Lorsçiue la fortune nous surprend
■AXIHES £T RÉFLEXIONS
en nous donnant une grande place, sans nous y avoir conduits par degrés, ou sans que nous nous y soyons élevés par nos espérances, il est presque impossible de s*y bien soutenir et de paraître digne de Toccuper.
473. Notre orgueil s'augmente souvent de ce que nous retranchons de nos autres défauts.
474. Il n'y a point de sots si incommodes que ceux qui ont de l'esprit.
475. Il n'y a point d'homme qui se croie en chacune de ses qualités au-dessous de l'homme du monde qu'il estime le plus.
476. Dans les grandes affaires, on doit moins s'appliquer à faire naître des occasions, qu'à profiter de celles qui se présentent.
477. Il n'y a guère d'occasion où l'on fit un méchant marché de renoncer au bien qu'on dit de nous, à condition de n'en dire point de mal.
478. Quelques dispositions qu'ait le monde à mal juger, il fait encore plus souvent grâce au faux mérite, qu'il ne fait injustice au véritable.
479. On est quelquefois un sot avec de l'esprit; mais on ne l'est jamais avec du jugement.
480. Nous gagnerions plus de nous laisser (Toir tels aue nom «sommes, que d'essayer
LÀ ROCHEFOUGAlULI»
de paraître ce que nous ne sommes pas.
481. Nos ennemis approchent plus de la vérité dans les jugements qu'ils font de nous, que nous n'en approchons nousmêmes.
482. Il y a plusieurs remèdes qui guérissent de l'amour, mais il n'y en a point d'infaillibles.
483. Il s'en faut bien que nous connaissions tout ce que nos passions nous font faire.
484. La vieillesse est un tyran qui défend sur peine de la vie tous les plaisirs de la jeunesse.
485. Le même orgueil qui nous fait blâmer les défauts dont nous nous croyons exempts nous porte à mépriser les bonnes qualités que nous n'avons pas.
486. Il y a souvent plus d'orgueil que de bonté à plaindre les malheurs de nos ennemis; c'est pour leur faire sentir que nous sommes au-dessus d'eux, que nous leur donnons des marques de compassion.
487. Il y a un excès de biens et de maux qui passe notre sensibilité.
488. Il s'en faut bien que l'innocence trouve autant de protection que le crime.
489. De toutes les passions violentes, «elle qui sied le moins mal aux femmes, c'est l'amour.
^90. La vanité nous fait faire plus do
choses contre notre goût, que la raison.
491. Il y a de méchantes qualités qui font de grands talents.
492. On ne souhaite jamais ardemment ce qu'on ne souhaite que par raison.
493. Toutes nos qualités sont incertaines et douteuses, en bien comme en mal; et elles sont presque toutes à la merci des occasions.
494 Dans les premières passions, les femmes aiment l'amant; dans les autres, elles aiment l'amour.
495. L'orgueil a ses bizarreries comme les autres passions : on a honte d'avouer qu'on ait de la jalousie, et l'on se fait honneur d'en avoir eu et d'être capable d'en avoir.
496. Quelque rare que soit le véritable amour, il l'est encore moins que la véritable amitié.
497. Il y a peu de femmes dont le mérite dure plus que la beauté.
498. L'envie d'être plaint ou d'être admiré fait souvent la plus grande partie de notre confiance.
499. Notre envie dure toujours plus longtemps que le bonheur de ceux que nous envions.
500. La même fermeté qui sert à résister à l'amour sert aussi à le rendre violent et durable, et les pôT*sonnes faibles, qui sont
êt LA ROCHEFOUCAULI»
toujours agitées de passions, n'en sont presque jamais véritablement remplies.
501. L'imagination ne saurait inventer tant de diverses contrariétés qu'il y en a naturellement dans le cœur de chaque personne.
502. Il n'y a que les personnes qui ont de la fermeté qui puissent avoir une véritable douceur ; celles qui paraissent douces n*ont d'ordinaire que de la faiblesse, qui se convertit aisément en aigreur.
^3. La timidité est un défaut dont il est dangereux de reprendre les personnes qu'on en veut corriger.
504. Rien n'est plus rare que la véritable bonté : ceux mêmes qui croient en avoir, n'ont d'ordinaire que de la complaisance ou de la faiblesse.
505. L'esprit s'attache par paresse et par constance à ce qui lui est facile ou agréable : cette habitude met toujours des bornes à nos connaissances, et jamais personne ne s'est donné la peine d'étendre et de conduire son esprit aussi loin qu'il pouvait aller.
506. On est d'ordinaire plus médisant par vanité que par malice.
507. Quand on a le cœur encore agité par les restes d'une passion, on est plus près d'en prendre une nouvelle que quand on est entièrement guéri.
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508. Ceux qui ont eu de grandes passions se trouvent toute leur vie heureux et malheureux d'en être guéris.