‹ Maximes spirituelles et diverses instructionsChapitre 24 sur 53 · ARTICLE IL · texte numérisé non relu

ARTICLE IL

De quelques moyens pour purifier son cœur des péchés véniels.

Le premier moyen, c'est de prendre une ferme résolution de ne jamais consentir à aucun péché véniel.

A celte tin une personne religieuse doit souvent, dans ses méditations et dans l'oraison, faire un ferme propos de mourir plutôt mille fois, que de commettre le moindre péché véniel. Elle renouvellera ce propos chaque jour plusieurs fois dans ses visites au Saint Sacrement ; elle y confessera avec humilité sa faiblesse et son impuissance; elle demandera à Dieu sa grâce et sa bénédiction, et lui offrira le sang de Jésus-Christ, pour obtenir de la force. Sainte Catherine de Gènes disait : Si la mer était remplie de feu au lieu d'eau, je m'y jetterais plutôt que de commettre le moindre péché véniel.

Le 2e moyen, c'est de se relever avec promptitude lorsqu'on est tombé dans le péché.

Si une personne religieuse tombe par faiblesse humaine dans quelque péché véniel, elle ne doit pas tarder un moment d'en faire pénitence ; dans cette intention elle ira se jeter devant le Saint Sacrement, ou devant son crucifix. Si dans ce moment elle est occupée avec d'autres personnes, elle aura soin de rentrer dans son cœur, pour reconnaître avec humilité sa faute devant Dieu, pour la déplorer, et offrir en satisfaction le sang de J.-C. Elle doit ensuite renouveler son bon propos, et demander de nouveau à Dieu son secours et sa grâce. La prompte pénitence est trèsutile, car elle fait que nous nous relevons avec plus de courage, de grâces et de mérites, que nous n'avions avarn la chute.

Le 3' moyeu, c'est de nous punir nous-mêmes avec une sainte indignation.

On peut le faire de la manière suivante : 1° s'imposer quelques pratiques intérieures, opposées à la faute qu'on a commise; 2° y ajouter aussi des pratiques extérieures pour réparer cetleg faute ou le mauvais exemple qu'elle a pu causer ; 3° s'imposer une œuvre de pénitence pour se punir de l'infidélité qu'on a commise. Par exemple : je m'oublie et je dis à une personne des paroles de colère ; je dois expier ce péché delà manière suivante : 1° je formerai intérieurement une dizaine d'actes de charité, et j'offrirai autant de fois le sang de J.-C. pour la personne contre laquelle je me suis laissé aller, afin que Dieu la comble de ses grâces ; 2° je chercherai soigneusement l'occasion de rendre quelque service à cette personne ; 3° je me donnerai la discipline, je ferai quelqu'abssinence, ou une autre œuvre de pénitence. St. Antoine, s'étanl laissé aller à des paroles d'impatience, ceignit son corps d'une chaîne, et la porta pendant sept ans pour en faire pénitence,

2e MAXIME.

Conserver son cœur pur et sans tache devant Diea.

La pureté de cœur est une vertu par laquelle l'âme expie les péchés passés, et évite d'en commettre de nouveaux ; elle marche ainsi en la présence de Dieu sans faute et sans tache. Pour acquérir cette vertu, il faut s'appliquer aux deux points suivants : i° expier les péchés qu'on a commis; 2° éviter, avec soin, d'en commettre de nouveaux. Avec la grâce de Dieu, nous allons expliquer ces deux points un peu plus longuement.

Des pratiques ou exercices intérieurs, par lesquels on peut expier les péchés que l'on a commis.

