‹ Maximes sur le ministèreChapitre 18 sur 48 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

Du Geste.

Le geste est en quelque sorte à la parole ce que la parole est à la pensée : il lui donne un corps, et la fait sentir, même aux sourds. Tout Textérieur aide à la parole , la main quelquefois y supplée.

Chaque mouvement de Tâme a un geste qui lui est propre. La main appelle , congédie , supplie, menace, assure les choses parserment; et c'est par des mouvements

relatifs et proportionnés àceux de rame, que la main produit tous ces effets.

Le geste doit se former naturellement , et suivre la parole sans étude. L'art n'y doit avoir part , que pour le remettre dans le naturel. Il faut y travailler dans le particulier ; en public il n'est plus temps d'y penser.

Un geste trop régulier ne sied point à un prédicateur. L'intérêt qu'il prend aux grandes choses dont il parle, demande en lui une espèce de désordre. Les mouvements pathétiques sont au-dessus de la régularité de l'action.

La gesticulation violente donne l'idée d'un déclamateur : le prédicateur, qui ne l'est point , doit éviter de le paroître.

DK LA CHAIRE. 7^

YI.

L'cxorde semble interdire le geste.

L'auditeur, livré à Tattention , n'a besoin d'aucun mouvement qui la réveille ; s'il s'en e'chappe quelqu'un , il est aussitôt rétracté : et le bonnet à peine avancé annonce seulement l'importance de la matière, et l'intérêt que l'orateur y prend.

Il y a une sorte de mécanique pour le geste , à laquelle le prédicateur doit avoir attention. Régulièrement le geste que fait la main droite , part du côté gauche, et va se terminer du côté droit. La main gauche accompagne souvent la droite. On ne se sert de la gauche seule , que pour exprimer des rebuts ou des mépris. Ni l'une ni l'autre ne doit être portée plus haut que l'épaule.

La main doit distinguer les actions , mais non pas les représenter. Il seroit indécent d'imiter l'action d'un escrimeur, d'un joueur d'instrument, ni toute autre. On trouve même à redire que l'on fasse des comptes ou des énumérations sur les doigts. Dans les gestes , les doigts ne doivent point être trop écartés.

Le geste ne doit pas être vague , ni venir après coup. La main se repose avec bienséance sur la poitrine , ou sur la chaire. Les gestes outrés sont plutôt des convulsions , que des mouvements d'éloquence. Les transports , dont les anciens donnent des règles , étoient plus propres au théâtre , qu'à la tribune. La chaire les souffriroit encore moins.

Page 1