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CHAPITRE PREMIER

Les sept diamants engagés par le cardinal Alazarin. — Négociations pour leur recouvrement particulièrement suivies par Hyacinthe Serroni, évêque d'Orange. — Des difûcullés prolongent ces négociations. — Recommandations du cardinal pour obtenir une quittance sans réserves de la somme prêtée sur les diamants. — Le cardinal s'efface derrière le nom du roi. T^ Serroni, pour calmer le cardinal impatienté de la lenteur des négociations, lui fait don de deux tableaux. — Médiocre satisfaction du cardinal.

— Colbert apure les comptes et La Varroye fournit la majeure partie des fonds. — Les diamants ne sont plus à Barcelone, ils ont été transportés à Gênes. — Il est convenu qu'ils seront remis à \ice eutre les mains de Savoy. — Difficultés sur la réclamation des intérêts de la somme prêtée.

— Intervention de l'illustre prélat Pierre de Marca. — Complaisance du chevalier Paul, qui prélève pour ce remboursement l'argent destiné à la rançon des prisonniers. — Serroni, nommé visiteur général en Catalogne, témoigne peu d'empressement à se rendre à son nouveau poste. — Gravier le remplace comme intendant de la marine à Toulon, et remplace en même temps Charles Colbert pour le soin des intérêts maritimes du cardinal en Provence. — Remise des sept diamants à Forbin d'Ojjpède, premier président du parlement de Provence. — Rapprochements eutre son caractère et celui du chancelier Séguier. — AI. de Lesseins, envoyé à Marseille au-devant delà reine Christine de Suède, est chargé de rapporter au cardinal les sept diamants. — Ces sept diamants ont fait probablement partie de la collection des dix-huit Mazarins. — Aperçu sur les diamants les plus célèbres. — Le cardinal profite pour ses acquisitions de diamants de la détresse de Henriette de France, veuve de Charles I", et de celle de la reine Christine. — L'orfèvre Lcscol. — Le trésor des diamants de la couronne fondé par lettres patentes du 15 juin 1530. — Vicissitudes de cette collection jusqu'à nos jours,

APPENDICE

Lettres de l'évêquc d'Orange à Mazarin ; leltres de Mazarin à l'évêque T. II. 1

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d'Orange ; letlre de ^I. de Lesseins à Mazarin ; du 9 novembre 1655 au 7 août 1656.

Le recouvrement de sept diamauts appartenant au cardinal Alazarin offre un épisode qui, nous le croyons, n'a jamais été signalé. L'utilité que le cardinal assignait aux pierreries dont il faisait collection y est clairement accentuée, elles représentaient, sous un petit volume facile à transporter et à dissimuler dans les temps troublés, des valeurs toujours réalisables soit par cession à un aclieteur, soit par nantissement donné à im prêteur. Cederniermode avait les préférences du cardinal qui n'eût pas facilement consenti à se séparer sans retour de ses précieux joyaux ; il lui laissait la perspective de voir arriver le moment où les nombreuses ressources financières qui alimentaient ses colfres lui permettraient de les dégager.

Les diamants engagés dont nous allons nous occuper furent, pour leur recouvrement, l'objet de négociations longues et minutieuses dans lesquelles s'entremirent plusieurs personnages, tels que Colbert et l'un de ses frères, Hyaciutbe Serroni, évèque d'Orange, M. de Marca, l'illustre archevêque de Toulouse, le chevalier Paul, l'intrépide marin, La Varroye, commissaire extraordinaire des guerres, Forbin d'Oppède, premier président au parlement d'Aix et intendant de Provence, divers, négociants de Barcelone et de Gênes, enfin M. de Lesseins, envoyé au-devant de la reine Christine de Suède, à son débarquement à Marseille.

Entre tous les personnages que nous venons de citer, Hyacinthe Serroni fut le plus activement mêlé à cette affaire par un témoignage spécial de la confiance que le cardinal plaçait dans son habileté. Il avait déjà fait ses preuves. Né

à Rome, il était du nombre des Irois ou quatre créatures que le cardinal Mazarin avait pourvues d'évêcliés ; il avait débuté dans l'ordre des Dominicains et s'était attaché à Michel Mazarin, religieux du même ordre, auquel le crédit fraternel, et non le mérite, procura l'archevêché d'Aixat la pourpre romaine sous le titre de cardinal de Sainte-Cécile ; Hyacinthe Serroni suivit en France sou protecteur. En 1040, lors du mariage de Louise-Marie de Gonzague, fdie du duc de \evers, avec Vladislas II', il fut adjoint à la maréchale de Guébrianl (1) pour accompagner en Pologne la nouvelle reine et pour suivre diverses négociations diplomatiques. La maréchale et son acolyte étaient revenus peu satisfaits de la munificence de Sa Majesté Polonaise ; la première n'ayant rapporté que deux tapis de soie relevés d'or, et le second que quelques pièces de vaisselle d'argent de médiocre valeur (2). Serroni fut mieux récompensé par le cardinal Mazarin, puisqu'il reçut à son retour l'évêché d'Orange et la charge de premier aumônier de la reine j il fut en outre pourvu de l'intendance de la marine à Toulon. Il y remplissait ces fonctions qui touchaient par bien des points aux affaires privées du cardinal, lorsqu'il fut chargé de la njission qui fait l'objet de ce chapitre.

Au temps difficile de la Fronde, entre autres ressources pom' se procurer de l'argent comptant, le cardinal Mazarin

(1) Renée du Bec de V'ardes, veuve, depuis 1643, de Jean-Baptiste de Budes, maréchal de Guébriant; elle se signala, en 1652, par le tour singulier au moyen duquel elle enleva Brisach au comte d'Harcourt. Voy. nos Souvenirs du règne de Louis XIV, t. III, p. 196 et suiv.

(2) Voy. Tallemant des Réaux, t. III, p. 306.

