SCÈNE X
Les Mêmes, WERNER.
WERNER, paraissant sur le seuil de la porte.
Je peux entrer?
MAXWEL.
Ah! te voilà, Werner?. . déjà de retour?... Je ne t’attendais pas si tôt.
WERNER
J’ai fait diligence, monsieur, autant du moins que les jarrets de notre vieux Kobus me l’ont permis. (Saluant Goulden.) Monsieur Goulden!...
GOULDEN
Bonjour, Werner.
Rien ne te pressait.
MAXWEL
WERNER
Je tenais à être de retour à Munich avant le I er novembre.
MAXWEL.
Pourquoi ?
WERNER
Une bonne action à faire, monseur, et que vous seul... mais... comme vpus voilà pâle!... seriez-Vous malade !
MAXWEL.
, Non !... merci, mon vieil aini.
Il va se rasseoir devant son bureau.
WERNER, bas b Gonlden.
Qu’y a-t-il donc?
GOULDEN, de mémo.
Une exécution capitale.
WERNER, de mémo.
Aujourd’hui ?
GOULDEN, de même.
Tout à l’heure... à midi !
WERNER, de même.
Oh! ces jours-là !...
Gonlden loi fait signe do se taire.
MAXWEL.
Tu me disais?
W’BRNER.
Oui; je voulais VOUS parler... (Fouillant dans sa p.icho et en tirant dos papiers.) Mais permettez-moi d abord de vous rendre compte de mon voya
MAXW'EL.
Tu as en le temps d’aller partout, à Steinbach, à Mcisenthàl ?...
WERNER
Partout, monsieur!... Robus a beau se faire vieux, c’est encore un bon serviteur ! point fongueux, d'allures tranquilles, mais n’en faisant pas moins ses cinq ou six lieues tout d’une traite; et c’est tout ce qu’il faut à mes soixante ans!... Si quelque chose avait pu me retarder, ce n’est pas lui, mais l’accueil qu’on m’a fait partout. C’étaient des cris de joie... il fallait voir! F,t l’on ne voulait plus me laisser partir!... Tons ces gens-là vous regardent comme leur providence, et reportent sur moi un peu de leur amitié pour vous !
MAXWEL.
Ainsi, rien de fâcheux?
WERNER
Rien, monsieur!... sauf quelques meules brillées, du côté de lileisenthàL, chez le vieux Fritz.
MAXWEL.
La perle a etc considérable?. .
WERNER
De douze à quinze cents ilorius. Je lui ai fait espérer...
MAXWEL.
Nous lui remettrons moitié de son fermage.
WERNER, déposant des papiers sur le bureau.
Voici ses comptes!... voici ceux des fermiers de Steinbach; Rœmer, Sehoultz...
MAXWEL.
Il a marié sa fille?
WERNER
La petite Katel?... oui, monsieur; un vrai bouton de rose. Elle a épousé Rasper, le forgeron. Je suis encore arrivera temps pour voir la noce traverser le village avec lè violon de Nicklausse en télé... A propos de Nicklausse, monsieur, il faut vous dire qu’il est dans la peine.
Que lui est-il arrivé?...
WERNER
Il a eu le malheur de perdre sa mère après une longue maladie; or vous savez que 51. Schwcitzer, votre intendant, lui a loué trois arpents de vigne sur la côte; les maladies coûtent cher; le pauvre Nicklausse est chargé de famille ; il n’a pas pu payer sa redevance, et finalement...
MAXWEL.
Schweitzer a ordonné des poursuites?... je le reconnais bien là... Je lui manderai de les arrêter.
WERNER
Ah! monsieur! si tous ceux qui tiennent dans leurs mains le sort des pauvres gens étaient comme vous!... mais il y a des cœurs durs en ce monde... Je vous dis cela à propos de l'aHaire dont je voulais vous entretenir; le cas esta peu près semblable, si ce n’est que le comte d’Asfeld n’a pas votre charité...
MAXWEL.
Le comte d’Asfeld?...
Goulden, qui était occupé à tisonner auprès du feu, rolèvo la tôle.
WERNER
Monsieur sait combien il est riche...
MAXWEL.
51ais tu ignores donc qu’il a éié assassiné?
MAXWEL
WERNER
Assassiné!...
MAXWEL.
Deux heures après ton départ.
WERNER, se tournant vers Gonlden.
Et... c’est sou assassin peut-être?...
GOULDEN
Oui.
WERNER, U Maxwel.
Ce que j’avais à vous dire devient inutile alors; caria saisie n’était que pour demain.
MAXWEL.
Quelle saisie?
WERNER
Voici le fait... J’étais parti, vous le savez, en pleine nuit, vers trois heures du matin... de voulais arriver à Meisenthàl avant le soir, et il fallait donner à Robus le temps de se reposer en route... Arrivé aux dernières maisons du faubourg, je m’avise que le pauvre animal est déferre. Il boitait; reveiller les gens à cette heure, il ne fallait pas y songer; j’attachai Robus à un arbre et je revins ici pour y prendre les outils nécessaires. Car il faut vous dire, monsieur Gouldeu, que, pour ferrer un cheval...
MAXWEL, se levant.
Après, après?
WERNER
Le garçon d’écurie était si profondément endormi qu’il ne m’entenait pas. Je retournais donc vers Robus lorsque je rencontrai, — près de la fontaine du vieux marché, — un pauvre homme qui gisait a terre, et qui s'était blessé en tombant... mais, monsieur, qu’avez-vous donc?...
MAXWEL, d'une voix éloulTéo.
Après ? n
Goulden se lève.
WERNER
Je l’aidai à se relever; je lui lavai le front; et, comme il se lamentait, je lui demandai... (Maxwel lui saisit le bras ) Bref ! il était débiteur du comte d’Asfeld, qui le menaçait d’une saisie... C’est alors, que, sans vous nommer, je lui promis...
MAXWEL, d’une voix éclatante.
Ce u’est pas vrai !
WERNER
Mais, monsieur!... tenez! ciuq heures sonnaient à la cathédrale.
Ce n’est pas vrai !...
GOULDEN
Son nom?
WERNER, cherchant à se rappeler.
Attendez !... Buttler !...
Maurel, après an mouvement de stupear, va pour s’élancer au dehors, quand on entend uno cloche lointaine sonner midi.
MAXWEL, s’arrêtant court, regardant autour de lui arec égarement et poussant un grand cri.
Ah!...
Il tombe raide à terre; Goulden court h lui pour lui porter secours; Werner le regarde, immobile, terrifié. La cloche continue de sonner midi. La toile tombe.