‹ Maximes spirituelles et diverses instructionsChapitre 25 sur 53 · MAXIME · texte numérisé non relu

MAXIME

Se laisser passer aucun jour sans se vaincre souvent et fortemeul.

Des motifs de se vaincre.

1er motif. J'ai offensé Dieu par tous les membres de mon corps, et par toutes les facultés de mon âme; je ne dois donc laisser aucun des membres de mon corps, ni aucune faculté de mon âme, sans les mortifier pour l'amour de Dieu.

Ame ingrate! rentrez dans votre conscience, et examinez : voyez combien d'injures vous avez faites à Dieu, par tous les membres de votre corps, et par toutes les facultés de votre âme. Qu'ont fait vos yeux, votre langue, votre bouche, vos mains, vos pieds et les autres membres de votre corps? Qu'a fait votre mémoire, votre entendement, votre volonté? Quelles étaient les pensées, les désirs, les affections, les desseins, les intentions de ces puissances de votre âme? Eu

tout cela pouvez-vous bien compter les injures que vous avez failes à votre Dieu? Ne serait-il donc pas juste que vous offrissiez maintenant à Dieu autant de mortifications de ces membres et de ces facultés, que vous lui avez fait d'injures par ces mêmes membres et ces mêmes facultés? Faire la moindre injure à ce grand Dieu, est un si grand mal que, selon les théologiens, la plus rude pénitence ne suffit pas pour l'effacer; combien peu j'acquitterai donc de cette dette, si je pratique une petile mortification pour chaque injure que j'ai faite à ce grand Dieu?

2e7noiif. Aucun membre du corps de mon Sauveur, aucune puissance de son âme n'ont été exempts des cruelles souffrances qu'il a supportées pour mes péchés; je ne dois non plus laisser aucun membre démon corps, ni aucune faculté de mon âme, sans les mortifier pour son amour.

Voyez, mon âme! ces larmes dont les yeux de Jésus sont inondés, c'est vous qui les avez fait couler; ces épines dont sa tête est percée, c'est vous qui les y avez enfoncées; ce sang qui découle de son corps, c'est vous qui l'avez tiré de ses veines; ces plaies qui couvrent si inhumainement tout son corps, c'est vous qui les avez faites. Après cela n'avezvouspas assez de raisons de vous animer contre vous-même, et de venger ces méfaits sur vous-même? Le Père Gebellus se retirait souvent, pendant la nuit, dans un coin du jardin pour se donner une rude discipline, avec une chaîne, en disant : c'est ainsi qu'un doit traiter celui qui a fait mourir le Fils de Dieu.

3e motif. Il n'y a pas de membre de mou corps, ni aucune faculté de mon àme qui n'ait mérité le feu de l'eufer; je ne dois donc plus laisser aucun de mes membres, aucune des facultés de mon âme sans les mortifier par amour et par reconnaissance envers Dieu.

0 mon àme! combien Dieu vous a aimée! Est-ce que vous vous souvenez encore de l'heure où vous commîtes le premier péché? C'est à celle heure que vous perdîtes votre droit au ciel, et Dieu aurait pu vous en priver pour tou-

jours, en vous laissant mourir alors dans cet état. Ce fut à (•elle heure que vous méritâtes l'enfer, et Dieu aurait pu vous retirer alors de ce monde et vous damner pour toujours, sans vous faisser le temps de faire pénitence. Si Dieu vous avait traité alors de la sorte, que seriez-vous à présent ? 0 malheureux! vous seriez damné à celte heure-ci, sans aucun espoir de salut. Vos yeux, vos oreilles, vos mains, vos pieds, votre cœur, tous vos membres, par lesquels vous avez péché, brûleraient maintenant en enfer, et y brûleraient pour toujours. Cette peine, ces douleurs horribles de toute une éternité, Dieu vous en a préservé, par pur amour, par pure bonté, par pure miséricorde. Un Dieu si bon, si aimable, ne mérite-t-il donc pas que vous vous mortifiiez sérieusement et constamment, par amour et par reconnaissance pour lui?