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avait mis eu gage sept de ses diamants, de belle eau et de grosseur d'importance; mais comme la somme prêtée était fort inférieure à leur valeur, il était hanté de la crainte que ces diamants ne lui fussent pas rendus, d'autant plus qu'ayant été transportés en Espagne, puis à Gênes, ils se trouvaient hors de portée de toute saisie, et leurs détenteurs hors de portée de toutes poursuites. Le succès du recouvrement confié à l'évêque d'Orange présentait donc des difficultés sérieuses encore accrues par ce fait que les détenteurs avaient à leur tour mis ces diamants en gage et avaient obtenu un prêt d'une valeur supérieure à celui qu'ils avaient fait eux-mêmes. La correspondance du cardinal témoigne de ses vives inquiétudes. Le prêteur d'argent qui avait ces diamants en gage de seconde main paraissait honnête cependant, puisqu'il assurait avoir refusé de ces diamants dix mille pistoles, soit cinq cent mille francs de nos jours j était-on aussi honnête à son égard, on en pourrait douter, puisqu'on aurait voulu qu'il les rendît sur la remise d'une somme inférieure à soixante mille livres. Mais on s'aperçut qu'il n'y avait pas à espérer de les recouvrer si l'on persistait dans cette voie; soixante mille livres finirent par être offertes, le récépissé donné au prêteur nous le prouve, puisqu'il porte cette somme.

Comment se pouvait-il faire que le cardinal eût voulu tenter de rendre une somme inférieure à celle qu'il avait reçue? La correspondance échangée entre le cardinal et l'évêque d'Orange en donne des raisons assez obscures pour que nous nous abstenions de toute solution hasardée et que nous laissions au lecteur le soin et la satisfaction, par l'élude des documents que nous reproduisons, de

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rechercher Jui-même la vérité (1). On serait porté à croire que le cardinal n'avait pas gardé un exact souvenir de la somme qui lui avait été prêtée, puisqu'il ne voulait rembourser qu'une somme inférieure, à moins que la preuve ne lui fût produite, d'autant plus qu'il soutenait que ces diamants étaient loin de valoir six mille pistoles. Le prêteur était à Barcelone avec les diamants ; il avait à Toulon un correspondant avec lequel l'évêque d'Orange traita la négociation. Ce prêteur, marchand de diamants de profession et juif probablement, — le plus juif cependant ne fut peut-être pas celui qu'on pense, — ne fut pas embarrassé de fournir la justification demandée; il était possesseur d'un reçu de six mille pistoles. Il faut bien noter que les diamants en valaient davantage, puisque le cardinal avait donné au prélat, son mandataire, l'autorisation d'offrir jusqu'à huit mille pistoles; et, dans l'appréhension que le marchand ne fût tenté de les vendre, il avait pris la précaution de lui faire savoir que celte aliénation ne serait jamais reconnue légitime. Naturellement l'évêque d'Orange ne fit pas connaître jusqu'à quelle somme montait son mandat pour le recouvrement des diamants, elle marchand se contenta des six mille pistoles qui lui étaient offertes; mais il réclamait six années d'intérêts. Cette réclamation des intérêts ne présentait rien d'anormal, et il est à remarquer qu'avec ces intérêts joints au capital, la somme à remettre restait encore au-dessous des huit mille pistoles que le mandataire du cardinal était autorisé à proposer. Une prescription de l'EgUse avait, il est vrai, autrefois défendu

(1) Voy. ces documents à V Appendice

le prêt à intérêts, et nous convenons que si le cardinal et son mandataire avaient invoqué cette prescription en sens inverse, c'est-à-dire si le cardinal eût été prêteur d'une somme dont il eût refusé de percevoir les intérêts, ce scrupule eut été digne d'éloge. Il n'eu est pas de même lorsque le cardinal prétend se servir à son avantage d'un vieux canon réformé datant d'une époque où le capital mobilier était à peu près inconnu; mais tout était changé, la fortune mobilière jouait déjà un rôle par des rentes constituées sur l'Hôtel de ville de Paris, et par des sociétés par actions qui commençaient à se former, rôle qui devait être appelé à un développement tel que l'Eglise elle-même en est arrivée à faire des emprunts basés sur le payement des intérêts.

Dans le but d'exercer une pression plus puissante sur le détenteur des diamants, le cardinal a soin de s'effacer luimême et agit en apparence pour la personnalité du roi. Il n'en est pas moins vrai que les diamants étaient à lui et que s'il les avait mis en gage pour des affaires d'Etat qui étaient en même temps le soutien de sa propre cause, il n'avait fait que suivre dans cette circonstance ses errements ordinaires, prêtant au roi dans les occasions pressantes, et se remboursant plus tard avec usure. Le détenteur des diamants faisait la sourde oreille ; il lui paraissait dur de ne rentrer que dans le capital dont il avait fait l'avance pendant six années, sans que nuls intérêts ne vinssent compenser le bénéfice qu'il eût fait avec celte somme dans son commerce de diamants. De là des lenteurs qui impatiejitaient le cardinal et qui l'inquiétaient j il accusait en secret la maladresse de son mandataire, bien qu'en lui écrivant il