Par la pratique intérieure de la pénitence, on entend, u:.e attention , un soin continuel à se rappeler et se représenter les péchés que l'on a commis , pour les délester devant Dieu avec un vrai repentir, les expier par la pénitence , et détruire entièrement les mauvaises affections par lesquelles on s'était attaché aux créatures. On ne saurait croire combien celte pénitence intérieure est utile à lame, car Dieu étant infiniment bon et miséricordieux, il s'ensuit que le repentir de l'âme lui est extrêmement agréable ; il oublie de suite toutes les fautes que celle âme a commises envers lui, et l'aime avec plus de ferveur et de tendresse qu'une autre qui ne l'a pas offensé. Il semble qu'il la laisse tomber quelquefois dans plus de fautes, pour lui prodiguer ensuite plus d'amour. L'innocence, sans doute, est v,n grand bonheur; cependant on doit croire, qu'il y a dans le ciel beaucoup de saints pénitents, qui surpassent beaucoup de milliers d'autres qui ont vécu dans l'innocence. L'amour parfait, à la fin de la vie, procure une plus grande bienveillance de Dieu, et une plus grande récompense dans le ciel. Une faute qu'on a commise, est souvent cause qu'on a d'autant plus de zèle ensuite ; et s'il n'y avait pas eu de chule, on n'aurait pas brûlé de tant de zèle; Pâme serait restée dans un certain milieu, et ne se serait jamais élevée si haut. Bref, Dieu ne laisse rien perdre à l'âme, il ne la charge pas de peines, pour les fautes du passé. Celui qui l'aime le plus, lui est le plus agréable. Qu'il soit juste et innocent, ou qu'il soit péuilent, peu importe ; toutefois, il exige un cœur brisé, un cœur pénitent, sans cela on ne doit pas prélendre à son amour et à son amitié.

Il est vrai que l'Espril-Saint inslruil plus une âme qu'il

veut s'unir, qu'elle ne pourrait jamais apprendre de la pari des hommes. Cependant, pour lui venir en aide, lorsqu'elle

est encore novice dans les voies de Dieu, nous mettrons ici quelques pratiques, qui lui feront voir de quelle manière elle doit délester ses péchés pendant l'oraison. Pendant ces pratiques, il faut faire attention aux points suivants : 1° On doit employer avec ferveur et zèle, au moins une demi-heure par jour, à ces pratiques ou exercices. 2° On doit y persévérer jusqu'à ce qu'on éprouve un grand mécon lentement, une indignation contre soi-même. 5° Lorsque le cœur est touché par le repentir, il faut se mettre bien en garde qu'il ne s'y mêle de la timidité et de la défiance de la bonté divine. Celte défiance déplaît beaucoup à Dieu. Si Dieu a aimé l'âme lorsqu'elle lui était infidèle et qu'elle l'offensait beaucoup, il l'aimera d'autant plus maintenant qu'elle se repent sincèrement de ses péchés et qu'elle lui en demande humblement pardon.

Ve pratique. Prenez le crucifix en main, ou vous le représentez en esprit, et dites en vous-même: jO mon Jésus crucifié! Si je devais mourir après ce péché, et paraître devant votre tribunal, quels regards mutuels aurions-nous à échanger dans ma situation ? vous pourriez me dire que vous m'avez aimé plus qu'un père. Et moi que pourrais-je vous dire? Que je n'étais pas encore au monde, et que déjà vous m'aimiez d'un amour infini, et que vous avez répandu voire sang pour moi sur le Calvaire. Après ma naissance et des que j'ai eu l'usage de raison, j'ai commencé à vous offenser et à commettre des centaines de péchés contre votre infinie bonté : et vous, mon Dieu ! vous avez souffert tout cela avec patience et en silence, comme si vous n'aviez ni vu ni connu ces oii'enscs. J'ai continué de longues années à vous mépriser : vous au contraire, au lieu de me mépriser et de me rejeter pour toujours, vous avez continué à courir après cette hrebis égalée, et à l'inviter à la pénitence : j'ai méprisé des milliers d'inspirations par lesquelles vous vouliez m'attirer, je m'en suis moqué : vous au contraire vous n'avez jamais

cessé de soupirer après moi, et enfin, vous avez gagné mon cœur. Vous agissez envers moi, comme si vous ne pouviez pas vous passer de moi, et comme si vous n'aviez pas assez de satisfaction au ciel, sans m'y avoir. »

Ces vérités, méditez-les sérieusement; imprimez-les profondément dans votre cœur; pesez-les avec beaucoup d'attention. Ensuite abandonnez votre cœur aux affections suivantes :

1° Reconnaissez que vous avez mal agi en offensant si souvent un si bon Père, en méprisant si longtemps ses invitations aimables et paternelles ; en attachant votre cœur aux créatures, en mépris de lui, ce cœur qui aurait dû appartenir à lui seul.

