Il y a plus de défauts dans l'humeur que dans l'esprit
299. Le mérite des hommes a sa saison, aussi bien que les fruits.
300. On peut dire de l'humeor des hommes comme de la plupart des bâtiments, qu'elle a diverses faces, les unes agréables, et les autres désae:réables.
dAXiMES ET RÉFLEXIONS
SOI. La modération ne peut avoir le mérite de combattre l'ambition et de la soumettre : elles ne se trouvent jamais ensemble. La modération est la langueur et la paresse de Tâme, comme Tambition en est Tactivité et Tardeur.
302. Nous aimons toujours ceux qui nous admirent, et nous n'aimons pas toujours ceux que nous admirons.
303. Il est difficile d'aimer ceux que nous l'estimons point; mais il ne Test pas moins i'aimer ceux que nous estimons beaucoup plus que nous.
304. Les humeurs du corps ont un cours ordinaire et réglé qui meut et tourne imperceptiblement notre volonté : elles roulent ensemble et exercent successivement un empire secret en nous ; de sorte qu'elle» ont une part considérable à toutes nos actions, sans que nous le puissions connaître.
305 La reconnaissance dans la plupart des hommes n'est qu'une forte et secrète envie de recevoir de plus grands bienfaits.
306. Presque tout le monde prend plaisir à s'acquitter des petites obligations -.beaucoup de gens ont de la reconnaissance pour les médiocres ; mais il n'y a presque personne qui n'ait de rin4sratitude pour le» grandes.
LA ROCHEFOUCAULP
ne dépendre plus des caprices de la fortune, sont des remèdes qu*on ne doit pas rejeter. Mais on ne doit pas croire aussi qu'ils soient infaillibles. Ils font, pour nous assurer, ce qu'une simple haie fait souvent à la guerre, pour assurer ceux qui doivent approcher d'un lieu d'où l'on tire. Quand on en est éloigné, on s'imagine qu'elle peut mettre à couvert ; mais quand on en est proche, on trouve que c'est un faible secours. C'est nous flatter de croire que la ^ort nous paraisse de près ce que nous en avons jugé de loin, et que nos sentiments, qui ne sont que faiblesses, soient d'une trempe assez forte pour ne point souffrir d'atteinte par la plus rude de toutes les épreuves. C'est aussi mal connaître les effets de l'amour-propre , que de penser qu'ils puissent nous aider à compter pour Tien ce qui le doit nécessairement détruire ; et la raison dans laquelle on croit \ trouver tant de ressources est trop faible j ôn cette rencontre pour nous persuader ce i que nous voulons. C'est elle au contraire J qui nous trahit le plus souvent, et qui, au | lieu de nous inspirer le mépris de la mort, l sert à nous découvrir ce qu'elle a d'affreux et de terrible. Tout ce qu'elle peut faire pour nous, est de nous conseiller d'en dé- i tourner les yeux pour les arrêter sur d'au- 1 trm c^bjets. Caton et Brutus en choisirent I
d'illustres. Un laquais se contenta, il y a quelque temps, de danser sur Téchafaud ùu il allait être roué. Ainsi, bien que les motifs soient différents, ils produisent les mêmes effets ; de sorte qu'il est vrai que, quelque disproportion qu'il y ait entre les grands hommes et les gens du commun, on a vu mille fois les uns et les autres recevoir la mort d'un même visage ; mais ç'a toujours été avec cette différence, que dans le mépris que les grands hommes font paraître pour la mort, c'est l'amour de U gloire qui leur en ôte la vue ; et dans les gens du commun, ce n'est qu'un effet do leur peu de lumières qui les empêche de connaître la grandeur de leur mal, et leur laisse la liberté penser à autre chose.