‹ Maxims & réflexions moralesChapitre 54 sur 64 · Le luxe et la trojj grande politesse · texte numérisé non relu

Le luxe et la trojj grande politesse

lA ftOCHEFOUGAULD

dans les Etats sont le présage assuré de leur décadence, parce que tous les particuliers s'attacliant à leurs intérêts propres, ils se détournent du bien public.

95. De toutes les passions, celle qui est la plus inconnue à nous-ménaes, c'est la paresse : elle est la plus ardente et la plus maligne de toutes, quoique sa violence soit insensible, et que les dommages qu'elle cause soient très-cachés. Si nous considérons attentivement son pouvoir, nous verrons qu'elle se rend en toutes rencontres maîtresse de nos sentiments, de nos intérêts et de nos plaisirs. C'est la rémore (i) qui a la force d'arrêter les plus grands vaisseaux; c'est une bonace plus dangereuse aux plus importantes affaires, que les écueils et les plus grandes tempêtes. Le repos de la paresse est un charme secret de l'âme, qui suspend soudainement les plus ardentes poursuites et les plus opiniâtres résolutions. Pour donner enfin la véritable idée de cette passion, il faut dire que la paresse est comme une béatitude de l'âme, qui la console de toutes ses pertes, et qui lui tient lieu de tous les biens.

96. De plusieurs actions différentes que la fortune arrange comme il lui plaît, il s'en fait plusieurs vertus.

(i) E.spv'ce de poissoû.

97. La jeunesse est une ivresse continuelle : c'est la fièvre de la santé, c'est la folie de la raison.

98. On aime à deviner les autres ; mais Ton n'aime pas à être deviné.

99. C'est une ennuyeuse maladie, que de conserver sa santé par un trop grand régime.

100. Il est plus facile de prendre de Tamour quand on n'en a pas, que de s'en défaire quand on en a.

101. La plupart des femmes se rendent plutôt par faiblesse que par passion. De là vient que, pour l'ordinaire, les hommes entreprenants réussissent mieux que les autres, quoiqu'ils ne soient pas plus aimables.

102. N'aimer guère en amour est un moyen assuré pour être aimé.

103. La sincérité que se demandent les amants et les maîtresses, pour savoir l'un et l'autre quand ils cesseront de s'aimer, est bien moins pour vouloir être avertis quand on ne les aimera plus, que pour être mieux assurés qu'on les aime, lorsqu'on ne dit point le contraire.

104. La plus juste comparaison qu'on puisse faire de l'amour, c'est celle de la fièvre. Nous n'avons non plus de pouvoir sur l'un que sur l'autre, soit pour sa violence ou pour sa durée.

LA ROCHEFOUCAULD

405. La plus grande habileté des moins habiles est de savoir se soumettre à la bonne conduite d'autrui.

106. Gomme on n*est jamais en liberté d'aimer ou de cesser d'aimer, Tamant ne peut se plaindre avec justice de Tinconstance de sa maîtresse, ni elle de la légèreté de son amant.

107. L'amitié la plus désintéressée n'est qu'un commerce où notre amour-propre se propose toujours quelque chose à gagner.

108. Quand nous sommes las d'aimer, nous sommes bien aises qu'on nous devienne infidèle, pour nous dégager de notre infidélité.

109. Gomment prétendons -nous qu'un autre garde notre secret, si nous ne pouvons le garder nous-mêmes?

110. Il n'y en a point qui pressent tant les autres que les paresseux lorsqu'ils ont satisfait leur paresse, afin de paraître diligents.

111. C'est une preuve de peu d'amitié, de ne s'apercevoir pas du refroidissement de cellej de nos amis.

112. On craint toujours de voir ce qu'on aime, quand on vient de faire des coquetteries ailleurs.

113. On doit se consoler de ses fauteg, ^uand on a la force de les avouer,

■AXIVES ET RÉFLEXIONS liS

414. Dans l'amour, la tromperie va presque toujours plus loin que la méfiance.

415. Il n'y a pas moins d'éloquence dans le ton de la voix que dans le choix des paroles.

416. Il y a une éloquence dans les yeux et dans l'air de la personne qui ne persuade pas moins que celle de la parole,

447. Il y a de méchants hommes qui seraient moins dangereux s'ils n'avaient aa« cune bonté.

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