2° Détestez les jours, les heures et les moments où vous avez offensé un Dieu si bon ; déplorez sincèrement vos péchés ; désirez de tout votre cœur de pouvoir rétablir ces malheureux moments où vous avez péché contre un Dieu si bon envers vous.

5° Admirez la bonté infinie de votre Sauveur; lui qui a pu supporter tant d'injures d'une créature si misérable que vous; qui a pu souffrir si longtemps tant de méchancetés et tant d'ingratitude ; qui a pu, quoique vous fissiez toujours la sourde oreille, vous suivre si longtemps et vous offrir son cœur.

4° Formez un ferme propos de plutôt tout souffrir eu ce monde et dans l'autre que de pécher encore une seule fois. Offrez-lui votre cœur, tout ce que vous avez et tout ce que vous êtes. Prenez la ferme résolution de l'aimer à l'avenir sur toutes choses, de l'aimer avec autant de ferveur, que vous l'avez offensé jadis.

5° Embrassez votre Sauveur; pressez-le contre votre cœur; baisez ses saintes plaies, et demandez-lui pardon.

2e pratique. Prenez votre crucifix en mains et regardez-le fixement ; considérez alors en délai! tous les tourments que J.-C. a supportés pour vous. Voyez! sa tête adorable percée d'épines; ses cheveux collés ensemble par le sang;

ses yeux remplis de sang, ses joues devenues livides par les soufflets, sa bouche abreuvée de fie! et de vinaigre. Considérez les plaies que la croix a imprimées sur ses épaules ; ses mains et ses pieds percés de clous, tout son corps déchiré par la flagellation ; ses nerfs et ses côtes disloqués. Considérez ses pieds, ses mains et tout son corps décharnés, et sa chair, pendant partout en lambeaux et mêlée de sang caillé entre les plaies. Considérez comment Jésus est inhumainement tourmenté par les douleurs; comment il doit souffrir la tristesse et les angoisses; comment il est privé de toute consolation, abandonné de tout le monde, supportant les railleries des assistants; comment ii rend son esprit dans cet état. Après avoir mûrement considéré ces souffrances, demandez-en la cause à votre Sauveur. Qui l'a réduit en cet état? Qui lui a causé de si grandes douleurs '? Et après avoir compris que vos péchés ont été l'unique cause de ce grand mal, mettez vos péchés, vos méchancetés, votre ingratitude, eu parallèle avec l'amour de Jésus, et abaudonnez-vous aux affections suivrai les :

1° D'un côté, admirez grandement la bonté infinie de votre Sauveur ; admirez comment i! a pu vous aimer, et souffrir tant pour vous, quoiqu'il eût prévu la manière ignominieuse dont vous alliez le traiter dans le temps ; de l'autre côté, soyez stupéfait de votre ingratitude vraiment brutale, et comment il a été possible que vous ayez si souvent et si gravement péché contre un Père *i juste et si aimable !

2° En sa sainte présence, précipitez- vous en esprit au fond des enfers parmi les damnés, et reconnaissez qu'un seul enfer ne suffit pas pour punir vos péchés comme ils l'ont mérité, et que vous méritez encore actuellement d'être rejeté pour toujours.

5° Considérez son corps couvert de sang, et priez-le d'avoir pitié de vous en considération de ce prix infini; et ayez la confiance toute filiale qu'il vous accordera un entier

pardon de tous vos péchés, quand même ils auraient été infiniment plus graves et plus nombreux.

■4° Assemblez toutes vos forces, pour délester tous vos péchés, toutes vos affections déréglées, toutes vos imperfections ; et témoignez à Dieu que vous voudriez volontiers vous laisser brûler vif, à la face du monde, si vous pouviez par-là vous rendre tel que si vous n'eussiez jamais péché.

