LA SURPRISE DB MARIENBORN
Français prenaient pour le fils de Frédéric-Guillaume, ou du moins mettre le désordre dans les lignes ennemies *.
Trois colonnes devaient quitter la place dans la nuit du 30 au 31 mai. La colonne chargée de Tattaque principale était commandée par Marigny ; elle se composait de 1,100 fantassins et de 100 chasseurs à cheval, ainsi que d'une réserve de 300 grenadiers. Elle avait ordre de marcher sur Marienborn, d'emporter les batteries que l'assiégeant avait établies en avant du Village, et d'enclouer leurs canons, de s'emparer aussi vile que possible des deux maisons isolées qu'on regardait comme le quartier-général, de prendre ou de tuer Kalkreuth, mais de respecter la vie du prince de Prusse, de jeter partout des matières combustibles pour répandre la confusion dans le camp prussien et paralyser la résistance, puis de se retirer avec ses prisonniers. L'instruction de Marigny disait que son premier devoir était de porter autant de promptitude dans la retraite que dans l'attaque : tout aurait lieu de la manière la plus subite.
Deux colonnes soutenaient Marigny : l'une de 1,500 hommes; l'autre, de 1,800. La première, conduite par le général Schaal, devrait tirer sur tout ce qui viendrait soit de Weisenau, soit de Marienborn, et protéger la retraite de Marigny. La seconde, que menaient Dubayet et Kléber, se rangerait en bataille sur le plateau de Breizenheim ; elle serait suivie de quatre escadrons de cavalerie et de chasseurs commandés par Dazincourt.
A minuit, sur tous les points, s'exécuteraient de fausses attaques. Les troupes de Weisenau feraient un
* Gaudin (cf. Mon, du 28 octobre 1793); Preuss, Augenzeuge^ 275,
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violent feu de mousquelerie. Meusnier se porterait sur la Briqueterie au dessus de Kostbeim et sur le moulin de l'Electeur en avant de Biebrich. Le lieulenant-coîonel Barbier * ferait tirer de l'Ile Saint-Pierre et de l'île Saint- Jean force coups de canon sur le village et le moulin de Mosbach. Toutes ces démonstrations devaient « fixer l'attention », et, comme disait d'Oyré, « captiver l'irrésolution » des ennemis qui n'oseraient se prêter secours les uns aux autres.
A onze heures du soir, Marigny sortait du camp retranché et se dirigeait sur Marienborn par d'étroits sentiers qui serpentaient à travers les champs. Il savait le mot d'ordre que les rondes prussiennes avaient coutume de crier à haute voix et que les espions avaient aisément découvert. Il avait de bons guides : six clubistes, leur colonel, l'hôtelier du Roi d* Angleterre, Rieffel, et deux hommes d'Oberolm, le maire Henri Schreiber et le greffier Lutz, qui connaissaient tous les chemins et les détours dans la campagne. Un heureux hasard favorisa la marche sinueuse de la colonne. Le quartier-général prussien avait prescrit la veille aux paysans du voisinage de couper les blés pendant la nuit. Les Français furent pris
* Barbier (Pierre), né le 11 mai 1759, près d'Orléan?, était le fils d'un meunier. Il devint ingénieur-géographe et architecte-expert, exerça dix ans aux environs de Paris, puis à Fumay. On le trouve successivement capitaine au 26" bataillon d^infanterie légère (ci-devant légion du Centre) du 31 mai 1792 au 4 vendémiaire an II, chef du 5" bataillon des Ardennes du 4 vendém. an II au 21 ventôse de la même année (le Conseil de guerre de Mayeuce lui avait donné ce grade dès le 2 avril), puis adjudant-général, chef de brigade; il fut réformé en Tan V et compris en l'an VI dans l'organisation de Tarmée de Mayence. Morlot le jugeait t excellent commandant de place >, et Canclaux, un < très brave officier, connu lors de la défense de Mayence i. Mais le représentant Gillet le trouvait « peu instruit comme militaire >, et Caffarelii, i inepte et sans malice, incapable de bien remplir les fonctions d'adjudant-général i.