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se défendît d'uue semblable pensée. L'évéque d'Orange, qui tenait à conserver la faveur du cardinal et qui ne se dissimulait pas que sous ces apparences se cachait un réel mécontentement, imagina, pour calmer l'irritaliou de Sou Eminence à son endroit, de lui faire un cadeau; il le savait grand amateur d'objets d'art et il lui envoya deux tableaux. Ce don, tout au contraire, eut pour effet de porter davantage sur les nerfs du cardinal ; il était trop riche pour que de petits présents pussent lui être agréables, et ils semblaient solliciter un retour bien plus considérable et qui n'était pas de son goût; aussi s'empressa-t-il d'avertir le prélat mal avisé, qu'il acceptait pour cette fois, mais de ne plus se mettre en peine à l'avenir de lui faire des cadeaux. Pour surmonter les difficultés de la remise des diamants, Serroni consentit enfin à tenir compte des intérêts de la somme prêtée, promesse qui ne fut qu'imparfaitement tenue ainsi qu'il sera bientôt constaté; mais le prêteur qui ne pouvait soupçonner un leurre n'avait plus de motifs pour différer la livraison des diamants; celle-ci fut retardée cependant par les circonstances qui suivent. Le cardinal avait envoyé des instructions afin que le détenteur n'insérât pas dans son reçu des réserves qui plus tard pourraient devenir matière à procès; et, dans le même but, il avait recommandé à son mandataire, dont il redoutait probablement quelque excès de zèle, de ne pas exiger un reçu d'une somme supérieure à celle qui serait elfectivement payée; mais il insistait sur une clause dont on verra l'importance : si le reçu ne devait porter quittance que de la somme de soixante mille livres, il devait en plus porter décharge de toute réclamation ultérieure. De son côté, le

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marchaud réclamait que le reçu des diamants signé par un sieur Jean Martin lui fût rendu. Quant aux fonds nécessaires pour faire la somme de soixante mille livres avec les intérêts, le cardinal y pourvut de diverses manières : La Varroye, commis de l'extraordinaire des guerres à Lyon, reçut l'ordre de fournir la somme principale de soixante mille livres, soit à Lyon, soit à Toulon, au choix de l'évêque d'Orange; et pour le payement des intérêts, Colbert reçut Tordre d'apurer les comptes du prélat afin d'établir les sommes disponibles qui pouvaient rester entre ses mains.

Désormais il ne restait plus qu'à rentrer en possession des bienheureux diamants ; mais ils fuient pour ainsi dire sous les doigts qui vont les saisir. Us n'étaient plus à Barcelone et avaient été transportés à Gênes, oii il fallait les chercher. L'évêque d'Orange se mit en rapport avec un marchand de diamants, nommé Savoy, établi à Toulon, offrant une solide garantie pécuniaire, et il fut convenu que celui-ci se rendrait à Nice, oii de Gênes, le détenteur des diamants se rendrait de son côté. Savoy partit pour Nice et attendit le détenteur des diamants qui n'arrivait pas. De là perplexités nouvelles du cardinal et de l'évêque d'Orange; les diamants seront-ils rendus? ou, s'ils sont rendus en apparence, ne prépare-t-on pas quelque supercherie pour substituer d'autres diamants de moindre valeur à ceux qui ont été mis en gage? Alors recommandations du cardinal à son mandataire de ne pas manquer de faire la minutieuse constatation de l'identité des diamants. Serroni tâchait de se rassurer lui-même et de rassurer le cardinal en faisant valoir que Savoy présentait trop de garanties de

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responsabilité pour se risquer aux conséquences d'une fraude.

Les anxiétés eurent enfin leur terme, etTév êque d'Orange put commencer sa lettre du IG mai 1656 au cardinal par cette phrase de soulagement : « C'est assuré que je puis dire à Votre Éminence que toutes les longueurs pour les pierreries sont terminées, puisque je les ai entre les mains au nombre de sept diamants. » Lorsque ces diamants avaient été remis, leur parfaite identité avait été constatée.

La satisfaction était cependant encore incomplète, parce que le reçu du marchand ne portait que la somme effectivement payée, soixante mille livres, reçu donné au roi sous le nom duquel le cardinal s'était abrité durant tout le cours de celte négociation. Ce reçu ne portait pas une entière décharge par une raison facile à comprendre, puisque non seulement les intérêts stipulés restaient à payer, mais qu'il était même dû davantage. A cet égard, cette même lettre du 16 mai (1) nous apporte une révélation inattendue ; ce n'était pas soixante mille livres seulement, mais cent mille livres qui avaient été prêtées sur le gage des diamants. A l'époque du prêt, il y avait eu évidemment des raisons de dissimuler une partie considérable de la somme, le prêteur n'avait probablement pas en main ses preuves, car il les aurait produites, et ou ne voulait lui rembourser que la somme dont il apportait la preuve ; c'était une différence de quarante mille livres dont le cardinal se serait assuré la possession définitive par une quittance entière et sans réserves.

(1) V oy. cette lettre à V Appendice.

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Les cent mille livres avaient été bien réellement prêtées, la correspondance échangée entre le cardinal et l'évéque d'Orange ne laisse pas le moindre doute à cet égard; alors on comprend que le prêteur voulût faire des réserves, en attendant de pouvoir retrouver les preuves qui lui manquaient; il faut cependant qu'il conçût la crainte de n'y jamais parvenir, puisqu'il finit par accepter un arrangement proposé par l'évéque d'Orange. Il consentit à donner décharge entière des dix mille pistoles et même des intérêts de six années, moyennant la remise d'une dette de quatorze mille livres qui fait entrer en scène un personnage dont nous avons eu déjà occasion de parler, Pierre de Marca, savant docteur en matières ecclésiastiques, auteur du traité De concordid Sacerdotil et Imperii, et d'autres ouvrages sur des questions religieuses, successivement évéque de Conserans, archevêque de Toulouse, archevêque de Paris, qui mourut en 1G61, le jour même de la réception de ses bulles pour ce dernier siège (1). Avant d'entrer dans les ordres, il avait été premier président du parlement de Béarn, explication de son goût et son entente pour les affaires et de son immixtion dans celle dont nous nous occupons. Le Visiteur de France en Catalogne, charge que nous verrons bientôt occupée par l'évéque d'Orange, avait, lors de l'engagement des diamants, avancé quatorze mille livres au marchand pour parfaire la somme prêtée par celui-ci :

(1) CcUe mort si prompte donua lieu i celte plaisante épitaphe :

Ci-gJt l'illustre Marca Que le plus jjrand des rois marqua l'our le prélat de sou église; Mais la mort qui le remarqua, Et qui se plaît à la surprise, Tout aussitôt le démarqua

on pourrait croire que AI. de Alarca éïait lui-même pour une part daas ce prêt, puisque le billet qui le constatait était souscrit à son nom. L'acquittement de cette dette de quatorze mille livres incombait donc au cardinal, et, pour y faire face, l'évéque d'Orange dut supputer les ressources qui restaient entre ses mains, vingt mille livres seulement; or il avait encore à payer une recrue de cinq cents Italiens et à assurer la subsistance d'un corps de troupes qui quittait la Provence pour se rendre à la Fère. Les affaires du cardinal obtinrent la prééminence par ce motif qu'avant de donner son reçu, tel qu'on le lui demandait, le marchand de diamants exigeait que le reçu de quatorze mille livres qu'il avait remis à AI. de Alarca lui fut rendu.