5° Embrassez votre Sauveur, confiez votre âme et votre corps à la plaie de son cœur, et priez-le de purifier de nouveau l'un et 1'aulre, comme ils l'ont été jadis dans le saint Sacrement de Baptême.

5e pratique. Fermez les yeux, représentez-vous vivement les prisons infernales; visitez toutes ces places dont les damnés prennent possession. Là, dans telle place de ce feu terrible, voyez celle jeune fille qui n'a vécu qu'un mois dans le péché d'impureté; ou une autre qui n'a commis qu'une dizaine de péchés mortels; voyez dans telle autre place cette autre personne, tourmentée d'une autre manière, quoiqu'elle n'ait jamais péché par des actions impures, mais seulement par des désirs ; voyez encore dans telle autre place, comment est tourmentée cette personne qui a une seule fois reçu les Sacrements indignement, et ainsi des autres. Jetez ensuite Un regard sur vous-même et demandez pourquoi vous n'êtes pas du nombre de ces malheureux? Considérez ensuite que c'est Dieu qui, par son infinie miséricorde, vous a préservé de ce malheur. Formez donc les affections suivantes:

1° Des affections de louanges et de bénédictions pour la bonté et la miséricorde infinies de Dieu, qui vous préserve de ce malheur éternel ; des affections de reconnaissance pour tout le temps qu'il vous a accordé et qu'il doit encore vous accorder pour vous repentir de vos péchés et pour les expier.

2° Reconnaissez devant Dieu votre malice, le nombre et la gravité de vos délils, et les longues années que vous y avez passées.

ô° Concevez-en une vive douleur, délestez les et souhaitez de ne les avoir jamais commis.

4r° Prenez la ferme résolution de ne jamais consentir au moindre péché, pour quoi que ce soit au monde.

o° Gémissez-en devant Dieu, priez-le de ne jamais vous laisser succomber au péché, et de vous retirer plutôt de ce monde, que de vous permettre une seule infidélité.

4e pratique. Elevez vos yeux au ciel et contemplez-y la Majesté infinie de Dieu que vous avez offensée par vos péchés. 0 grand Dieu ! ô bien infini et immense ! vous avez dit une parole et iout a été créé de rien, le ciel et la terre, les anges et les hommes ; vous n'auriez qu'à dire une parole pour créer de nouveau des milliers de cieux et de mondes avec toutes les créatures pour les habiter; vous n'auriez qu'à dire une parole pour anéantir le tout. Contemplez cette toute-puissance de Dieu ! dont les anges jouissent depuis six mille ans et dont les saints jouiront éternellement avec un bonheur infini. Si Dieu créait encore autant d'anges et autant d'hommes qu'il y a de grains de sable sur le bord de la mer, ils seraient tous infiniment heureux en contemplant la face de Dieu. O beauté infinie, ô bonté infinie de Dieu! un soupir vers lui, une parole en son honneur, une petite aclion pour son amour, une petite croix , une petite souffrance supportée pour sa gloire : tout cela il le récompense dans le ciel par une félicité éternelle. Voilà la bonté de Dieu! Pour un soupir, pour une larme, pour une seule confession il pardonne un nombre infini des plus énormes péchés ; il attend le pécheur pendant 50, 40, 50 ans; il garde le silence, il ne dit mot sur les crimes les plus énormes ; il appelle, il invite le pécheur, il court après lui, il le porte sur ses épaules. Telle est la miséricorde infinie de Dieu. Lorsque vous aurez bien compris cette infinie grandeur de Dieu, tournez alors vos regards sur vous-même et considérez votre néant et votre misère. Oh! que vous êtes vil et misérable ! vous êtes un pur néant, une poussière, une

poignée de houe. Vous êtes né dans ie péché, vous avez grandi dans le péché, vous avez vieilli dans le péché. Vous avez mérité l'enfer ; vous êtes coupable de plus de péchés que les démons; vous êtes plus digue delà damnation éternelle, que des milliers d'autres qui se trouvent en enfer. De là considérez l'énormité de votre conduite, d'avoir osé vous révolter contre Dieu ; d'avoir osé vous moquer de cette Majesié infinie, chaque jour, à toute heure, pendant tant d'années, par tant d'injures.

