‹ Maximes sur le ministèreChapitre 45 sur 48 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

Des portraits,

Il n'y a pas encore un siècle que le prédicateur triomphoitpar la description des lieux , des événements , etc. Heureusement ce style romanesque est tombé. On y a substitué les portraits , on a peint vivement les mœurs sur le modèle des caractères des anciens : la satire grossissoit Tauditoire. Il semble que ce goût soit sur son déclin , et que la charité soit parvenue à supprimer ces peintures critiques , ou du moins à les adoucir.

De tous les traits du discours le por-

DE LA CHAIRE. sGj

trait est le plus vif. Les autres proposent , expliquent, prouvent, réfutent, tirent des conséquences ; le portrait peint , représente. Ces exemples réels et vivants désignent , et font quelquefois rougir devant les hommes ceux qu'on ne doit humilier que devant Dieu.

Il n'est pas défendu de rendre le vice ridicule ; mais communément le péché doit moins exciter la risée , que la détestation. Le ridicule ne passe que pour un mal léger : la crainte d'être raillé n'a jamais arrêté une passion ardente; on la satisfait, et on est le premier à se railler.

lY.

Les portraits , qui sont le plus grand effort de la réflexion , rarement valent ce qu'ils coûtent. Ils divertissent ceux q^ii ne s'y reconnoissent pas , ils irritent ceux qui s'y retrouvent ; et personne n'en est converti.

266 MAJCIMES sua LE MINISTERE

Comme les portraits font plus d'impression que les raisons, qu'ils montrent au pécheur ce qu'il se cache à lui-même , ils pourroient être utiles , si la charité les traçoit , s'il y entroit plus de passion que d'invective, et ci les originaux étoient moins reconnoissablcs. Mais quel fruit peut produire ce qu'a peint la malignité , ou l'humeur chagrine ?

Il y paroît quand l'orateur a eu ses personnages en vue, les traits en sont bien mieux marqués. Comment se croit-on permis dans un sermon, ce qu'on punit dans des libelles satiriques ?

YII.

Peignez le péché , donnez-en horreur , montrez-en l'énormité, quelquefois même

le ridicule ; mais cpargncz le pcchcur. L'auditeur équitable prend du portrait ce qui lui convient , sans supposer qu'on ait voulu lui en faire l'application.

Page 1