‹ Maximes sur le ministèreChapitre 46 sur 48 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

De la péroraison,

Rien ne doit être plus ménagé, plus étudié que la fm du sermon , ordinairement les dernières impressions effacent les autres. Le dernier acte déploie toute l'adresse de Fauteur.

Les péroraisons renfermoient autrefois toute la morale. Les Scnaut, les Lingende , les Ogier y renvoyoient tout leur pathétique , et là triomphoit leur élo-

quence. Aujourd'hui que la morale fait le corps du discours, la récapitulation est plus courte ; mais un dernier effort de zèle supplée à la brièveté.

La péroraison renferme en précis les principaux chefs , les principales raisons. L'auditeur les retrouve avec joie , et les retient plus facilement: tout ce qui le soulage lui plaît. Si la péroraison est vive , elle réveille les affections.

Il est bon d'aider l'auditeur à former des résolutions. On se joint à lui pour faire des actes conformes aux affections qu'on lui a inspirées : on lui en suggère la forme.

Quand le sermon a été effrayant, la

péroraison doit être consolante. CY'toit la méthode des prophètes : leurs promesses, en figure , tombent dans la réalité sur la vie future.

YL

On adoucit les menaces par des promesses, les reproches par des louanges modérées. Il est possible au prédicateur d'être terrible et consolant. Il tempère le fond par la manière, et de juge il devient père.

YII.

Il doit alors être pressant sans être impérieux ni dur. S'il est obligé de menacer, qu'il emploie les termes de TEcriture ; ils auront leur effet sans le commettre.

YIII.

La paraphrase d'un endroit choisi de l'Écriture peut faire une péroraison entière , et des plus touchantes..

Enfin on réunit tout le sujet dans une courte prière poussée vers Dieu , ou vers Jésus-Christ , en termes affectueux. Le tout sera plus lumineux et plus dévot, si on la renferme dans le verset d'un psaume : cette prière doit être travaillée , sans le paroître. On trouve de bons modèles de ces élévations dans l'année chrétienne.

CHAPITPiE XXI.

Du fndi du sermon pour le prédicateur même.

Ce n'est pas l'approbation publique , ni même le succès du sermon, que Dieu couronne dans le prédicateur. C'est son travail , joint à la défiance de ses talents

et de SCS forces. Devant Dieu tous les talents sont égaux; la purclc du zèle les distingue.

Le prédicateur zélc fait toujours du fruit. La paix que Tauditeur rejette , retourne sur celui qui Tannonce ; elle fructifie au centuple dans son cœur. Si les pécheurs se convertissent , ils font sa couronne et sa gloire; s'ils s'endurcissent, Dieu lui tient compte de ses désirs : le vrai zèle n'est jamais stérile.

Le peu de fruit que TÉglise semble aujourd'hui tirer des sermons , ne doit pas dégoûter le prédicateur ; le fruit viendra dans son temps. Souvent Dieu destine ce ministère à empêcher l'accroissement des vices. 11 est dans Tordre de la Providence de régler même le désordre des méchants, et d'empêcher qu'ils ne se précipitent dans

de plus grands excès. On gagne toujours beaucoup au service d'un maître , qui ne demande que de la bonne volonté , et qui d onne même ce qu'il demande.

lY.

Le prédicateur doit s'appliquer à bien faire , et non pas à faire dire qu'il a bien fait. Il perd la récompense que Dieu lui destine , s'il attend l'applaudissement des hommes. Il seroit honteux que celui qui combat la vanité dans les autres y succombât lui-même.

Plusieurs prédicateurs, attentifs aux besoins des autres , sont toujours distraits sur les leurs. Qu'ils commencent par appliquer leur morale à leurs propres défauts; et leur exemple fera autant de fruit que leur discours.

Au sortir de la chaire , le prc'dicateur après avoir remercié Dieu , et s'être humilié devant lui , doit s'occuper de tout autre chose que de son succès , de peur d'en ressentir trop de joie , ou trop de tristesse.

Il ne faut pas qu'il s'arrête aux congratulations ; c'est une civilité que l'usage a introduite. Si l'austérité les supprimoit , l'amour-propre seroit misa une trop rude épreuve. On se tait sur les défauts; et on ne loue que l'effort qui est toujours louable.

Plus ou moins d'auditeurs rend le prédicateur triste ou content. Qu'il gémisse alors de sa foiblcsscîSe donne-t-ilcn spectacle, ou tend-il à édifier? Son unique but

est de remplir son ministère , et d'arracher quelque âme au démon.

Si la réputation le suit , qu'il la fuie , qu'il s'enveloppe dans l'humilité, qu'il s'anéantisse dans la prière. Il doit admirer la puissance de Dieu dans son œu\Te, et la vertu de sa grâce , qui éclate d'autant plus , que l'instrument est plus foible.

Quel motif d'humiliation , de recommander des vertus qu'on ne pratique point soi-même , ou qu'on ne pratique que foiblement ; d'imposer des fardeaux , où l'on ne touche pas du bout du doigt ! Y a-t-il quelque vanité à démentir sa doctrine ?

Le prédicateur peut sans mensonge s'a-

vouer, comme T Apôtre , le premier des pécheurs de son auditoire. Il voit ses pcchc's, et il ignore ceux des autres : ilconnoît la foiblesse de son repentir, et ne voit pas à quel degré les autres portent la charité qui couvre la multitude des péchés. Ce qu'on fait avec certitude prévaut sur ce qu'on présume seulement.

Si le bruit du succès s'est répandu dans le monde, malheur au prédicateur qui s'y répand aussi. La réputation épouvante un ministre fidèle. A-t-il des assurances pour ne pas craindre qu'après avoir prêché aux autres, il ne soit pas lui-même réprouvé ?

Le prédicateur qui a du succès doit peu parler de sermons. Parler d'un exercice où on réussit, quoiqu'on ne dise rien de soi , c'est mendier des louanges , et bientôt on

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se met soi-même au^ombre de ses admirateurs.

Le prédicateur a besoin d'un ami sincère qui Tavertisse de ses défauts. H n'en est point de plus exposés à la censure publique , ni souvent de plus cachés à celui qui a plus d'intérêt de les connoître.

XY

On ne critique en face que mollement, on laisse entrevoir ce qu'on pense. Il faut suppléer à ce qu'on ne vous dit qu'à demi, et profiter de la retenue du censeur.

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