IV
Des mystères.
Aux jours consacre's par l'Eglise à méditer les mystères et à les adorer, c'est une infidélité au ministre de ne pas s'y arrêter, pour les développer. L'Apôtre veut qu'il soit puissant pour exhorter dans la saine doctrine.
En préchant les mystères , on doit d'abord en faire respecter les ténèbres. Si les vérités de la religion étoient bien évidentes, elles ne feroient pas l'objet de la
foi.
Cette obscurité des mystères, est dans
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rÉcriture une espèce de silence que Diea garde encore. C'est aux pasteurs d'en donner Tintelligence , autant qu'il est possible : ils font entendre plus distinctement ce que le simple fidèle ne croyoit que confusément.
L'explication d'un mystère n'est pas moins utile a la pieté chrétienne , qu'une exhortation morale : elle a même plus d'onction. Il n'est pas moins nécessaire de croire et d'adorer, que de vivre régulièrement et saintement. Qui parleroitde l'incarnation comme saint Cirylle d'Alexandrie et saint Léon , seroit écouté et feroit du fruit.
On a traité les mystères dans ces derniers temps avec beaucoup d'onction. De saints personnages, il n'y a pas un siècle, en ont parlé, en ont écrit en hommes
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inspires. On a médité leurs ouvrages, on les a goûtés avec fruit, les âmes contemplatives s'en sont nourries , et , pour ainsi dire , engraissées.
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D'autres , par des tours clairs et débarrassés des épines de Técole , et à la portée du peuple , ont facilité la créance de ces hautes vérités , et ont tiré de ces grands principes de religion , des morales propres aux besoins des auditeurs.
La méthode des sermons sur les mystères , c'est d'en exposer la lettre , d'en pénétrer l'esprit , de montrer les desseins que Dieu a eus de les faire honorer par des pratiques religieuses , d'exciter des affections , d'inspirer ces dispositions ,' qui en font recueillir le fruit
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De rcxposition du mystère se tirent les obligations qu'il impose aux fidèles. On fait voir que les mœurs doivent être conformes à la créance. La morale est d'autant plus naturelle et plus pressante, que le mystère lui sert de preuve. L'esprit instruit gagne le cœur.
Dans ce genre de prédication le mystère doit être le capital du sermon ; la morale y est accessoire , et amenée en second. Ne faire qu'un discours de morale à l'occasion de quelques circonstances du mystère , c'est frustrer l'auditeur de l'instruction qu'il a droit d'attendre , et le laisser dans l'ignorance de sa religion. Dans un. temps où la foi est si affoiblie , une exposition un peu étendue des mystères est aux prédicateurs un devoird'état.
Dans cette exposition l'orateur doit se donner une élévation qui , par la solidité, la décision et l'éloquence, confonde le libertinage , et fasse respecter la religion.
Partout le prédicateur doit s'attachera faire connoître Jésus-Christ et à le faire aimer. C'est la religion de cette vie ; tout s'y rapporte au Médiateur. On dit beaucoup de choses de Dieu créateur , de sa providence , de sa bonté , de sa justice ; mais on ne parle pas assez de Dieu rédempteur.
Jusques dans les discours purement moraux, et dans les panégyriques mêmes, la méthode est utile et pieuse , de montrer en Jésus-Christ les dispositions et les vertus qu'on loue et qu'on recommande.
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Des panégyriques,
Pour remplir l'attente des auditeurs , il faut louer les saints aux jours qui sont consacre's à les honorer. L'éloge de leurs bonnes œuvres, mises dans leur jour, est une morale qui instruit et qui touche, Elles montrent la vertu possible et facile :' c'est l'Évangile pratiqué.
Il vaut mieux insister sur les moyens qui les ont sanctifies , que sur les actions qui les ont rendus célèbres. En montrant les voies qu'ils ont tenues , on en ôte les épines, et l'on prouve qu'on peut y marcher après eux.
Le peuple ne connoît guère d'autre
sainteté , que la sainteté miraculeuse. Il faut lui faire estimer la foi vive sans prodige, la pieté uniforme et constante sans éclat extérieur. Des miracles peuvent être sans vertu , et la vertu peut être sans miracles.
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Le véritable merveilleux de la vertu est d'y marcher d'un pas égal , de pratiquer les petites choses comme les grandes, de se préparer aux grandes par la fidélité aux plus petites , d'animer les unes et les autres par une grande charité.
Les panégyriques des saints doivent être comme leur vie , sérieux , graves , édifiants. Le style doit porter ces caractères. Le véhément et le familier n'y con- "viendroient pas.
Il eatre dans le dessein du panégyri-
que une espèce de pieuse ostentation ; Torateur doit donc le porter au plus haut degré de beauté. Les instructions ordinaires peuvent être simples , mais les éloges doivent être magnifiques.
Une statue parfaite n'honore pas moins Touvricr , que le héros qu'elle représente. Cette gloire néanmoins ne doit pas être l'objet du panégyriste. Qu'il envisage seulement celle de Dieu et l'honneur du saint.
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C'est une préférence odieuse de louer un saint en déprimant les autres , et de ne les faire entrer dans son tableau que comipe des ombres. Peut-on savoir la mesure de cette charité , qui fait tout le mérite de leurs œuvres ?
Dans un panégyrique régulier , ja mo-
raie doit être semée avec choix et amenée par les vertus et les actions qu'on loue.
Il y a deux sortes de panégyriques : le fond de Tun est historique , et la morale s'y place par intervalles ; le fond de l'autre est moral , et se justifie par les actions du saint.