'est d'aucune ulililité, il n'y a pas de Sacrement pour moi. Et il faut entendre celte doctrine, non-seulement pour le cas où on aurait à confesser des péchés mortels, mais aussi lorsqu'on n'a que des péchés véniels à déclarer; car si je n'ai que des péchés véniels à confesser et que je n'en aie aucune contrition, aucun repentir, je sors du confessionnal souillé d'un péché mortel, j'ai commis un sacrilège; ou si je n'ai pas eu une contrition suffisante, un repentir convenable au moins d'un péché véniel, je me suis confessé sans retirer aucun fruit de ce Sacrement. Concluons-en combien la contrition est absolument nécessaire pour la réception du Sacrement de Pénitence ; car sans la contrition, je fais un sacrilège, ou je rends la coufession infructueuse pour moi.

Deuxième demande. De quelle utilité est la contrition ?

Nous devons remarquer que toute l'efficacité du Sacrement de Pénitence, consiste uniquement dans la contrition. On ne peut pas se servir d'une meilleure comparaison que de celle que les SS. Pères fout avec la sainte Communion. Si je vais à une source, je peux avoir autant et si peu d'eau

que je veux, selon la mesure du vase que j'emploie : si j'emploie un grand vase, je puise d'autant plus d'eau. 1! en est ainsi de la contrition. Plus elle est grande et fervente, plus aussi sera parfaite la rémission de mes péchés; plus seront grandes et abondantes les grâces que je recevrai : deux sortes de contritions nous le démontreront, à savoir: la suffisante ou l'attrilion, et la conlriiion fervente on parfaite.

Quand la contrition est suffisante pour recevoir le Sacrement de Pénitence, elle uous procure :

1° Une entière rémission des péchés, quant à la dette ou à la eoulpe;

2° Elle efface une partie des peines du purgatoire ou des peines temporelles;

5° L'âme obtient un certain droit aux saintes inspirations, en outre la force ou la grâce contre les mauvaises inclinations et les tentations.

Voilà ce que l'âme obtient toujours quand la contrition est véritable et surnaturelle.

Mais quand la contrition est de plus fervente ou parfaite, alors les effets en sont immenses; car,

1° Elle obtient alors la rémission entière de tous les péchés, aussi bien de ceux qu'elle n'a pas confessés, que de ceux qu'elle a confessés, c'est-à-dire, si elle n'a pas sciemment omis ou caché un péché grave.

2° Elle obtient l'entière rémission de toutes les peines temporelles dans ce monde et dans le purgatoire.

5° Elle modère les mauvaises passions et donne la force de les dompter en affaiblissant celle qu'elles ont de nous troubler et de nous exciter au péché.

4° Elle obtient une multitude de grâces plus importantes. L'âme ne reçoit pas ces grâces au moment de la confession, mais dans l'occasion ; savoir, la grâce de dompter les mauvaises inclinations, de rosier fidèle au temps de la tentation, d'être patient dans les souffrances.

Voilà les fruits d'une confession dans laquelle la contrition a été fervente ou parfaite. Un dernier effet est de nous

donner une précaution particulière d'éviter tous les péchés; car si nous recevions les deux SS. Sacrements, celui de la Pénitence et celui de l'Eucharistie comme il faut, ce serait une chose impossible que de pécher encore si souvent, et de ne pas Faire plus de progrès dans la vertu.

Troisième demande. Quelles sont les qualités de la contrition?

Elle doit être 1° surnaturelle, 2° sincère, 3° universelle. 1° Surnaturelle veut dire qu'elle ne doit pas avoir des motifs naturels, mais qu'elle doit avoir des motifs surnaturels. Les motifs sont naturels si nous ne regardons que la honte ou la peine que nous devons endurer de la part des hommes, ou la perle d'un intérêt que nos péchés nous ont occasionnée. Mais si Pou considère le péché comme une offense contre l'infinie bonté et la miséricorde de Dieu ou contre sa justice, alors les motifs sont surnaturels.

2° Le mot sincère ne veut pas dire que je dois la ressentir ou que la contrition doit être sensible, car je peux, par exemple, ressentir de la colère, et cependant je peux en même temps délester cette colère de tout mon cœur, c'està-dire, par l'entendement et la volonlé. Dans ce cas, je ne saurais indiquer rien de mieux que de se tourner vers le Saint Sacrement de l'autel, ou de prendre en mains un crucifix, ou de se représenter vivement la présence de Dieu, et de lui dire : Mon Seigneur el mon Dieu ! vous voyez mon cœur, et vous y voyez ce que je serais prêt à faire si je pouvais effacer mes péchés. — Si on le pense sérieusement ainsi, ou ne doit pas faire attention à la résistance de la nature qui ne peut pas nuire à la sincérité.

