CHAPITRE Y
De la diçision du sermon.
LiE prédicateur ne pourroit-il pas quelquefois s'affranchir de la servitude des divisions? Faut-il qu'il promette toujours tout ce qu'il veut donner ? Les Pères ne s'y sont pas assujëtis. Ils proposoient leur sujet et conduisoient leurs discours jusqu'à la fin , sans en distinguer les parties.
Si un seul point doit remplir le temps, il est inutile d'en proposer plusieurs, pour s'asservir à la division : pourquoi exciter la curiosité de l'auditeur sur des choses qu'on n'a pas le loisir de lui dire ?
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La méthode des divisions , inconnue aux anciens , est aujourd'hui presque indispensable : Tauditeur veut des pauses dans le discours; il s'y délasse, et il se rend capable d'un renouvellement d'attention.
L'homélie n'exige ni ne rejette les divisions. Il est des évangiles , qu'on réduit aisément à l'unité du sujet, et à des partitions justes. Tels sont ceux de l'enfant prodigue, de la samaritaine, du mauvais riche.
La division montre tout le sujet , et le partage avec des termes nets et précis. L'art du prédicateur est d'écarter tout ce qui peut la rendre ambiguë. Elle doit être si aisée à saisir , qu'un esprit médiocre ne
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puisse s'y méprendre , et que tous s'accordent à penser la même chose.
Les membres de la division doivent se rapporter à un tout, sans quoi ils ne sauroient faire ce plaisir d'unité qui fait goûter la proportion des parties.
Un point ne rentre pas dans l'autre , et les diverses parties épuisent le tout. On peut bien donner jour à la division par différents tours ; mais c'est une affectation puérile de la rebattre par des expressions synonymes.
La division qui se fait par l'antithèse n'a pour l'ordinaire qu'un faux brillant ; et souvent un membre rentre dans l'autre.
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Si la division est fondée sur une allégorie , on perdra le temps à l'expliquer , ou bien elle demeurera obscure ; et cette obscurité se répandra sur tout le discours.
La division qui se fait par proposition , contente l'esprit : celle qui se fait par épithète est moins solide. Si les propositions sont composées, elles ouvrent un champ plus vaste à l'orateur.
Les raisons capitales qui appuient une vérité, les qualités d'une vertu, les moyens de l'acquérir, les difformités d'un vice, les moyens de l'éviter , les prétextes dont la cupidité se couvre, sont presque toutes les divisions des discours de morale.
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Dans le panégyrique , ]a division se tire des états différents du saint , des vertus qui le caractérisent, de certaines extrémités opposées qu'il a su allier, des rapports qu'il a au personnage de rÉcriture à qui on le compare , etc.
Lorsqu'on explique les mystères, rarement fait-on servir la division à en prouver la vérité ; on la suppose comme constante. S'il convient de la prouver , que ce soit avec une habileté non commune.
On y prend pour division la lettre et l'esprit du mystère , les circonstances qui l'accompagnent , les fruits qu'on en doit recueillir, le dessein de Dieu et la correspondance de l'homme , les merveilles
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qui y éclatent , les vertus qu'on y découvre, les vices qui y sont opposes.
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C'est une perfection des divisions que le premier point soit un degré pour venir au second , et que celui-ci confirme l'autre , et enchérisse. Dans le discours il faut de temps en temps ramener le sujet qu'on y traite pour ne point s'écarter.
On n'affecte plus aujourd'hui de cacher sa méthode , on fait sentir plus d'une fois l'analyse du discours. Cotte clarté conduit à la conviction , ou du moins h l'instruction. Si, pour mieux surprendre , l'art déguise ses finesses , ce ne doit être que dans les mouvements et dans les ligures.
Les subdivisions aident à l'ordre. Ce-
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pendant , trop marquées n'ôtent-elles pas Tembonpoint du discours ? Elles mettent en morceaux ce qui doit être présenté comme des membres entiers.
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On distribue un sermon comme on fait aujourd'hui une maison^ dont les appartements vont en enfilade. Les subdivisions sont comme autant de portes ouvertes , qui laissent entrevoir toute la pièce , et qui donnent envie de tout voir plus distinctement.