4e motif. Il n'y a pas de membre de mon corps, ni de faculté de mon âme, qui n'attende une gloire et une jouissance éternelles dans le ciej. C'est pour obtenir cette gloire que je mortifierai sans cesse tous ces membres et toutes ces facultés. Oh! si nous comprenions quelle gloire immense celle vertu de mortification procure dans le ciel! Chaque violence qu'on se fsit, si petite, et de si peu de durée qu'elle puisse être, mérite une gloire spéciale et éternelle. Quelle joie, quel contentement, quelle gloire, quel bonheur nous seraient réservés si nous savions nous vaincre seulement une dizaine de fois par jour? Ecoulez ces belles paroles de Louis de Blois, le savant et illustre auteur et maître dans la vie spirituelle : Deux personnes, dit-il, passent près d'un jardin rempli de belles fleurs; elles ont toutes les deux le désir d'en cueillir pour jouir d'une satisfaction innocente; mais la première de ces deux personnes lève les yeux au ciel, offre ce plaisir et ce goût à Dieu, passe outre, et s'en prive. L'autre personne se baisse et cueille un bouquet de ces fleurs. La première personne se refuse ce petit plaisir, la seconde se le permet; cela paraît peu de chose aux yeux des hommes, mais aux yeux de Dieu

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ce n'est pas ainsi; car écoutez ce que dit Louis de Blois : si ces deux personnes avaient les mêmes mérites, sans compter cette petite mortification , et qu'elles sortisseut ensemble de ce monde, la première serait autant élevée au-dessus de l'autre dans le ciel, que le ciel est élevé audessus de la terre.

§ 2- Première manière de se mortifier.

La première manière de se mortifier, c'est de se priver pour Dieu des jouissances licites, de ces satisfactions qu'on pourrait se donner sans blesser sa conscience.

Il y a beaucoup de différentes pratiques à indiquer sur cette matière; pour plus de clarté, je vais en spécifier ici quelques-unes.

Ire pratique. Ne jamais prolonger le sommeil, d'un seul moment, par sensualité, lorsqu'on est en bonne santé. .

Cette mortification renferme deux points. Le premier, c'est de ne jamais* dormir pendant la journée; le second, c'est de se lever sans tarder à l'heure prescrite. On ne saurait dire combien de grâces signalées cette première violence nous attire pendant la journée, et de combien de grâces nous serions privés pendant le jour, par la négligente omission de Cette mortification.

:2e pratique. Se vaincre deux ou trois fois pendant le repas, par amour pour Dieu.

On peut le faire de toutes sortes de manières; par exemple, passer un mets sans y toucher; se priver en partie de ce qu'on aime le plus; cesser le repas avant d'avoir satisfait son appétit. Cette sorte de mortification est si nécessaire que, sans elle il est impossible, et de faire un médiocre progrès dans l'oraison, et d'avoir jamais aucune sainte familiarité ou communication particulière avec Dieu.

5e pratique. Ne jamais boire ni manger hors des repas.

Tous les maîtres de la vie spirituelle exaltent cette morti-

ficalion, comme ua point qui aide beaucoup à la perfection. Mais il faut toujours faire cette exception : si la mauvaise santé, la charité , l'obéissance ou les convenances exigeaient d'agir autrement. Un saint religieux, nommé Pierre, avait fait un grand voyage à pieds, et dans les grandes chaleurs de l'été; il arriva enfin tout altéré et épuisé à un couvent de religieuses dont il avait la direction. Une religieuse remarquant son étal, lui présenta un verre d'eau fraîche ; le saint le prit, leva les yeux au ciel, et dit : j'ai la plus grande envie de boire ce verre d'eau, mais il vaut mieux de l'offrir à Dieu ; là-dessus il le versa par terre, et supporta sa soif jusqu'au soir.

Ae pratique. Jeûner une ou deux fois la semaine sans jamais manquer, que dans les cas comme ci-dessus. Les vies des Saints sont remplies de tels exemples, et plus on les imitera, mieux on fera, pourvu qu'on n'aille pas plus loin que ne le permet la santé ou l'obéissance.

Deuxième manière de se mortifier.

La deuxième manière de se mortifier, consiste à châtier son corps par quelques actes de pénitence volontaire, et à le soumettre ainsi à l'esprit.

Comme celte sorte de mortification ne doit pas être indiscrète, de même elle ne doit pas être trop douce et trop faible, de manière qu'elle soutiendrait la révolte de la chair. Le mieux serait de se soumettre sous ce rapport à l'obéissance. Les œuvres de pénitence et de mortification que l'on pourrait employer utilement, sout les suivantes :

lre œuvre de mortification. Ne laisser passer aucun jour sans se donner la discipline, d'une manière convenable.

