‹ Maximes sur le ministèreChapitre 37 sur 48 · XI L · texte numérisé non relu

XI L

Le pathétique outré tombe dans le froid , dans l'ennuyeux. Le cœur veut se donner, il n'aime pas qu'on le force. Une exclamation, une interrogation, une apostrophe , un ton insinuant font plus d'impression que des mouvements convulsifs.

DE LA CHAIRE. 2o5

Il ne faut ni exciter des mouvements trop fréquents, ni les soutenirtrop longtemps. On s'accoutume à ce qui dure, et on cesse d'en être frappé. Le corps s'endurcit aux coups réitérés , et l'àme aux mouvements continués.

Il est des surprises qui consternent.

Erasme a dit d'un prédicateur de son temps, que quand le peuple étoit ému jusqu'aux larmes , il descendoit brusquement de chaire, et laissoit dans son émotion l'auditoire consterne.

XY

J^aime mieux entendre l'auditeur soupirer qu'admirer. S'il bat des mains , son esprit est content ; s'il frappe sa poitrine,

son cœur est touché : le sermon est assez

2o6 MAXI3IES SUR LE MINISTERE

loué par son silence. Je consens qu'il sorte pensant à sa conscience , sans penser au prédicateur.

Pour toucher, il faut être touché: le bois qui nous échauffe se consume luimême. Le faux ne sauroit produire le pathétique , et les vrais sentiments de l'orateur se montrent tels qu'ils sont : l'imagination ne parle pas le langage du cœur. Ceux qui n'ont pas le don de toucher , doivent s'appliquer a instruire.

XYII.

La méditation et la prière échauffent le cœur du prédicateur , et rendent son action touchante. Dieu qui voit les cœurs inspire ce qui convient au sujet, au temps, aux lieux , aux personnes.

La vérité, sans ctrc esclave , ne laisse pas d'avoir ses ménagements. Les fortes invectives doivent être générales. Il ne faut décrier en particulier ni pays, ni ville, ni profession : moins encore peindre teltes et telles personnes. L'ange de paix n'est ni malin ni mordant.

Dans les invectives , l'auditeur doit sentir que c'est le zèle qui parle , non pas l'humeur. Le père qui corrige son fils laisse échapper des traits de tendresse , qui tempèrent la correction.

Reprendre audacieuscment les grands en présence du peuple , scntiroit la sédition. Où ils font le plus grand nombre , ils tiennent lieu du peuple , et leurs he-

soins, plus grands que ceux des petits, ne permettent pas qu'on les épargne. La Yérité même ne les a pas épargnés.

Les de'fauts du clergé et des personnes religieuses ne doivent être relevés qu'obliquement. Le fruit d'une censure directe , est trop petit et trop incertain , pour compenser le scandale , et le plaisir malin qu'on donneroit aux laïcs.

Page 1