5° Elie doil être universelle quant aux péchés graves, sans en excepter un seul, car si j'en exceptais un seul, je commettrais un sacrilège. Pour ce qui regarde les péchés véniels, il suffit pour la validité de la confession d'avoir la contrition d'un seul. Par exemple, je confesse trois péchés véniels, un mensonge, une distraction, et un mécontentement contre le prochain; si j'éprouve la contrition sur le men-

songe, cela est suffisant pour !a validité du Sacrement de Pénitence; mais cela est très-dangereux. Il en serait de même si je formais la résolution générale de ne plus commettre si souvent des péchés véniels ; cela serait suffisant mais également dangereux; il vaut donc mieux de former la contrition de manière qu'elle s étende à tous les péchés véniels.

On peut encore demander si Ton peut s'exciter à une contrition fervente en peu de temps? Oui, pour une âme qui est bien exercée dans l'union avec Dieu. Mais il n'en est pas de même ordinairement d'une autre qui ne serait pas dans une pareille disposition ; elle ne peut pas éprouver la contrition par une courte affection. Cela ne veut pas dire qu'on doive employer un long temps pour l'exciter, mais qu'elle doit être faite avec réflexion, et sans empressement. On fera premièrement une réflexion relative à Dieu. Par exemple, représentez-vous Dieu comme votre Père, et dites-lui : Mon Dieu ! Mon Père ! C'est de vous que je tiens tout ce que j'ai ; c'est pour moi que vous avez voulu mourir sur la croix, et répandre la dernière goutte de votre sang ! Vous êtes infiniment bon et aimable. Je l'avoue, et pour cette raison je reconnais qu'il aurait mille fois mieux valu que tout eût été anéanti, plutôt que de vous offenser.

Considérez ensuite combien vous avez mal agi en commettant le péché, et combien de mépris vous méritez pour celle raison; celle considération louchera facilement voire volonté. Dites donc : Mon Seigneur et mon Dieu! rien ne remplit autant mon cœur de douleur et de repentir que le souvenir de vous avoir offensé, ô bien suprême! — Si le cœur est bien disposé, je peux m'elever dans celte ferveur aussi haut que je veux ; ce que je ne conseille pas si l'âme n'est pas bien disposée. De cette manière il y a estime de Dieu du côté de l'entendement, et ferveur du côté de la volonté qui témoignera à Dieu que je suis sincèrement disposé à donner ma vie et mon sang, si je pouvais par-là effacer mes péchés passés, et m'empêeher de pécher à l'avenir. On formera

ensuite la résolution ou le bon propos, dont je Tais maintenant parler.

Explication de quelques demandes sur le bon propos.

Première demande. Jusqu'à quel point le bon propos est-il nécessaire pour la réception du saint Sacrement de Pénitence?

Le bon propos est une partie essentielle du St. Sacrement de Pénitence, et il est aussi nécessaire que la contrition, tellement que le Sacrement de Pénitence n'existe pas si je manque de bon propos, aussi bien que si je manquais de repentir, et il est nécessaire pour les péchés véniels tout comme pour les péchés mortels ; de sorte que, si par négligence volontaire, j'omettais entièrement le bon propos pour la confession des péchés véniels, je commettrais un sacrilège, comme j'en commettrais un, si je n'avais pas le repentir ou la douleur de l'âme.

Deuxième demande. Quelles qualités doit avoir le bon propos?

Les suivantes : 1° Le bon propos doit être efficace, c'est-àdire, je dois avoir une résolution sincère de ne plus pécher, une résolution telle que Dieu voie que je ne veux plus l'offenser.

2° Le bon propos doit être universel, comme la contrition. Si j'exceptais dans ce propos un seul péché grave, que je ne voudrais pas éviter, je commettrais un sacrilège ; cependant, pour la validité de la confession des péchés véniels, il suffit de former un bon propos sur un seul péché véniel, quoique le propos universel aussi pour les péchés véniels vaille mieux.

5" Le bon propos doit s'étendre à toutes les dettes contractées à cause des péchés, principalement des péchés graves. Par exemple : une personne possède injustement un bien: elle doit former le ferme propos de le restituer, sinon elle est dans l'occasion prochaine du péché: elle doit former un propos sincère d'éviter cette occasion ; ou elle a enlevé

rhonneur au prochain, en matière grave : elle est obligée de réparer la médisance ou la calomnie et de former le propos sincère de le faire, et ainsi des autres. On doit avoir la ferme et sincère volonté de s'acquitter de ces obligations, sinon le bon propos est nul et invalide.