Les besoins d'argent créés pour se procurer les sommes nécessaires pour dégager les sept diamants entraînèrent encore l'intervention du chevalier Paul, auquel recourut l'évéque d'Orange. Ce rude marin (1) n'en était pas moins, comme Fabert, un peu courtisan, et le prélat n'eut qu'à se louer, ainsi qu'il le témoigne, de l'empressement du commandant de l'escadre de Toulon à lui remettre trois mille livres prélevées sur la rançon de prisonniers siciliens, somme que le cardinal s'adjugea sans se préoccuper autre-

(1) Les Archives du ministère des Affaires étrangères possèileiit de nombreuses lettres adressées par le chevalier Paul an cardinal Alazarin. Dans le Voyage de Chapelle et de Bachaumont on lit ce passage : " Xous trouvâmes (à Toulon) AI. le chevalier Paul qui par sa charge, par son mérite, par sa dépense est le premier et le plus considérable du pays :

« C'est ce Paul dont l'expérience

« Gourmande la mer et le veut,

« Dont le bonheur et la vaillance

u Rendent formidable la F'rance

" A tous les peuples du Levant. >

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ment du sort de ces malheureux. Ces rauçous, détournées de Jeur destination, devenaient l'un des affluents de ce Pactole qui avait son embouchure dans les poches de Mazarin.

L'impatience du cardinal de ravoir ses diamants était grande; mais il lui fallut attendre, le soin de les lui apporter ne pouvant pas être confié au premier venu ; il était trop prudent pour ne pas faire passer la sécurité avant la promptitude. 11 avait songé à se les faire apporter par le duc de Mercœur, gouverneur de Provence, mais au lieu de pouvoir se rendre à Paris, celui-ci fut obligé de prolonger son séjour dans son nouveau gouvernement. L'échange des lettres pour trouver un messager sûr se prolongea entre le cardinal et l'évéque d'Orange. Ces lettres, autant que l'impatience du cardinal, confirment clairement que ces diamants appartenaient bien au premier ministre, et nullement au roi, dont le nom n'avait été invoqué que pour faire aboutir d'autorité l'heureuse négociation dont le résultat avait été à l'encontre de ce qui se passe d'ordinaire, puisque Temprunteur, rentré dans son gage, au lieu de payer les intérêts de la somme prêtée, avait prélevé un bénéfice en ne payant pas Fintcgralité de sa dette.

Ces diamants n'étaient pas encore envoyés qu'un changement s'opérait dans la situation de l'évéque d'Orange ; le cardinal le prévenait que le roi l'avait relevé de ses fonctions d'intendant de la marine à Toulon pour lui confier celles de Visiteur général en Catalogne, fonctions qui étaient un cumul avec celles d'inspecteur et d'intendant de l'armée française dans cette province (1), ainsi que les

(1) Le marquis de Sourches, dans ses Mémoires que nous publions, qua-

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lettres du cardinal et du prélat nous en fournissent la preuve (1). Ce changement pouvait passer pour une faveur; l'armée de Catalogne avait pour général en chef le prince de Conti ; elle tenait la campagne , pouvait exécuter des opérations importantes, et sa solde, son équipement, son ravitaillement constituaient de multiples attributions qui ne pouvaient être confiées qu'à un homme rompu au maniement des affaires. Hyacinthe Serroni, bien qu'ambitieux, n'accueillit cependant pas cette nomination avec plaisir. L'éloignement plus grand où il allait se trouver de son évèché d'Orange lui semblait-il pénible? Ce n'était point probablement son motif, puisqu'il se détacha facilement plus tard de cet évêché pour passer à celui de Mende, puis à celui d'AIby, en 1676. Par son crédit, il fit élever Alby, en 1078, au rang d'archevêché, à la condition d'abandonner douze mille livres de rente à l'archevêché de Bourges dontl'évêché d'AIby était suffragant (2).

Quels que puissent avoir été les motifs de l'évêque d'Orange, il témoigna son peu de satisfaction par le peu d'empressement qu'il mit à se rendre à son nouveau poste malgré le pont d'or sur lequel il n'avait qu'à passer, mille livres par mois, qui représenteraient de nos jours des appointements de soixante mille francs par année ; plus l'honneur et la commodité d'avoir à sa disposition pour le

lifie en propres termes l'évêque d'Orange du titre d'intendant de l'armée de Catalogne, t. II, p. 3. D'après le Dictionnaire de Trévoux, les fondions de Visiteur seraient les mêmes que celles d'Inquisiteur général; mais toute la suite de la correspondance de l'évêque d'Orange avec le cardinal Mazaria prouve que ce ne sont pas ces fonctions qui lui furent confiées.

(1) Archives du mi?iistère des Araires étrangères.

(2) Hyacinthe Serroni mourut en 1687 sur le siège d'AIby.