Abandonnez-vous enfin aux affections suivantes :

1° Considérez avec une foi vive l'infinie perfection de Dieu, combien il mérite d'êîre aimé et combien il est aimable en lui-même; considérez que le péché est le plus grand mal ; que Dieu est infiniment bon et qu'il ne méprise et ne rejelle jamais un cœur contrit.

2° Excitez-vous à celle ferme espérance et à cette confiance filiale que Dieu, déjà porlé de lui-même à être infiniment clément et miséricordieux, vous pardonnera tous vos péchés, qu'il n'y pensera plus; et de plus, qu'il vous les pardonnera en vue des mérites infinis de J.-C, en vue de ses propres promesses, en vue de votre sincère repentir.

5° Excitez-vous à l'aimer ardemment et uniquement, parce qu'il mérite d'être aimé à cause de lui-même et audessus de toutes les créatures.

4° Excitez-vous aussi à la douleur, au repentir de lous les péchés de votre vie ; demandez-en pardon en vous humiliant profondément devant Dieu et en formant un sincère propos de ne jamais plus l'offenser.

5° Formez un grand désir de réparer, autant qu'il vous sera possible, les injures que vous avez faites à Dieu ; pour les expier, offrez-lui votre corps, votre âme, votre réputation et tout ce que vous avez ; réjouissez-vous de ce que tous vos péchés seront connus au dernier jugement par tous les anges, tous les saints et tous les damnés, afin que toutes les créatures voient les grandes miséricordes que Dieu vous a faites, et qu'il en soit loué.

Des pratiques extérieures par lesquelles on peut expier les péchés que l'on a commis.

La première pratique , c'est d'entendre dévotement la sainte messe.

De tout ce que l'on peut offrir à Dieu, en entière satisfaction des péchés que l'on a commis, rien n'est comparable à la sainte messe. -Placez d'un côté le sang de tous les martyrs, la pénitence de tous les confesseurs, la pureté de toutes les vierges, le zèle des apôlres, l'amour dont brûlent tous les anges, toutes les vertus de tous les élus; et placez de l'autre C€té un seul soupir que votre divin Sauveur a adressé à son Père pour vos péchés; une seule larme qu'il a répandue, un seul pas qu'il a fait, une seule goutte de son sang qu'il a versée pour celte fin : cela seul vaut infiniment plus pour effacer tous vos péchés, que tout ce que nous avons rapporté plus haut. Or, qu'est-ce que l'on offre au Père céleste dans la sainte messe? On lui offre toute la vie et la passion, toutes les douleurs, tous les tourments, toutes les larmes et tout le sang, tous les mérites et toutes les vertus, le corps et Tàrne, la divinité et l'humanité de Jésus-Christ son Fils unique et bien-aimé. Oh ! si vous compreniez bien ce mystère, oh! si vous saviez bien en profiter, combien vite, et avec quelle facilité vous pourriez par-là effacer tous vos péchés ! Tout consiste dans les points suivants :

1° Au commencement de la messe, formez de tout votre cœur un acte de contrition sur tous vos péchés et vos vices ; détestez-les et ayez-les plus en horreur que tous les maux du monde ; formez un ferme propos de mourir plutôt mille fois, que de commettre encore volontairement un seul péché, même véniel, uniquement parce que vous êtes un pur néant et que Dieu au contraire est ce bien suprême qui mérite, à cause de lui-même, un amour infini.