Voici quelques doutes qui peuvent surgir.

Le premier est, si je peux former un propos sincère, dans le temps que le cœur est préoccupé d'une passion, dans le temps que j'éprouve réellement la colère, un mauvais désir, la concupiscence, une aversion, une antipathie, un dépit, une indignation contre le prochain, et semblables? 11 est évident qu'on le peut; il faut faire une distinction entre ce qui est dans mon pouvoir et ce qui ne l'est pas. Les révoltes de la naiure, les tentations et les attaques du démon ne sont pas dans mon pouvoir; car Dieu peut permettre cela dans les âmes les plus saintes. Qu'est-ce qui est donc dans mon pouvoir? C'est de ne pas succomber, de ne pas consentir à ces impressions, mais de dire à Dieu : Seigneur î j'éprouve telle ou telle tentation, mais c'est contre ma volonté, je veux la souffrir aussi longtemps qu'il vous plaira, mais je neveux jamais y consentir; je peux ainsi former un sincère propos au milieu de la révolte de la nature et profiter infiniment du Si. Sacrement de la Pénitence.

Deuxième doute. Une âme, qui sait par expérience depuis plusieurs années, qu'elle a toujours confessé les mêmes anciens péchés , sans qu'elle s'en soit jamais corrigée t peut-elle se fier sur son bon propos, en un mot, ce propos a-t-il été valide?

Si elle veut être sûre sur son état, elle doit agir avec sincérité et droiture avec Dieu dans la confession ; si pourtant elle tombe dans ses anciens péchés, un quart-d'heure après sa confession, et que sa conscience lui rende le témoignage qu'elle a agi sincèrement lorsqu'elle formait son bon propos, alors elle n'a rien à craindre de la validité de sa confession.

Cette doctrine est importante à connaître pour éviter les scrupules, pour s'en garantir.

Troisième doute. Une âme limide, pusillanime, défiante de Dieu el d'elle-même, qui pense que rien ne l'aide, que la confession el la contrition ne lui servent de rien, peutelle former un propos sincère, valide ? que doit faire une telle âme?

Elle lâchera d'avoir une grande confiance en Dieu. Quoique la grande confiance doive toujours accompagner la confession, une âme limide doit surtout s'efforcer de faire un acte d'espérance avant la confession, et de délester sa défiance; car cette défiance peut être sainte el bonne, et peut aussi être mauvaise. Elle est bonne et sainte, si elle provient de la connaissance de ma faiblesse et de mon inconstance; si je reconnais devant Dieu que je ne peux pas me corriger par mes propres forces; car alors je pratique l'humilité. Cette défiance est mauvaise, esl un péché lorsqu'elle m'abat et me décourage; car le découragement ne peut pas venir de Dieu en qui je dois mettre toute ma confiance ; car, puisqu'aussi longtemps qu'il me donne l'occasion de me confesser, aussi longtemps est-il aussi disposé à me donner la grâce de me corriger. C'est pourquoi je lui dirai : «Mon Seigneur et mon Dieu ! je sais que je ne changerai pas si vous ne me donnez une grâce extraordinaire. Vous voyez que j'ai sincèrement à cœur de me convertir : je ne devrais plus vous offenser; mais ma faiblesse et mon inconstance sont si grandes! Secourez-moi donc, ô mon Dieu ! et donnez-moi la grâce de vous être el de vous rester fidèle. »

Quatrième et dernier doute. Il concerne une âme sujette à beaucoup de péchés véniels et à de mauvaises habitudes ; elle se confesse et reste la même qu'avant la confession. Que faut-il doue qu'elle fasse pour oser rester sans crainte?