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voyage un navire de l'Etat. Le cardinal lui exprima son étonnement de sa lenteur à se conformer aux ordres envoyés. Gravier était désigné pour le remplacer dans l'intendance de la marine à Toulon ; l'évêque d'Orange devait l'avoir sous lui jusqu'à son départ, l'initier aux détails du service, et spécialement donner un dernier coup d'œil aux intérêts d'argent du cardinal, afin que rien ne fut détourné, particulièrement du montant du tiers des prises maritimes, armes, munitions et marchandises que ce corsaire d'un nouveau genre s'attribuait sans périls et sans scrupules au préjudice de l'Etat. Nous avons eu occasiou de constater qu'un autre tiers de ces prises était réservé à la reine. Charles Colbert, employé alors dans les intendances, plus tard diplomate et ministre, exerçait en Provence la mission spéciale de s'occuper de ces affaires privées du cardinal, mission à laquelle Gravier devait être substitué. Une occasion sûre ne s'était pas encore présentée pour l'envoi des diamants, lorsque l'évêque d'Orange reçut du cardinal l'ordre de les remettre entre les mains de Henri de Forbin d'Oppède, premier président au parlement d'Aix, qui avait épousé une parente de Colbert. Forbin cumulait les fonctions de premier président avec celles d'intendant de la Provence. Par un privilège unique et déplorable, puisqu'il confondait dans la même personne le pouvoir exécutif et l'autorité judiciaire, l'intendance dans cette province était toujours jointe à la première présidence du parlement. Henri de Forbin, issu d'une famille italienne devenue illustre en Provence (1), ne se souciait guère

(1) Palamèdc de Forbin, président de la Chambre des comptes et conseil-

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d'apporter même de simples palliatifs à cet abus. Il appartenait par ses sentimenls à celte école funeste que les révolutions ont fait de plus en plus pulluler de nos jours, il était de ces magistrats qui considèrent leurs fonctions, non comme un sacerdoce, mais comme une situation propre à servir leur ambition et leurs passions, rendant parfois cependant des arrêts justes quand ils n'ont pas intérêt à en rendre d'injustes. La France ancienne et moderne est en possession de lois si nombreuses et si compliquées que dans une même affaire les deux avocats adverses peuvent plaider le pour et le contre en s'appuyant sur des textes, et que les juges, sans s'inquiéter de l'équité, peuvent donner à volonté gain de cause à l'une ou l'autre partie en invoquant des articles de loi. Forbin d'Oppède fut l'émule de son contemporain le chancelier Séguier, qui devait apporter une si odieuse partialité dans un procès célèbre. Fouquet put jeter à la face de Séguier une accusation de haute trahison pendant la Fronde de Paris, accusation qui méritait de faire descendre le chancelier du siège du juge au banc de l'accusé ; mais le juge ambitieux et sans conscience se fit un front d'airain et persista à se draper dans sa toge qui aurait dû produire sur lui l'effet de la tunique de Nessus (1).

1er (le Charles d'Anjou, comte de Provence, décida ce prince à léguer ses États à Louis XI. Toussaint de Forbin-Jansou, cardinal et grand aumùnierde France, rendit d'importants services auprès du Saint-Siège. Claude de l'^orbin devait devenir le chef d'escadre, auteur d'intéressants Mémoires. D'illustres personnages dans cette maison ont donc atténué une tache que l'impartialité de l'historien nous oblige à signaler.

(1) Répondant sur le chef d'avoir commis un crime d'Etat en fortifiant Belle-Islc, Fouquet répondit au chancelier : a Je confesse, monsieur, que c'est une extravagance ; mais ce n'est pas un crime d'Etat ; je supplie ces messieurs, dit-il, en se tournant vers les juges, de trouver bon que j'explique

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De même pendant la Fronde de Provence, le président d'Oppède s'était montré parmi les plus ardents ; mais quand la Fronde fut abattue, il fut, dit Mademoiselle (1), a chaud et emporté pour le parti du roi, comme il l'avait été pour l'autre )5 . En anticipant de quelques années sur les événements, nous rencontrons à la charge de Forbin ce détail révoltant ; cette même princesse raconte que, se trouvant à Aix avec la cour pendant l'hiver de 1G60 (2), elle intercéda vainement en faveur d'un capitaine dans le régiment de Valois, condamné par lui aux galères pour avoir participé aux mouvements séditieux. Le premier président répondit par un refus à Mademoiselle, et celle-ci eut la douleur de voir passer sous ses fenêtres le malheureux officier conduit à la chaîne. La princesse navrée se retira de sa fenêtre ; elle a consigné sa douloureuse impression dans les termes suivants : « Je vous avoue que cela me fit d'autant plus de peine que je savois que c'étoit le premier président lui-même qui l'avoit engagé dès le commencement des troubles dans le parti. «

Nous avons cru intéressant de faire connaître par ces faits, appuyés sur la citation d'autres faits analogues, le

ce que c'esl qu'un crime d'Etat; c'est quand on est dans une cliarac principale, qu'on a le secret du prince, et que tout d'un coup on se met du côté de ses ennemis, qu'on engage toute sa famille dans les mêmes intérêls, qu'on fait ouvrir les passages par sou <;cndrc (le duc de Sully) et ouvrir les portes à une armée étrangère. Voilà, messieurs, ce qu'on appelle un crime d'Etat, s — De même que pour la maison de Forbin, il est juste de rappeler que la maison de Séguicr a dissipé certaines ombres par l'éclat de son illustration.

(1) Voy. les Mémoires de celte princesse.

(2) La cour attendait en Provence le moment de se rendre sur les bords de la Bidassoa pour la célébration du mariage du roi avec l'infante d'Espagne.

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caractère des personnages qui furent appelés à participer au recouvrement des pierreries engagées.

Les sept diamants furent donc remis entre les mains du président d'Oppède avec accompagnement de précautions spéciales, conformément aux prescriptions du cardinal. Ces diamants lui furent montrés d'abord afin qu'il en donnât un reçu en bonne forme, reçu que Forbin eût sans doute refusé de donner s'il ne les avait vus; ensuite ils furent empaquetés et soigneusement cacbelés. Le premier président n'avait pas à apporter lui-même à Paris le précieux colis, mais à le remettre à M. de Lesseins chargé de cette mission finale. Ce gentilhomme avait été envoyé en Provence, au nom du roi, au-devant de la reine Christine de Suède arrivant de Rome et débarquée à Marseille ; il devait l'accompagner dans son voyage en France. M. de Lesseins, mis en possession du paquet cacheté, annonça au cardinal qu'il était prêt à lui apporter les précieux diamants enfin bien près de parvenir au terme de leurs vicissitudes.

