CHAPITRE IV
Des compliments.
Le consentement unanime des auditeurs à condamner les compliments dans la chaire dcvroit être un arrêt pour les proscrire : c'est pour eux qu'on parle ;
ll{1 MAXIMES SUR LE MINISTERE
c'est à leur jugement qu'on doit s'en rapporter.
lî.
La chaire où on loue Dieu et les saints ne doit servir qu'à rabaisser les hommes en qui la concupiscence vit encore. Tout autre usage est profane.
Le mérite d'un homme vivant doit être bien grand et bien reconnu pour pouvoir être loué dans un lieu si saint. Sila louange est bien fondée , ou elle fait de la peine , ou elle donne de la vanité ; si elle est fausse, elle insulte à la vérité sur son trône.
Ne peut-on se dispenser de faire un compliment: que ce soient des vœux au ciel, des actions de grâces à l'auteur de tous les dons ; qu'enfm il paroisse moins une louange , qu'une exhortation à bien
faire. Une seule pcnse'e délicate et pieuse peut en fournir la matière.
Dans ces morceaux l'orateur travaille en petit. Les traits y sont presqu'imperceptibles , et semblent plutôt cacher les vertus , que les montrer. Il suffit qu'on sache en gros qu'on a complimenté.
Sous un sens caché , mais qui s'entend, on peut exprimer des leçons respectueuses : la louange est plus honorable , et moins vague.
Rien ne choque plus l'auditeur que d'entendre un prédicateur qui se loue. Il ne lui permet pas seulement les apologies si ce n'est en matière de foi.
l44 MAXIMES SUR LE MINISTÈRE