Car un corps pour lequel Jésus n'aurait versé qu'une larme, ou une seule goutte de son sang; un corps pour lequel Jésus n'aurait dû supporter qu'un seul coup de la flagellation, ou recevoir une seule plaie, un tel corps ne peut

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et ne doit pas être traité avec douceur. Or, regardez Jésus lié à la colonne, et voyez comme il est arrangé; sa peau et sa chair pendent par lambeaux; ses membres sont gonflés; son corps n'est qu'une plaie et il est couvert de sang depuis le sommet de la tète jusque sous les plantes des pieds. Mais qui est la cause de ce bain de sang? Pouv.ez-vous nier, sans que la conscience vous le reproche, que c'est votre sensualité, la tendresse que vous avez pour votre corps qui a été ce bourreau de Jésus? Puisque Jésus a laissé maltraiter ainsi son corps à cause de vous, n'avez- vous pas maintenant assez de motifs pour concevoir une sainte haine contre vousmême, et pour dompter votre corps par nue bonne discipline ? Oh! que ne ferions-nous pas, si nous avions un vrai repentir de nos péchés, et si nous aimions véritablement Jésus crucifié pour nous !

2e œuvre de mortification. Porter quelquefois pendant la semaine la haire ou une ceinture de fer.

Cette sorte de mortification était très-commune parmi les saints, et la plupart ne s'en contentaient pas, mais couvraient encore tout le corps par des habits de poils, ou d'étoffe assez rude pour faire souffrir leur corps, surtout ceux qui jadis avaient mené une vie molle, douce et moudaine. Telle fut la bienheureuse Sancia Cariglia, dame de la cour d'Espagne. Elle était si vaine, si mondaine, qu'elle était quasi incapable d'avoir d'autres idées que celles qui sont conformes à l'orgueil. Mais Dieu qui voulait montrer en elle les trésors de la miséricorde, et faire d'une grande mondaine une grande sainte, toucha subitement son cœur. Elle vint au confessionnal du célèbre Père Jean d'Avila, grand prédicateur; elle portait selon son habitude des habits magnifiques et d'autres vains ornements. A peine cet homme apostolique l'eut-il aperçue, qu'il jeta sur elle un regard sévère et lui dit, sans aucun respect humain, ces paroles : Madame, tout votre extérieur et tous vos ornements ressentent l'enfer. Ces paroles furent pour elle comme un coup d'éclair qui abattit toute sa vanité. Elle fil sa confession

avec beaucoup de douleur, quitta la cour, el commença une vie si austère qu'on put la comparer à celle des anciens Pères du désert.' Entre autres austérités qu'elle pratiquait, elle portait encore sur son corps un habit de poils garni de pointes de fer.

3e œuvre de mortification. Dormir deux ou trois fois la semaine sur un lit dur.

Un homme pour lequel le divin Sauveur a passé tant de temps à genoux en prières; pour lequel il a couché quarante nuits sur la terre dans le désert; pour lequel il a rendu son esprit, non pas sur un bon lit, mais sur l'arbre de la croix, un tel homme ne doit pas faire de difficultés pour dormir de temps en temps sur la dure, afin de rendre quelqu'amour de retour à Jésus ; à moins qu'il ne soit empêché par défaut de santé. Mais combien de fois ne donne-t-on pas pour nécessaire à la santé, ce qui ne sert proprement qu à couvrir Tamour-propre et à satisfaire la sensualité.

4e œuvre de mortification. Ne jamais laisser passer aucun jour sans châtier le corps, par quelques petites pénitences. Le zèle est ingénieux, et trouve mille moyens de se vaincre. Les vies des Saints sont remplies d'exemples de celte nature. On en trouve qui ont prié à genoux, sans s'appuyer aucunement; d'autres ont fait leurs prières, les bras étendus; d'autres encore élevaient leur cœur vers Dieu, se jetant la face contre terre, étendus devant le crucifix; d'autres qui gardaient dans la bouche de l'absinthe, ou quelqu'aulre chose d'amer. Le monde se moque de ces petites mortifications, mais Dieu les estime beaucoup, et les récompense par de très-grandes grâces. On aurait de la peine à trouver un saint qui ail négligé ces sainles pratiques. Rodriguez rapporte un bel exemple de la vie des SS. Pères du désert. Un saint solitaire, pour avoir l'occasion de se mortifier, avait bâti sa cellule aune demi-lieue de la fontaine où il allait tous les jours puiser l'eau qui lui était nécessaire, en hiver comme en été. Etant devenu vieux et aveugle, un autre solitaire voulut lui aller chercher Te^u;

le saint n"accepla pas cet acte de charité, pour ne pas perdre l'occasion de se mortifier; il continua lui-même à se procurer de cette eau, marchant au moyen dune corde attachée à sa cellule et dont l'extrémité était attachée à la

fontaine.

Troisième manière de se mortifier.

La troisième manière de >e mortifier, consiste à mettre à profit les peines, les accidents fâcheux el les adversités journalières, el à les supporter dans l'intention de se mortifier.