Tout nous porte à croire que ces sept diamants ont fait partie de la collection des dix-huit diamants exceptionnels par leur beauté dont le cardinal fit don au roi par son testament et qui furent appelés les dix-huit Mazarins. Avant de conter leur histoire, il ne sera pas sans intérêt de donner dans une courte digression celle de quelques-uns des diamants les plus connus, en commençant par l'étymologie de ce roi des joyaux. Diamant vient du mot grec Adamas qui signifie indomptable; en effet il résiste au feu et fut longtemps indomptable à la taille, à défaut de la connaissance des procédés qui permettent de le polir, à

facettes dont chacune, par réflexion de la lumière, lance de vifs rayons de couleur rouge, jaune, verte et bleue. Les mines de Golconde, dans la Mongolie, ont fourni les plus anciens et les plus précieux diamants dont plusieurs ont reçu des noms particuliers.

La Montagne de lumière, qui a appartenu au Grand Alogol, puis au roi de Lahore, est sortie de Golconde; elle est devenue la propriété de la Compagnie des Indes : celle-ci l'a offerte à la reine Victoria dont elle est le plus riche joyau. Le Sancy est le premier diamant qui ait été taillé. Charles le Téméraire le portail à la bataille de Nancy où il perdit la vie; un soldat suisse, qui s'en empara mais qui en ignorait la valeur, le vendit un florin. Il passa au roi de Portugal qui le céda à Achille de Harlay, baron de Sancy, évéque de Lavaur à vingt ans; ce jeune prélat quitta la crosse pour prendre l'épée, puis revint à la crosse et mourut évêque de Saint-Malo, après avoir laissé une réputation sans tache comme militaire dans les campagnes d'Espagne et d'Italie ; comme voyageur dans les divers Etats de l'Europe; comme collectionneur de manuscrits précieux des Livres saints en hébreu, en arabe, en syriaque, en chaldéen; comme ambassadeur à Constantinople; comme président des états de Bretagne; enfin, dans la dernière période de sa vie, comme évêque dévoué à ses devoirs les plus austères. Ce fidèle serviteur de Henri III, afin de procurer au roi par un emprunt les ressources nécessitées par les malheurs de la guerre civile, mit en gage le Sancy. Le messager qui le portait, attaqué par des brigands, avala la précieuse j)ierre et fut assassiné. Ce diamant retrouvé dans son corps devint successivement la

propriété de Jacques I" et de Charles T', rois d'Angleterre ; il fut acheté parle cardinal Alazariii d'Henriette de France, veuve de Charles I". Cette princesse descendue du trône l'avait, dans sa détresse, sur laquelle le cardinal ne manqua pas de spéculer, engagé au duc d'Epernon. Le Sancij fit certainement partie des dix-huit diamants légués au roi par le cardinal Mazarin, puisqu'il est entré en la possession de Louis XIV, ensuite de Louis XV dont à son sacre il ornait la couronne.

Le Régent j ainsi nommé parce que le régent en fit l'acquisition, fut acheté de Pitt, gentilhomme anglais, au prix de deux millions cinq cent mille francs; on l'estime environ dix-huit miUions. Entre tous les gros diamants, il est le plus limpide; volé pendant la Révolution, une dénonciation anonyme le fit retrouver dans un fossé de l'avenue des Veuves, aux Champs-Elysées. Il a servi d'ornement au pommeau de l'épée de Napoléon.

VOrloJJ] possédé par la couronne de Russie, fut acheté par l'impératrice Catherine, d'un Anglais, moyennant treize milUons, une rente viagère de cent mille francs et un titre de noblesse. Cet Anglais l'avait acquis d'un soldat qui l'avait dérobé dans une pagode indienne où il formait l'un des yeux d'une idole.

V Etoile du Sud, appartenant au Brésil, le plus gros des diamants connus, d'une valeur de quelques millions, en vaudrait cent cinquante mille si quelques défauts n'altéraient ses feux.

Revenons aux dix-huit Mazarins qui figurent dans la nomenclature des diamanis célèbres et suivons leur destinée. Parmi eux figurait le Sancij dont nous avons parlé,

qui fut volé au Garde-Meuble en 1792, qui fut reconnu en 1808 clans le trésor d'Espagne et qui est devenu en 1829 la possession de la famille Demidoff.

Un autre diamant connu, également acheté par le cardinal, fut le Miroir de Portugal. Le cardinal Mazarin faisait, nous l'avons déjà constaté plus d'une fois, rechercher de toutes parts les plus beaux diamants et ne manquait jamais les occasions avantageuses; au nombre de celles-ci il avait profité de la détresse de la veuve de Charles F', il profita également de celle de la reine Christine après son abdication. L'orfèvre Lescot était l'agent ordinaire de ces achats, pour lesquels il entreprenait constamment de grands voyages. En définitive, le cardinal légua au roi, parmi ses -diamants, les dix-huit plus beaux qu'il eût en sa possession ; ceux-ci vinrent accroître la collection des diamants de la couronne, collection qui ne remontait qu'au règne de François F' à l'occasion de son mariage avec Eléonore d'Autriche, sœur de l'empereur Charles-Quint, à laquelle il offrit une splendide corbeille.

Des lettres patentes du 15 juin 1530 créèrent le trésor des joyaux de la couronne déclaré à jamais inaliénable; il valait alors environ trois millions sept cent mille francs ; il provenait en majeure partie des apports d'Anne de Bretagne. Henri II et François II en augmentèrent la valeur, le diamant de la Grande Table, acquis par Henri II, fut cédé par Catherine de Alédicis à l'Angleterre.