2° Après l'évangile, offrez avec le prêlre la sainte messe de la manière suivante : 0 Père céleste, mon Seigneur et mon Dieu ! je vous offre cetle sainte messe avec le même amour, le même zèle, lamêmeintention, avec lesquels votre divin Fils vous l'offre lui-même sur l'autel. Acceptez, ô Père éternel ! la louange, l'honneur et la gloire que vous y témoigne votre Fils hien-aimé, pour réparer en celle heure les ignominies et les injures, que moi, créature vicieuse, ai (ailes à voire saint nom par les péchés de loute ma vie. Recevez ce cœur reconnaissant de Jésus, qu'il vous offre en digne reconnaissance, pour la miséricorde infinie que vous m'avez faite, en m'aimant si paternellement au milieu de mes péchés, en me retirant quasi comme malgré moi de la gueule de l'enfer, vers laquelle je me précipitais de gaieté de cœur. Recevez le sang précieux que Jésus vous offre, en entière satisfaction pour tous les péchés et tous les vices dans lesquels je me suis vautré pendant tant d'années, tandis que vous ne cessiez de verser à pleines mains sur moi de nouvelles grâces. Acceptez cetle divine offrande que Jésus accomplit devant votre face adorable; et par les mérites de ce saint Sacrifice, accordez-moi la grâce, non-seulement de ne plus vous offenser, mais encore celle de commencer à vous aimer avec autant d'ardeur, que jamais cœur humain vous ait aimé sur la terre. Accordez-le-moi, ô mon Dieu ! selon voire bonté et votre miséricorde infinies.

5° A l'élévation de la sainte Hoslie, rassemblez toutes vos forces, et élevez ce soupir vers le ciel: O Père céleste! mon Seigneur et mon Dieu ! regardez celte sainte hostie, cetle offrande immaculée que vous fait actuellement sur l'autel votre Fils unique, et par considération pour lui, pardonnez-moi tous les péchés que j'ai commis contre votre infinie Majesté. — Dites à l'élévation du calice : ô Père éternel ! mon Seigneur et mon Dieu! regardez ce sang précieux que votre divin Fils a répandu pour moi sur la croix; accordez-en à mon âme une seule gouile, et par son mérite, purifiez mon cœur de tous les péchés dont je suis souillé.

i-0 A la sainte communion, redoublez voire dévotion et formez avec de vives dispositions des actes de foi, d'espérance, de confiance, d'humilité, de contrition et de désir de recevoir votre Dieu en réalité, si cela vous était accordé. On peut passer le reste du temps, jusqu'à la fin de la messe, en faisant des prières vocales ou mentales.

La 2e pratique, c'est la confession fréquente.

La confession est celle fontaine que Jésus, notre divin Sauveur, a fait jaillir par sa passion et sa mort, pour nous y purifier de tous nos péchés. Une seule confession faite avec les dispositions requises, suffit pour purifier entièrement une âme qui a croupi de longues années dans le vice et le péché. Celui qui ne relire pas une telle grâce de celte source, c'est sa propre faute. La bonté de Dieu est infinie; elle est disposée à pardonner à une âme pénitente bien plus de péchés qu'elle ne pourrait jamais en commettre. Une âme qui désire celle grâce doit observer les points suivants :

1° Après avoir bien examiné sa conscience, sans crainte et sans perte inutile de temps, elle doit avoir grand soin de s'exciter à une contrition sincère. Le meilleur moyen ce serait d'employer un quart-d'heure avant la confession, dans les pratiques intérieures dont nous avons parlé dans le premier paragraphe, ei de détester ses péchés autant qu'il lui sera possible, avec un sincère el ferme propos de mourir plutôt que d'en commettre encore volontairement, fût-ce même un seul péché véniel; elle prendra principalement la résolution de se corriger entièrement, coûte que coûte, de certain péché véniel, dans lequel elle tombe souvent.

2°On doit apporter, dans la confession, une profonde humilité, qui consiste à ne rien cacher, à ne rien diminuer, à ne se justifier en rien, mais à déclarer naïvement tout ce que la conscience nous reproche. On doit y avoir une foi vive, par laquelle on regarde le confesseur, non comme un homme, mais comme Dieu qui sait tout, et au nom duquel le prêtre nous absout de nos péchés. On doit y avoir un cœur

conirif, qui ne se contente pas de se confesser une fois des péchés qu'on a commis, mais qui par une sainte haine contre soi-même et pour sa confusion, ajoute chaque fois un ou plusieurs péchés de la vie passée, qui causent le plus de honte. On doit y avoir un grand zèle de la gloire de Dieu, un grand zèle de la réparer en découvrant les misères de son cœur.