Une àme éclairée d'en haut, qui accepte ces occasions comme <lui venant de Dieu, pour sa sanctification, a trouvé une mine d'or d'où elle peut tirer de grands trésors en peu de temps. Voyez-en les pratiques on exercices suivants:

lre pratique. >*e jamais se disculper auprès de personne, et sur quoi que ce soit, ou quoi que ce soit qu'on puisse nous imputer. Celle règle est générale, et ne souffre d'exception que sur Irois points.

1° C'est lorsque quelqu'un de ceux qui ont le pouvoir de nous commander au nom de Dieu, nous demande formellement si la chose est telle ou non.

2° Lorsque le prochain s'afflige beaucoup à cause d'un soupçon qu'il a conçu contre nous.

5° C'est lorsque l'accusation est de nature à nuire nonseulement à noire personne, mais aux autres, mais à toute une communauté, ou à tout un Ordre. Dans ces circonstances on peut parler, el se justifier, mais eu faisant connaître formellement qu'on ne le fait que pour pratiquer l'obéissance et la charité ; car dans ces cas la mortification doit céder le pas à ces deux vertus. Dans toutes les autres circonstances, dans tout autre événement, on doit se taire, et offrir son honneur, sa réputation au bon plaisir de Dieu.

-Ie pratique. Ne jamais se fâcher de rien, ni contre aucune personne, quoi qu'il puisse arriver.

Celle règle u'éxcepte que ceux qui soûl obligés de commander aux autres, et qui doivent les reprendre de leurs fautes. Dans ces cas ils doivent prendre deux précautions. La première, c'est de ne jamais reprendre ses inférieurs, lorsqu'on se sent ému ou réellement en colère; mais on doit alors attendre jusqu'à ce que le cœur se soit remis dans son assiette ordinaire. La deuxième, c'est de montrer sérieusement à l'inférieur la faute qu'il a commise, et de l'en reprendre, mais sans dureté, sans manières ou paroles piquantes; il faut que l'avertissement soit accompagné d'une tendre et sincère charité. La harilé et la douceur ont toujours été le vrai caractère des Saints, et ces deux vertus se trouvent toujours dans un cœur où règne l'esprit de Jésus. Nous en avons un bel exemple dans sainte Julienne, prieure du couvent du Mont-Cornillon de Liège, native deRetinne, près de Liège, par les inspiraiions elle zèle de laquelle fut instituée la fête du St. Sacrement. Quelques-unes de ses religieuses ne pouvant supporter son zèle et la sévérité de la discipline religieuse, excitèrent contre elle une partie des bourgeois qui détruisirent le couvent, attaquèrent la sainte à coups de pierres et de bâtons. Que fit la sainte? se mitelle en colère? fit-elle du bruit? Non ; elle était à genoux, priant paisiblement Dieu pour ses persécuteurs.

5e pratique. Ne jamais, pour aucune cause, parler mal des personnes, ni en leur absence, ni devant elles.

Celte manière d'agir esl nu acte,, non-seulement iVuua grande mortification, mais encore d'une exquise charité. Il y a toutefois des circonstances où il est permis de parler des fautes du prochain; c'est lorsque quelqu'un qui a le droit de me commander me le demande; c'est lorsque je crois que cela est nécessaire ou utile pour le bien de celui dont on parle; c'est lorsque j'ai besoin d'un conseil, que je ne peux obtenir sans découvrir la faute du prochain. Dans ces circonstances on peut en parler; dans toutes les autres on doit se taire, et se vaincre pour l'amour de Dieu.

Acpratique. Ne jamais, pour aucune raison, se plaindre de personne.

Ce n'est pas se plaindre quand on découvre ses peines corporelles ou spirituelles, à ceux dont on peut obtenir du secours ou un bon conseil; ce n'est pas se plaindre non plus lorsque la violence des douleurs nous arrache des soupirs ou des larmes. L'un et l'autre peuvent avoir lieu, sans porter préjudice à la vertu, pourvu qu'intérieurement on se soumette entièrement à la volonté de Dieu. Ce que nous voulons dire ici, c'est que l'on ne doit pas se fâcher, se plaindre, ni murmurer à cause d'une persécution, d'une croix, d'un mauvais succès, ou de toute autre contrariété ou adversité; mais louer et béuir en tout les décrets de Dieu, en gardant le silence. Saint François de Borgia étant un jour malade, un novice lui apporta une soupe, dans laquelle celui-ci avait mis involontairement beaucoup d'absinthe. Le saint la mangea toute et en témoigna beaucoup de contentement, sans dire mot au novice de la méprise qu'il avait faite. Le novice étant de retour à la cuisine, s'aperçut alors de ce qu'il avait fait, et alla de suite en demander pardon au saint, qui se mil à sourire, et lui dit : Dieu vous bénisse, mon fils! vous seul avez connu ce qui m'était le plus nécessaire.

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