A l'époque de la Révolution, les diamants de la couronne, qui valaient vingt-cinq millions , furent volés au Garde-Meuble ; lors de ce vol, il ne restait plus que seize Mazarins; Napoléon fit rechercher ces diamants et ne put

MAZARIX ET COLBERT. 21

recouvrer que huit Mazarins, au nombre desquels le Sancxj. Pendant les Cent-jours, Louis XVIII emporta à Gand les diamants de la couronne. C'était la seconde fois qu'ils sortaient de France, puisqu'une première fois le cardinal Mazarin partant pour l'exil les avait emportés avec lui; nous avons été le premier, nous le croyons, à révéler ce fait qui avait été tenu secret (1).

La République de 1848 a été l'occasion du vol d'un certain nombre des diamants de la couronne. La République actuelle a détruit ce trésor de la monarchie, évalué vingt et un millions, par une vente à l'encan, ne gardant que le Régent^ évalué douze millions ; il a été réservé au Musée du Louvre avec quelques autres diamants en petit nombre, dont un seul Mazarin parmi les huit qui restaient encore.

(1) Voy. t. I", chap. ii, p. 55.

APPEXDICE

L EVEQLK [-Zj D ORANGIO A MAZAIUV.

'• A Marseille, O'' norenibre 1655.

1! Je m'étois donné l'honneur de répondre à Votre Eminence touchant l'affaire des pierreries, et je lui avois marqué que le marchand qui les avoit en gage ne s'en vouloit désaisir que moyennant six mille pistoles qu'il avoit déboursées; que pour les dix mille qu'on lui en avoit offert, il refusoit de les vendre. Du despuis Votre Eminence n'a envoyé aucun ordre là-dessus, ce qui a été cause que je n'en ai plus parlé ni traité avec le correspondant du marchand qui est à Toulon. Lorsque je serai de retour en ladite ville, je renouerai l'affaire, et par l'ordinaire prochitin marquerai en détail à Votre Eminence Testât d'icelle. «

>i A Toulon, 16 noreiubre 1655.

Ci J'ai parlé au marchand correspondant de celui qui a les pierreries qui furent engagées à Barcelone, auquel on m'a dit avoir renvoyé tous les papiers, mais qui les a envoyé quérir de nouveau pour m'en donner copie que je remettrai à Votre Eminence. Il persiste que l'argent effectif desboursé a été six mille pistoles, et que pour retirer les pierreries il faut une pareille somme et les intérêts de six ans; mais je lui ai protesté qu'il n'y a riea à espérer pour les intérêts. »

(L) Les lettre.s inédiles de cet .4 /;/;e«rf/ce sont tirées des Archires des Affaires étrangères, France, vol. 897 et 89S.

(2) Hyacinthe Serroni, évèque d'Orange, du V juin 16 V7 i 1601.

MAZARIM ET COLBKRT. 23

i> A Toulon, li décembre 1655.

u J'envoie à Voire Émiacnce les papiers que le correspondant du marchand de Barcelone, qui a les sept diamants, m'a remis. Je l'ai fort ébranle, lui ayant fait connoître qu'outre qu'on ne trouvera personne qui veuille donner soixante mille livres de ces diamants, la Cour d'ailleurs n'en souffrira jamais la vente, et que partant le marchand doit accepter l'offre que Votre Éminence lui fait de les racheter pour six mille pistoles. Il veut attendre la réponse de celte ancienne lettre que Votre Eminence faira faire, si elle l'a pour agréahlc, en façon que je la puisse montrer audit marchand auquel je ne me suis pas découvert sur le pouvoir qu'elle m'^ donné d'aller jusqu'à huit mille pistoles, prétendant me ménager en façon que je les aie à meilleur compte si je puis. "

« A Toulon, 5 janïicr lC5(i.

« J'ai écrit au marchand correspondant de celui de Barcelone qui a les diamants de venir ici pour travailler à la conclusion du dégagement de ces pierreries, et Votre Eminence doit être assurée que je ferai tout mon possihle pour les retirer au prix de six mille pistoles. n

« A Toulon, G janvier 1650.

« Le marchand de diamants désire pour sa décharge de retirer un reçu que le sieur Jean Martin, de Barcelone, a fait des diamants, qui se trouve au pouvoir de Votre Eminence, et en tout cas, si ce reçu étoit égaré, il est nécessaire de m'envoyer un ordre du Hoi pour retirer les diamants, en vertu duquel je donnerai mon acquit au marchand ; lequel veut cstre déchargé valablement, et se mettre en état de n'être jamais plus recherché, cet ordre du Roi servant encore à l'autorisation de ma quittance. 11

24 MAZARIX ET COLBERT.

MAZ.ARIX A l'kVKQUE d'oRAXGE.

« De Paris, IS' janvier ]Gô6.

u J'attendrai des nouvelles de ce que vous avez fait avec le correspondant du marchand qui a les pierreries; cependant je me remets sur ce sujet à mes précédentes. »

i. De Paris, 1"'' janvier liiJG.

u Je n'ai jamais eu l'intention de diminuer le mérite de vos soins et de vos diligences dans l'affaire des diamants, et quand j'ai dit que je m'estonnois de la difficulté que faisoit le marchand, veu que ces pierreries ne valoient pas la somme qu'on lui en a offert, j'ai plustost blasmé son obstination que vouloir frustrer sa dextérité et votre patience de la louange qui lui est due. Je vous envoyai la semaine passée soixante mille livres pour les payer et je vous réplique de rechef que c'est plus qu'elles ne valent; mais puisqu'il veut absolument avoir les six mille pistolles, je lui en fais donner la valeur, et vous y suppléerez des deniers que vous avez à moi. Pour ce qui est du reçu, il n'importe pas qu'il le donne d'une plus grande somme qu'il ne reçoit, pourveu qu'il déclare qu'il est comptant de six mil pistolles, qu'il tient le Roi quitte et qu'il ne prétend rien pour le surplus, et cela dans la meilleure forme et dans les termes les plus précis qu'il sera possible. »

« De Paris, le 2"'' janvier 1(>5G.