Afin de recevoir le St. Sacrement de Pénitence avec plus de sûreté, voici ce qu'elle fera. Elle se représentera certain péché véniel, qu'elle sait cerlainement qu'elle ne commettra plus par la grâce de Dieu; car chacun connaît bien tel péché qu'il n'est plus en danger de commettre, ou dont son cœur est détaché, ou pour lequel il n'a plus d'inclination. Elle

prendra un ou deux de ees péchés, et en fera le sujet de sa contrition et de son bon propos. Oui, je conseille à chacun, pour plus d'assurance, de se proposer ainsi un certain péché, et d'agir de celte manière. Par exemple : quelqu'un l'ait son examen particulier sur la colère, ou sur les discours contre le prochain. Les péchés qifil commet dans cette matière, il les accusera dans la confession exactement et avec toutes leurs circonstances, et il formera principalement là-dessus sa contrition et son bon propos; non-seulement pour la confession, mais encore pour la communion et pour la méditation; il doit persévérer dans la contrition et le bon propos sur ces péchés pendant des semaines et des mois, jusqu'à ce qu'il trouve qu'il s'en est corrigé. Si nous recevions Ses Sacrements de celle manière nous ferions certainement du progrès dans notre conversion. Mais la raison pour laquelle nous ne faisons pas de progrès, c'est que nous ne nous servons pas de ce puissant moyen. Car il n'est pas d'homme au monde qui ne vînt à bout de vaincre la plus forte passion, s'il voulait employer ce remède.

Nous venons de traiter de la contrition et du bon propos, et nous avons vu ce qu'ils doivent èlre, quelles en sont les qualités, pour nous ôter toute crainte sur la validité de la confession : maintenant nous allons traiter de la confession proprement dile. Nous avons à répondre à deux demandes qui la concernent.

Première demande. Quand la confession est-elle invalide pour n'avoir pas avoué ses péchés?

Elle est invalide si je cache volontairement et de propos délibéré, ou par une négligence coupable, un péché mortel ; tandis qu'elle ne l'est pas si j'omets même plusieurs péchés véniels.

Autre demande. Si après la confession je me souviens d'avoir omis involontairement, par pur oubli, un péché grave, et si j'avais l'occasion de le confesser avant la communion, est-ce que je communierais indignement si je ne le confessais pas avant cette communion?

Oui. Mais si je n'ai aucune occasion de le confesser avant la communion , ou si je ne peux omettre la communion sans grande honte ou scandale, alors il suffît de s'exciter à une contrition parfaite et d'accuser ce péché dans la prochaine confession (I).

Deuxième demande. Comment doit être la confession, pour que j'obtienne de Dieu la rémission de mes péchés , et de fortes grâces qui me sont nécessaires pour parvenir à la sainteté?

Nous confesserons tous les péchés véniels avec toutes les circonstances qui nous occasionnent de la confusion. Mais il faut remarquer que cela n'est pas nécessaire pour la validité de la confession, mais que c'est très-utile pour faire du progrès dans la vertu et pour obtenir toutes les grâces du saint Sacrement. On ne saurait croire combien sont grands les effets que produit cette entière et parfaite confusion de nous-mêmes. Les circonstances qui rendent les péchés véniels plus grands sont les suivantes:

1° Se permettre, sciemment et de propos délibéré, une trop longue négligence pendant l'oraison, de manière qu'on remarque et reconnaît sa tiédeur, ses distractions , sa négligence, et cependant on y persévère par pure paresse.

2° Quelqu'un me dit quelque chose qui me touche et me déplaît, et aussitôt je. sens naître la colère, mais en même temps je sens une autre impression qui me dit : tais-toi, souffre cela ; mais j'écoule au contraire ma colère, je me laisse aller, ou je m'en plains à d'autres; voilà une circonstance qui constitue un péché volontaire.

(I) Monseigneur Gousset, T. 2 , N« 434, et St. Alphonse, Lib. VI, Nf 479, enseignent le contraire et donnent le motif sur lequel est fondée leur opinon. Ils disent : l'obligation de déclarer les péchés omis (involontairement) n'est pas tellement pressante qu'il faille retourner aussitôt à confesse. Il suffit de les confesser la première fois qu'on s'approchera du tribunal de la Pénitence, in sequenti confessione, soit par dévotion, soit pour satisfaire au précepte de la confession ; et cela parce qu'il n'existe aucune loi , aucun décret qui oblige de les déclarer plus tôt. {Note du Traducteur.)

3* Si je désire et cherche sciemment «ne occasion de miire à celui qui m'a fait de la peine, je commets une grande méchanceté si j'effectue ma résolution ; oui, il se commet ainsi beaucoup plus de péchés que nous ne pensons ; car rester dans cette disposition des jours et des semaines, et penser souvent à une occasion de se venger, il serait à peine possible que cela se fît sans occasionner un grand nombre de péchés; puisque ia rancune , que je ne dépose pas, et que j'augmente au contraire avec préméditation, m'excite et me pousse continuellement à de nouveaux jiéchés.

