SCÈNE XI
Les Mêmes, RUTTEN, puis SPARCK.
RUTTEN, parlant à la cantonade.
Décidément je vous ruinerais, messieurs! la chance est pour moi!... (Descendant la sccne.) Ah ! si l’on avait toujours le même bonheur, comme on serait honnête [homme!... (Apercevant Marthe.) Cécilia! faisons-lui nos adieux!... Qu’a-t-elle donc?... Elle dort, je crois!... (S’approchant de Marthe et lui prenant galamment la main.) Ma toute belle!...
MARTHE, poussant un cri terrible au contact de Rutten et se levant
en sursaut.
Ah !... (Rutten se recule frappé de stupeur; Goulden arrête Reinold prêt à s’élancer sur lui; Marthe ouvre les yeux, regarde Rutten avec étonnement, et dit en souriant.) Eh bien?.,. qu’avez-VOUS donc M. de Kaulbach?... Vous semblez épouvanté!...
RUTTEN
Le cri que vous avez poussé...
MARTHE
Moi ?
RUTTEN
Oui, en vous réveillant...
MARTHE
Je dormais?...
RUTTEN
Et vous faisiez quelque mauvais rêve , sans doute !...
MARTHE
Je ne m’en souviens pas!... vous quittez le jeu!...
RUTTEN
Je suis obligé de partir avant le jour et je venais vous faire mes adieux.
MARTHE
Déjà?... avez-vous gagné au moins ? 1
RUTTEN
Oui!... tout me réussit ce soir! (a part en voyant entrer Sparck qui a repris son premier costume.) Ah! diable! Sparck!...
SPARCK., allant droit à Marthe et lui présentant, tout ouverte, la tabatière que Rutten a donnée le matin à ^Valdeck.
Madame, sont-ce là vos diamants?...
RUTTEN, à part.
Tonnerre!...
MARTHE, prenant la tabatière et en examinant le contenu.
Oui...
MAXWEL
SPARCK.
Le voleur est chez vous!...
Mouvement*de Rutten; il fait un pas vers la porte de droite et aperçoit Goulden qui redescend la scène arec Reinold.
RUTTEN, à part.
SPARCK, qui n’a pas quitté Rutten des yeux.
Oh! il ne peut nous échapper ! la maison est cernée et mes hommes l’arrêteraient au passage... J’ai pensé seulement, et vous serez sans doute de mon avis, qu’on pouvait éviter un scandale inutile et laissera la justice le soin d’ébruiter le nom du coupable... La découverte des diamants d’ailleurs, suffira peut-être pour arrêter les poursuites et étouffer l’affaire.
MARTHE
C’est tout mon désir!...
SPARCK. •
Il sortira donc librement de chez vous, et personne ne soupçonnera qu’on l’attend à la porte, pour le conduire à la maison de justice...
MARTHE
Le malheureux!
SPARCK.
Ma tâche est remplie.
MARTHE
Je vous remercie, monsieur.
RUTTEN, à part.
Allons! tout n’est pas perdu !... (Haut.) Je vous félicite d’être rentrée en possession de votre bien, ma chère!... M. Sparck est un homme admirable.
SPARCK, arec modestie.
Oh! monsieur!...
Non!... sans compliment!... (a Marthe.) Et maintenant, adieu!...
MARTHE
Décidément, vou! ne nous restez pas à souper?
RUTTEN
Impossible !...
MARTHE
Adieu donc...
RUTTEN, se retournant vers Goulden.
Monsieur Goulden!...
Goulden le regarde fixement sans répondre ; Rutten se dirige vers la droite
pour sortir.