SCÈNE
REINOLD, puis MARGUERITE. *
REINOLD
Pauvre àme!... Elle pleure!... Elle prie!... Hélas! ni lar-
mes, ni prières n’effaceront jama'is son passé !... (il rcformo la porte.) An! toujours, toujours celle idée!... Je croyais, en recevant ce terrible aveu de la bouche de M. Maxwel, que rien ne pouvait dépasser mon malheur!... Eli bien, je me trompais ! ... C’est à peine si je me souviens que j’ai un père à venger! une seule pensée domine toutes les autres maintenant!... Cécilia est ma sœur! un d’Asfeld peut l’insulter sans que j’aie le droit de la défendre!... A quelle folle espérance m’étais-je donc rattaché?... Ah !• Marguerite est.bien perdue pour moi! irréparablement perdue!... (u so cacho la tête entre les mains. — Margncrito est entrée en scène pendant ces derniers mots et s’est approchée deReinold sans en être entendue.)
MARGUERITE
Pourquoi?
REINOLD
Vous !... vous ici !...
MARGUERITE
N’est-ce pas. la maison de votre père? mon cœur m’avait dit que je vous y retrouverais.
REINOLD
Et qu’y venez-vous chercher?
MARGUERITE
, Un ingrat qui a pu douter du cœur de Marguerite, qui a pu croire que, dans ce sacrifice des préjugés et de l’orgueil à un devoir sacré, la fille serait au-dessous du père, qui a désespéré un vieillard dont la douleur et le dévouement peut-être devaient faire excuser la faute, qui sans pitié enfin a quitté une maison désolée où il ne laissait après lui que le deuil et les larmes !... vous, Reiuold!...
Et que pouvais-je faire ?... Je vous remercie de cet élan du cœur qui vous a poussée vers moi ; mais il vous égare!... Et, puisqu’on vous a tout dit, si votre père pouvait vous donner à l’enfant inconnu recueilli par lui, il ne le pouvait plus au fils déshonore de Bottier, tant que ce nom est infâme 1... pourquoi donc serais-je resté sous ce toit où je n’avais plus qu’à rougir, où des portes du ciel j’étais brusquement rejeté dans tous les tourments de l’enfer, où il ne m’était plus permis de vous aimer!
MARGUERITE
Ah ! je ne me demande pas s’il m’est permis de vous aimer, moi !... je vous aime !
REINOLD
Marguerite!... mais c’est impossible !... mais vous ne songez donc pas...