CHAPITRE PREMIER
De la mission.
1j\ mission légitime des prédicateurs est fondée sur la subordination hiérarchique. Elle vient de Dieu par Jésus-Christ , et descend jusqu'à nous par la succession de ses ministres : Comme mon Père rn a envoyé , je vous envoie.
Les talents mettent la mission en œuvre , mais ils ne la donnent pas. Elle a même , inde'pendamment d'eux , son autorité , sa force , son onction. Ce n'est pas assez que la lampe soit allume'e , il faut que le maître la tire de dessous le boisseau. L'Esprit de Dieu ne repose que sur ceux que Dieu envoie.
Il n'est plus de mission immédiate.
Dieu se fait entendre par l'organe de ceux q'uil a revêtus de son autorité. De leur part, la mission ne doit pas être une condescendance , mais un choix. On ne l'extorque pas , on la reçoit.
lY.
Les campagnes déjà blanches appellent le moissonneur , mais ne lui donnent
pas droit de couper ; l'ouvrier ne part que quand le maître Tenvoic. Dieu a ses moments ; il faut les attendre.
Le soin de se préparer dans la retraite par Fétude , par la prière et par la mortification , est le meilleur garant et de la mission et de la pureté du zèle.
YI.
11 faudroit une impression bien forte de l'esprit intérieur , et des lèvres purifiées par le feu de l'autel , pour oser dire : Me voici. Le pouvoir de prêcher est une légation ; quiconque l'usurpe , est désavoué.
YII.
L'ardeur d'une conversion naissante fait naître l'envie de prêcher. Parce qu'on est converti , on se croit appelé à
convertir les autres. Affermissez auparavant votre conversion : le bassin ne regorge que de plénitude.
YIII.
Certains esprits vains et téméraires osent se faire une occupation , ou même un amusement de prêcher. Qu'ils ne comptent point sur les grâces du ministère ; Dieu les tolère, il ne les envoie pas.
D'autres , légitimement envoyés , conservent le pouvoir du ministère , mais ils en perdent la grâce: ils se livrent eu:i-; mêmes aux passions qu'ils combattent.
En eux le sceau de la mission ne présente plus que des caractères effacés.
Quand on ne prêche que par obéissance , cette obéissance est devant Dieu
un mérite pour obtenir rintelligcncc des vérités, et le don de les persuader. Dieu donne ce qu'il veut qu'on dispense.
Le dc'sir de la perfection et Tamour du silence cachent de grands sujets dans l'obscurité du cloître. Que les supérieurs les produisent , et les animent à mériter la récompense prom^ise aux travaux apostoliques. Les Athanasc arrachent les Draconce de leur désert.
On doit porter l'Evangile, où Dieu envoie par l'organe des supérieurs , sans prévenir leur choix par des empressements que l'amour-propre inspire , et sans s'excuser par des défiances , que cause la pusillanimité.
b MAXIMES SUR LE MINISTERE
Tel veut exercer son zèle , non pas où il seroit mieux applique, mais où il doit éclater davantage , où il doit plus lui rapporter. Celui-là reçoit la mission de sa vanité , de son avarice.
L'Eglise fut scandalisée ^autrefois de la conduite des deux évéqucs, qui, jaloux de la réputation de saint Chrysostôme , et fiers de leur éloquence , quittèrent leur troupeau pour aller à la cour prêcher l'humilité par ambition , et le détachement par avarice.
On peut souhaiter des auditeurs , et même s'en procurer quand on les recherche par une sollicitude de zèle , et non par un empressement de vanité. Ils
sont nécessaires à l'œuvre du ministère ; il n'est exercé que pour eux.
La jalousie impose quelquefois silence à d'excellents ouvriers , et les empêche d'employer leur don : soyons bien aises que tous prophétisent.
XYII.
Les ouvriers auxiliaires doivent travailler avec dépendance de ceux que la hiérarchie a placés en chef, et leur renvoyer leurs lépreux guéris.