CHAPITRE X
De la voix.
La voix encore plus que le geste , est l'interprète des pensc'es : elle remue les passions. L'âme se laisse prendre par l'oreille ; et la fiction des chaînes d'or qui la captive , a sa réalité.
Dans un sermon clic doit être plus haute et plus harmonieuse que dans l'entretien familier. Sans s'asservir scrupuleusement aux règles de la musique , il faut néanmoins avoir un sentiment naturel des tons.
La monotonie est à la voix ce qu'est
le défaut de variété au style. Elle ennuie, elle assoupit , et ne parvient guère à la persuasion. On poun-oit l'éviter, en trouvant un milieu entre le ton de la déclamation et celui de la conversation.
ly.
Selon le sujet et l'occasion, la voix doit former des accents doux ou rudes , gais ou plaintifs , coulants ou entrecoupés , familiers ou emphatiques. L'orateur ne doit point néanmoins sortir de son naturel. Un homme doux scroit ridicule , s'il affectoit un ton fier et menaçant.
La voix sonore , douce et flexible se fait écouter avec plaisir : elle déplaît quand elle est sourde , aigre , ou cassée. Il faut prendre le meilleur ton, comme on choisit le meilleur tour.
On doit s'étudier à une prononciation distincte et articulée , qui fasse sonner toutes les syllabes. L'essentiel , le principal soin est de se faire entendre aisément et entièrement.
On n'écoute pas long-temps ce qu'on n'entend qu'avec difficulté. Le sens échappe si l'application est toute au son des paroles. L'orateur qui peine en prononçant fait souffrir son auditeur.
Le bon accent est celui qui ne fait pas sentir le pays de l'orateur.
La meilleure prononciation est celle
8o MAXIMES SUR LE MINISTÈRE
qui n'a rien d'affecle. Ce n'est pas tomber dans l'affectation, que d'appuyer sur les dernières syllabes.
La prononciation doit être majestueuse, sans emphase : l'articulation exacte , et le beau son de la voix produisent cette majesté.
Pour bien articuler , il faut savoir la valeur des consonnes , le vrai son des voyelles , leur élision , la quantité des syllabes, placer l'accent où il faut, aspirer à propos , doubler ou adoucir certaines lettres.
La volubilité de la langue a ses grâces , pourvu qu'elle ne soit point outrée. Une prononciation trop rapide fatigue l'auditeur ; celle qui est trop lente le de'goûte.
DE LA CHAIRE. 8l
L'orateur languissant ressemble à un malade qui se traîne.
Quoique la vitesse plaise plus que la lenteur , cependant elle convient moins à la chaire , rien n'y sied mieux que la gravité ; et l'avis que donnoit un ancien , d'enrayer , est dans l'Eglise plus utile qu'au barreau.
XIY.
Cette trop grande rapidité nuit encore au fruit du ministère. Le moyen de persuader , ou d'instruire ceux à qui on ne donne pas le loisir d'entendre? Les éclairs ne servent qu'à augmenter les ténèbres, et l'on ne se mire pas dans les torrents ?
L'étendue de l'auditoire est la mesure de la voix. Il suffit de l'élever jusqu'à la
portée de l'auditeur le plus reculé. 11 est à souhaiter qu'elle soit assez pleine , pour remplir le vaisseau sans effort.
La contention de la voix ne sauroit durer: elle fatigue également l'auditeur et l'orateur. Une voix naturelle et distincte se fait mieux écouter , et plus longtemps.
XYII.
L'importance du ministère veut autre chose que du hruit. Les cris et les clameurs ne plaisent qu'à un peuple grossier, mis en mouvement par le son des trompettes et des tamhours.
Le ton de déclamation étourdit ; celui de la conversation s'insinue. On peut crier au village, mais dans la ville il faut parler.