‹ Maximes sur le ministèreChapitre 25 sur 48 · VI · texte numérisé non relu

VI

Des vêtiires et des professions.

La consécration des vierges , ou leur renoncement solennel au monde , est une des plus célèbres cérémonies de la religion. Elle est ordinairement accompagnée d'un discours d'apparat.

Le symbole le plus marqué de ce re-

noncemcnt est l'échange des habits da siècle avec le sac de la peniîencc. L'Eglise joint à cette action plusieurs prières ; les prédicateurs peuvent en développer le sens et l'appliquer.

Ils trouvent dans ce changement un fonds abondant de réflexions. Les habits mondains sont les pompes de Satan , le levain de la vanité , l'attrait de l'impureté. L'Église , dans ses bénédictions , appelle celui de la religion la livrée de l'humilité et du mépris du siècle , l'ornement de la chasteté , la parure des vierges sages , le gage du vêtement de la gloire.

Ces sortes de discours s'adressent tantôt aux personnes qui se consacrent , tantôt aux assistants. On y donne des avis aux uns et aux autres ; les réflexions répandues et entremêlées dans toutes les

parties du sermon , les intéressent tous également.

Tout y roulesur les peintures du monde et de la religion. On représente la corruption du siècle , ses illusions , sa perfidie , ses périls , ses peines, ses chagrins ; raisons puissantes de le fuir.

YI.

Qui conçoit bien les obligations du chrétien , et la difficulté de les remplir dans le monde , fait aisément sentir aux autres les avantages de l'état religieux. Dans le siècle Faccomplissemcn t des vœux du baptême est difficile ; il est aisé dans la religion ; le détail des trois vœux en donne la preuve.

Gomme ces seconds vœux ne sont que

des moyens d'accomplir les premiers, le prédicateur montre d'abord en passant à sa prosélite les devoirs indispensables du chre'tien. On entreprendroit inutilement d'élever l'édifice de la perfection , sans avoir jeté ce fondement.

Y ni.

Le prédicateur présume que , dans le lieu de retraite qu'on a choisi , s'est conservé ou rallumé le premier esprit : que les exercices y sont réglés et fervents ; et il approuve qu'on ait préféré la communauté la plus sainte à la plus commode.

On donne une grande idée de la vie religieuse , non par des louanges outrées dont l'orgueil se nourrit , ni en ra* baissant un état moins parfait ; mais en expliquant les avantages d'une vie toute céleste dans un corps fragile et mortel.

On expose à la personne qui vient s'offrir , les motifs de son action , les périls du monde , la facilité de se sauver dans la retraite , le désir de la perfection , le silence , Fobéissance , le renoncement à tout et à soi-même , l'amour de la pauvreté , l'exercice de la pénitence.

On s'étend sur les réflexions qui affermissent la vocation, qui enracinent la piété , qui préparent à toutes les vertus religieuses , qui font tout entreprendre et tout souffrir pour le salut , qui ôtent à la mortification , à l'obéissance , aux humiliations ce qu'elles ont d'affreux pour la nature.

On ne cache pas les peines de Tétat

religieux ; mais on en découvre les adoucissements. On fait voir que les principaux exercices de pietc sont des obligations, dont le siècle n'exempte point.

Retraite , prière à des heures réglées , lectures pieuses, uniformité de conduite, habit simple et modeste , éloignement des délices, amour de la pauvreté et delà pénitence^; ce sont des devoirs de tout état.

On montre quel est l'esprit de la règle ; et on exhorte à la garder selon cet esprit , qui donne la vie , et non-seulement selon la lettre, qui tue.

On prévient sur les défauts qui peuvent se rencontrer dans les cloîtres. La pente au murmure , aux rapports , aux divisions , l'envie, la médisance , la duplicité , la flatterie, la facilité à prendre tout de travers , le désir de parvenir aux

charges et de dominer , la proprie'té des pensions et des meubles , la propreté affectée , la dissipation , le recueillement et le silence négligé , le temps perdu au parloir, les ris immodérés, les liaisons séculières.