3° Lorsque le prêtre donne l'absolution, l'Âme pénitente doit se représenter qu'elle est avec sainte Marie-Madeleine aux pieds du Sauveur, et le prier de lui accorder une goutte du précieux sang qu'il a répandu pour elle sur la croix, et qu'il la purifie, par les mérites de ce sang, de tous ses péchés.

4° Après la confession, elle ne doit pas se contenter de la petite pénitence que le confesseur lui aura imposée, mais elle doit encore se venger sur son corps, par une bonne discipline, pour réparer les injures qu'elle a faites à Dieu. Oh ! qu'elle consolation se procurera une âme, en se confessant de celte manière! quelle assurance elle donnera pour l'heure de la mort ! quelle joie et quelle gloire elle donnera dans le ciel !

La 3e pratique, c'est d'avoir grand soin de gagner des indulgences.

Ou doit beaucoup regretter qu'on ait si peu de soin de puiser dans ce grand trésor. Une seule indulgence plénière suffit pour justifier et purifier entièrement une âme de toutes les peines dues à ses péchés, pour la rendre belle et sans tache aux yeux de Dieu. Pour bien profiter de cette sainte pratique, on agira de la manière suivante :

1° Les œuvres prescrites pour gagner les indulgences doivent être faites avec toute la dévotion possible, et en les accomplissant on doit avoir soin qu'il ne s'y glisse aucun péché véniel.

2° On offrira ces œuvres à Dieu, avec l'intention suivante :

0 mon Seigneur et mon Dieu î vous qui êtes le seul

— ioO —

amour et Tunique désir de mon cœur! je vous offre cette œuvre, eu union avec I'iutenlion par laquelle J.-C. vous a offert toutes ses actions, pour la plus grande gloire de votre saint Nom, pour complaire à votre divin cœur, uniquement parce que vous êtes le bien suprême que j'aime et que j'estime par-dessus toutes choses, pour lui-même. Je suis une pauvre et misérable âme pécheresse, et je ne suis pas digne de recevoir la moindre grâce de vous; cependant, puisque vous êtes infiniment bon et miséricordieux, j'ose vous demander, et j'espère obtenir de votre bonté beaucoup de grandes grâces. Faites, ô mon Dieu ! que l'honneur de votre saint Nom soit de plus en plus répandu dans le monde, et que tous les peuples de la terre accueillent la gloire et la réputation de votre sainte Eglise! Faites, ô mon Dieu! que les princes et les monarques chrétiens vivent en paix et en union entre eux; qu'ils emploient uniquement leurs armes contre les ennemis de votre saint Nom ! Accordez-moi, ô mon Dieu! la grâce d'accomplir parfaitement l'intention qu'a eue notre saint Père le Pape, votre vicaire sur la terre, en accordant celte indulgence. Faites, ô mon Dieu ! par votre infinie miséricorde, que je gagne celle indulgence et que j'obtienne par-là l'entière rémission de tous mes péchés.

5" Lorsque vous accomplissez la dernière œuvre prescrite pour gagner l'indulgence, faites alors un acte de contrition parfaite, et uii ferme propos de mourir plutôt que de commettre volontairement un seul péché véniel. Lorsqu'on s'applique de cette manière à gagner une indulgence, on ne peut pas raisonnablement douter de l'obtenir.

La 4e pratique, c'est l'usage de certaines œuvres de pénitence.

L'esprit des âmes saintes, c'est un esprit de pénitence. Tous les vestiges que les saints nous ont laissés, sont empreints du sang qu'ils ont répandu en châtiant volontairement leur corps. On aura peine à trouver un seul saint, même parmi ceux qui ont vécu dans l'innocence jusqu'à leur mort, qui n'ait tourmenté son corps par de rudes pénitences.

Parmi les premières grâces que Dieu accorde ordinairement à une âme qu'il veut attirer à lui, c'est le désir, la volonté de se mortifier par toutes sortes d'austérités.

