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LA SURPRISE DE MARIENBORN

pour des moissonneurs qui s*en allaient après avoir achevé leur travail. Ils passèrent sans obstacle au milieu des patrouilles de cavalerie et à minuit, ils étaient aux abords deMarienborn. Mais ils tirèrent trop tôt. Les sentinelles donnèrent Talerle, et les Prussiens, criant de tous côtés « l'ennemi est là », Dtr Feind isi dal eurent le temps de se jeler sur leurs armes. Les canonniers coururent à leurs pièces. Bientôt arrivèrent les hussards saxons, puis les cuirassiers que commandait le duc de Saxe-Weimar, puis les régiments d'infanterie Wegner et Thadden, conduits par le prince Louis-Ferdinand. Une lutte confuse, désordonnée, s'engagea dans le village; les Français, battant le tambour et poussant une formidable clameur de Viv$ la nation^ forçaient rentrée de toutes les maisons où ils voyaient de la lumière et soupçonnaient la présence d'un général; les balles, dit un témoin, bruissaient à travers Tair et pieu valent dru comme grêle. Des grenadiers s'étaient emparés d'une batterie et avaient encloué les canons. Mais d'autres, pleins de mauvai3 vouloir, refusèrent obstinément d'attaquer une seconde batterie, fermée à la gorge par une palissade. Elle n'éiait gardée que par une dizaine d'hommes ; elle manquait de munitions; un léger effort suffisait pour l'enlever. Les grenadiers n'osèrent emporter la bairière. Un sous-lieutenant du i'' régiment, le brave Pascal *, employa vainement pour les entraîner, les reproches et les encouragements, les menaces et les caresses. Il ne trouva que cinq hommes décidés à le suivre.

La réserve aurait dû soutenir Marigny . Mais celui qui

* Le Conseil de guerre le nomma capitaine le lendemain. Le capitaine Targe, • très connu par sa bravoure et son zèle «, et qui • s'était particulièrement distingué a l'expédition où il avait été blessé », fut t'ait chef de bataillon.

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la commandait, un officier du 36< régiment, du nom d'Albert, tomba de cheval ; sa chute le rendit incapable d'agir, et personne n'était désigné pour le remplacer. Des ordonnances allèrent demander à Schaal un peu de renfort ; aucune ne le rencontra ^ Au bout d'une heure et demie, Marigny, sûr de n'être pas secouru et voyant le jour près de poindre, donna le signal de la retraite. Ses soldats tuèrent dans les écuries les chevaux qu'ils ne pouvaient emmener, et laissèrent là les cercles goudronnés et les fagots de bouleaux couverts de poix qui devaient mettre le feu au village. Si les Prussiens avaient eu plus de résolution ou s'il s'était trouvé, en ce désordre, un homme vigoureux qui prît le commandement et fît les dispositions nécessaires, Marigny ne serait pas rentré dans la place.

Durant la poursuite, les Prussiens saisirent un fuyard qui se cachait au milieu des épis. C'était un des guides delà colonne d'attaque, le greffier Lutz. Malade, nullement ingambe, dévoré de vermine, effrayé par la fusillade, il s'était tapi dans les blés. Il ne voulait rien avouer. Quatre-vingts coups de fouet lui arrachèrent la vérité. Il confessa qu'on l'avait régalé sous une tente devant la ville, que les Français ne visaient qu'à s'emparer du général Kalkreuth et du prince Louis-Ferdinand, et que leur but manqué, ils s'étaient retirés incontinent. Le 3 juin, sur un tertre, près de Marienborn, au bas de la maison de la Chaussée, il fut pendu, la tête tournée vers Mayence et coiffée d'un bonnet rouge. Mais les Prussiens n'oublièrent pas la leçon. Ils tracé-

^ Decaen, envoyé à Marienborn par Kléber, vit les troupes en pleine retraite ; il chercha le général Schaal ; c je fus bien étonné, dit-il, de le trouver réfugié sous un petit pont qui traversait la route, et il parut fort surpris que je l'eusse déniché dans cet endroit ».

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