XY

On représente la tiédeur comme la plaie la plus funeste de Tétat religieux. On exhorte à persévérer avec ferveur , à transmettre fidèlement la régularité dont on a le dépôt, à ne pas regarder en arrière , à ne point s'attirer le mépris que le monde fait de ceux qui , après ravoir quitté , lui rendent leur affection.

On fait admirer aux assistants le courage de la personne qui se dévoue , et le prix de son sacrifice. On les exhorte à demander à Dieu qu'il couronne son œuvre , qu'il consume la victime par les

ardeurs d'une vraie piété. On leur inspire Tamour de cet heureux état ; on les enlève , s'il se peut , au monde.

Si l'auditeur ne parvient pas à ce renoncement courageux , il s'anime du moins à se dépouiller du vieil homme , à se rcvélir du nouveau , à suppléer au dépouillement par le détachement , à renouveler les vœux du baptême , et à y conformer sa vie,

§• vu-

Des oraisons funèbres,

Après la mort , c'est le temps de louer les hommes s'ils sont louables. L'édification des auditeurs est le but de ces éloges ; la vérité en est la mesure.

La religion ne souffre pas qu'à la face des autels , au milieu des saints mystères, on fasse le panégyrique d'un homme qui a toujours mal vécu. La probité ne le souffre nulle part. A chaque mot l'auditeur indigné contrediroit en secret ces injustes louanges.

L'oraison funèbre n'est pas un art profane , où sans égard à la vérité et à la religion , on consacre les fausses vertus des grands , et l'abus de la grandeur même. La flatterie qui est partout lâcheté, devient dans la chaire un attentat , un sacrilège.

C'est une espèce de mensonge de ne dire la vérité qu'à demi , et vouloir rendre louable un homme plein de défauts ,

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SOUS le voile (Je quelques bonnes qualités. L'orateur exact , et d'une conscience tendre , regarde ces discours comme des ccueils non-seulement de l'éloquence , mais plus encore de la pietc et de la sincérité. Il prend le parti de se taire.

Les vertus d'un grand méritent cependant rhommage d'un éloge public. Plus il a été grand , plus il a trouvé d'obstacles, et plus sa piété a été solide : son exemple a fortifié les autres dans les jours de péché.

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Gomme il est surprenant que les personnes simples et foibles opèrent de grandes choses pour Dieu , il ne Test pas moins que les puissants du monde soient exacts dans les simples pratiques de la religion, et cette exactitude doit être louée.

DE LA. CHAIRE. l3l

Si celui dont on loue les vertus a eu des défauts marqués , il ne faut pas les dissimuler. L'orateur les laisse entrevoir, en implorant sur son héros la miséricorde divine , et en inspirant aux auditeurs la défiance de leur propre foiblesse.

Quand la perte du héros est récente et sensible , la douleur parle elle-même ; une tristesse majestueuse se répand sur le discours et se diversifie par les mouvements et par les figures.

§. VHI-

Des controçerses.

Les controverses tiennent plus de la dissertation que du sermon. Elles de-

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mandent beaucoup d'ordre , de netteté, de précision et de force ; plus de faits que de raisonnements , les faits étant la principale preuve de la religion.

Les difficultés qui naissent sur les vérités de la religion , en sont aussi des preuves, loin d'être des marques de fausseté. Le fidèle forme sa croyance sur la décision de ces vérités , pendant que le libertin s'en forme une sur les mêmes difficultés , que son peu de lumière ne sauroit dissiper.

Les catholiques et les hérétiques conviennent de la nécessité de croire pour être sauvé. C'est sur l'examen des articles de foi, que les hérétiques se séparent; et c'est à ce premier pas d'égarement qu'on doit les arrêter. Il faut leur prouver qu'il

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n'appartient à aucun particulier de faire cet examen , el que le moyen siir , universel et uniforme , est de s'en rapporter à l'autorité de l'Eglise toujours visible dans la société des fidèles et dans la succession des pasteurs.

lY.

Évitez dans les controverses l'ostentation et l'aigreur. On ne ramène point ceux qu'on rabaisse ou qu'on indispose ; ils n'en conçoivent que plus d'aversion. Notre désir, disoit saint Ambroise , n'est pas de vaincre les hérétiques , mais de les guérir.

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