4° Si je pèche par scandale , par exemple , en faisant des rapports; j'entends invectiver contre quelqu'un, je vais le lui rapporter, quoique je sache d'avance que je le ferai fâcher, néanmoins je lui en fais le rapport ; je pèche alors par scandale , puisque je suis la cause du péché d'aulrui, de la colère, du mécontentement, de l'aversion, de la mésintelligence. Je me rends encore plus coupable des péchés d'autrui, si j'excite un autre, si je lui dis par exemple : pourquoi sou lirez- vous cela? pourquoi faiies-vous cela? pourquoi vous soumettez-vous? Moi, je ne le ferais pas. Ce ne sont pas de petits péchés, car ils blessent la charité, ils sont un poison surtout dans une maison religieuse, où ils anéantissent toutes les vertus. C'est une chose bien dangereuse.

5° Persévérer dans le péché. J'ai contre quelqu'un un dépit ou une aversion dans le cœur, dont je ne me défais jamais, je montre à l'occasion mon mécontentement, et je continue à murmurer intérieurement. Si je ne combats pas cette inclination de la nature, si je ne la surmonte pas, c'est un péché qui ne me sera pas pardonné, aussi longtemps que je m'y laisse aller. Si je ne me corrige pas sur celle matière, je peux me confesser et aller à la sainte Communion tant que je veux , rien ne me sert; le péché reste toujours pour moi péché, et ne me sera jamais pardonné. La dernière circonstance qui augmente le péché, c'est lorsque

je crois avoir raison et que je défends et soutiens ma faute. On lit dans la vie de Si. Martin , qu'il y avait à Tours, dont il était évêque, un couvent de 80 moines parmi lesquels se trouvait un nommé Brice , qui ne faisait que l'injurier et invectiver contre lui, en sa présence et en son absence ; tout ce que le saint Evoque faisait, il le trouvait mal; en un mol, il ne pouvait pas le souffrir. Les autres moines lui donnaient souvent de bons avertissements, mais en vain, rien ne pouvait le corriger; il croyait avoir raison, et il persévéra dans celte mauvaise habitude jusqu'après la mort du saint Evêque. II rentra en lui-même, probablement par Tintercession du Saint, il en fil une rude pénitence jusqu'à la fin de sa vie , et mérita de devenir lui-même évêque de Tours, et l'Eglise l'honore comme saint. Nous pouvons voir par-là combien nous nous trompons, et quels torts nous nous faisons à nous-même en persévérant dans notre aversion.

Après avoir vu les circonstances qui augmentent le péché, nous dirons comment il faut les confesser. Si je veux faire du progrès, et engager Dieu à me donner la grâce de me corriger, je dois accuser au tribunal de la pénitence toutes les circonstances qui me couvrent le plus de confusion, et expliquer clairement la malice du péché; savoir la durée, les effets qu'il a occasionnés en moi et en autrui ; que c'a été volontairement, avec préméditation. 11 n'est pas nécessaire de donner de longues explications , on peut le faire eu peu de mots, et cependant dire toutes les circonstances. Par exemple : j'ai été volontairement distrait pendant l'oraison. Je dois donc dire que j'ai passé un quarî-d'heure ou une demi-heure dans des distractions volontaires. J'ai été en colère et j'y ai sciemment persévéré autant de temps, sachant que je ne faisais pas bien, et sans réprimer cette colère. J'ai blessé la charité en faisant des rapports auprès d'une ou de plusieurs personnes. J'ai été la cause, par-là, que d'autres se sont fâchés et ont fait des plaintes. El ainsi des autres péchés. Le confesseur s'informera s'il y a encore autre chose à déclarer.

Pour conclure, nous ajouterons encore quelque chose de la dernière partie de ce saint Sacrement, savoir, de ia satisfaction ou pénitence à accomplir. Ordinairement la pénitence que Ton donne au confessionnal est quelque chose de minime. Or, puisque la pénitence qu'on impose, a par la vertu du Sacrement, une force extraordinaire pour effacer les péchés, je conseille donc de demander tous les mois à son confesseur une pénitence en vertu du Sacrement. Pour cela il n'est pas nécessaire de faire quelque chose d'extraordinaire ; il suffit pour celle fin de faire les œuvres de pénitence habituées de chaque semaine ou de chaque mois, comme d'élever souvent son cœur vers Dieu par de saintes affections, de pratiquer la patience et le silence dans les souffrances , ou ce que le confesseur imposera au pénitent en vertu et en vue du Sacrement, par la raison que ces œuvres acquièrent une grande force pour effacer les péchés, et pour nous appliquer de plus en plus les mérites du sang de J.-C, source de 1 efficacité du Sacrement et fondement de son institution.

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