On doit agir en cette matière de la manière suivante : 1° On doit se proposer certaines œuvres de pénitence, avec la permission de son confesseur, et ne jamais les omettre sans cause urgente. On manque souvent sur ce point. L'amour-propre nous trompe facilement, et sait apporter tant de raisons et taul de causes apparentes, qu'on croit pouvoir omettre ces œuvres. Il faut alors un cœur courageux qui ne se laisse pas effrayer facilement, et qui ose vaincre l'amour naturel et la tendre compassion que nous avons pour nous-mêmes.

2° Avant d'enlrependre une œuvre de pénitence, on se prosternera devant Dieu, pour la lui offrir courageusement, avec cette intention : 0 mon Dieu et mon tout! je vous aime par-dessus toutes choses, parce que vous êtes le bien suprême ; et je voudrais de tout mon cœur, pouvoir vous aimer avec autant de zèle et autant de ferveur, que jamais homme vous ail aimé sur la terre, et uniquement parce que vous êtes infiniment grand , infiniment parfait, infiniment aimable et digne d'être infiniment aimé. Je vous offre avec un tel amour cette œuvre de pénitence, uniquement pour vous glorifier et pour vous plaire. Je vous restitue par-là, autant qu'il est en moi, l'honneur et la gloire dont je vous ai privé par mes vices et par mes péchés. Je vous suis infiniment reconnaissant de ce que vous ne m'avez pas rejeté pour toujours, comme je l'avais mérité par mes péchés ; je vous rends la satisfaction dont je vous suis redevable pour mes péchés ; je vous prie d'avoir pitié de moi; de vouloir détacher mon cœur de l'amour des créatures; d'y allumer le feu de votre amour divin ; de m'accorder la grâce de mourir entièrement à moi-même et à toutes les choses créées ; de vous aimer seul de toutes mes forces, de toutes mes facultés, et de m'unir entièrement à vous. Tout ce que je désire de vous, 6 mon Dieu ! c'est de vous aimer

de tout mon cœur, de mourir dans cet amour, el de conli nuer à vous aimer ainsi pendant toute l'éternité.

Pratiques pour éviter à l'avenir les péchés.

La première pratique , c'est de renouveler souvent le ferme propos d'éviter plus que la mort, tous les péchés mortels el véniels.

A celle lin on délestera tous ses péchés, devant son crucifix, deux fois le jour, le matin et à l'examen du soir, et Ton se proposera sérieusement et fermement de supporter plutôt toutes les peines et toutes les calamités que d'offenser Dieu par le moindre péché : mais on doit aussi avoir soin de bien reconnaître sa faiblesse ; de ne mettre sa confiance que dans la puissance et la bonté de Dieu; de lui demander, par les mérites infinis du sang de J.-C, la grâce de persévérer jusqu'à la lin dans ce bon propos.

La 2e pratique, c'est de vaincre promptement les tentations.

On ne peut pas garder un instant sans danger un serpent dans son sein ; on doit le rejeter sans tarder, si on ne veut pas qu'il nous blesse. Aussi une âme, si elle ne veut pas succomber aux tentations, doit-elle, aux premières attaques, éloigner toutes les mauvaises pensées, toutes les affections déréglées qui s'élèvent dans le cœur, el les étouffer de suite en détournant ces pensées sur d'autres choses; ou former un fervent acte d'amour de Dieu. Cela est indispensablemeut nécessaire pour ne pas succomber à la tentation, el en rester vainqueur»

La 5e pratique, c'est une prompte pénitence après la chute.

Après le péché, il faut aussitôt en faire pénitence. Si l'on s'oublie tant soit peu, et que l'on tombe dans un péché véniel, soit par notre propre malice, soit par la ruse du

démon, soit par la précipitation d'une mauvaise affection ou inclination, on se hâtera d'aller se jeter aussitôt que possible aux pieds de l'image de Jésus crucifié, d'y reconnaître humblement ses péchés, de s'en repentir et de les délester, de demander la grâce et le secours pour les éviter à l'avenir. Ensuite on renouvellera avec joie, courage et confiance filiale, son bon propos, sans crainte ni tristesse. On ne doit pas louer une crainte ou une tristesse excessive qui suivrait la chute. Dieu aime un cœur contrit, mais pas un cœur timide et découragé.

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