« Ce n'est rien si le marchand qui a les pierreries ne donne quittance de la somme entière ; car ce seroit toujours une queue pour intenter un procès, et il faut trancher une fois pour toutes la racine de ces chicanes là. n

" De Paris, le 3^ febvrier 1656.

« Je vous envoyerai l'argent pour les pierreries mardi prochain sans faute avec toutes les expéditions que vous demandez pour cela. "

MAZARIX ET COLBERT. 25

« De Paris, 10 febrrier 1656.

K Je vous envoie aussi un ordre du Roi pour retirer les pierreries qui furent engagées en Catalogne durant les troubles; dans lequel ordre sont spécifiés les sept diamants dont est question. Vous n'avez qu'à l'endosser de votre reçu qui servira de décharge à l'engagiste. Pour ce qui est de l'argent, le sieur de la Varroye, commis de l'extraordinaire des guerres à Lyon, a ordre de fournir la somme de soixante mille livres cà Lyon ou à Toulon, à votre choix, et sans aucuns frais, de sorte que vous n'avez qu'cà vous entendre avec lui là-dessus. V-ous prendrez garde, s'il vous plait, que les diamants soient les mêmes qui sont désignés dans l'ordre du Roi et dans l'acte d'engagement dont vous m'avez envoyé copie, et après que vous les aurez retirés, vous les garderez par devers vous jusqu'à nouvel ordre, n

« A Paris, le 24 février 1656.

" Je vous ai envoyé l'argent pour retirer les pierreries, et je vous en ai écrit si au long la semaine passée que je n'ai qu'à me remettre à ma précédente.

" Je vous remercie des deux tableaux que vous m'envoyez, je ne les ai pas encore reçus; mais il ne faut pas que vous vous mettiez en peine de me faire des présens, je les reçois pour cette fois, n

1,'ÉVÈQUE d'orange A MAZARIM.

" A Marseille, 8 mars 1656.

« Le correspondant du marchand de pierreries ne s'est pas encore rendu ici, et je me vois obligé de différer la conclusion de cette affaire jusques à mon arrivée à Toulon. Aujourd'hui que j'ai l'ordre du Roi dans la forme que j'avois demandée, et que le receveur de la Savoie m'a fait tenir tout le reste des soixante mille livres. Votre Eminence verra avec quel soin et avec quel ménage je travaillerai à lui donner contentement là-dessus. »

26 MAZARIX ET COLBERT.

MAZARIX A l'ÉVÊQUK d'o RANGE.

'^ A Paris, le 15 mars 165G.

t; J'ai VU ce que vous m'avez écrit par votre lettre du 8 de ce mois; maintenant que vous avez l'ordre du Roi en la forme que vous avez souhaitée et le fonds nécessaire pour retirer les pierreries, c'est à vous de prendre votre temps pour achever cette affaire, et l'on s'en remet à votre prudence, n

l'évèqlk d'orangk a mazarix.

" A Toulon, le 28"^ mars 1650.

« J'attends le marchand des pierreries à tout moment pour les retirer. Je supplie Votre Eminence de tenir l'affaire pour conclue, car j'y tiens la main de la bonne sorte. "

t a Toulon, le i"" avril 165G

u Monseigneur,

ii J'avois déjà songé à faire examiner sans bruit les pierreries, lorsqu'elles seront venues, par des gens qui s'y connoissent; car ce transport que l'on en a fait en divers pays donne effectivement du soupçon, et d'autant plus qu'on me dit maintenant que les pierreries doivent venir de Gènes où elles avoient été transportées. Mais Votre Eminence doit être persuadée que je prendrai le soin qu'il faut de cette affaire, et que même recevant les pierreries, le marchand qui est ici correspondant de celui qui les a, s'obligera envers moi de les maintenir pour celles qui furent engagées à Barcelone, et, de cette façon, on pourra en être plus asseuré, puisque ledit marchand est un homme assez riche et commode. Je n'ai garde de me défaire de largent sans avoir été au préalable bien asseuré de l'état véritable des pierreries, lesquelles, comme je ne les ai point encore reçues, je ne puis pas les envoyer par M. le duc de Mercœur, ainsi que Votre Eminence m'avoit commandé. ^

MAZARIX ET COLBERT. 27

MAZARIX A l'ÉVÉQUE d'oRANGI;.

« De Paris, le 5 avril 1G5G.

u Vostro lettre du 28 m'a este rendue. Il me semble que l'affaire des pierreries tire un peu de longue. Je vous prie de rechef de la terminer et de vous prévaloir, s'il est possible, de l'occasion du voyage que M. le duc de Mercœur doit faire icy, comme je vous ay desjà mandé. »

l'évêquk d'orangm a mazaiun.

.. A Toulon, le 18 avril l(i5(j.

K Monseigneur,

« J'avoue que l'affaire des pierreries tire un peu de longue ; mais je supplie aussi Votre Éminence d'avoir la bonté de considérer que le marchand n'est parti pour les aller quérir à Gênes qu'après que l'argent a été venu et qu'il a été assuré par la lettre de change que je lui ai fait voir qu'il étoit entre mes mains, et d'ailleurs il faut du temps pour venir de Gênes ici ; mais il n'y a rien à craindre de cette longueur, d'autant (jue le correspondant de celle ville qui m'a fait voir la lettre de l'arrivée du marchand à Gênes et qui marque qu'il en doit revenir bientôt, est homme riche et obligé envers moi pour me répondre de toutes choses, en façon qu'il ne peut plus reculer. De plus, je l'ai oblige d'expédier un exprès pour solliciter l'affaire, vers Gênes, et d'ailleurs j'ai toute la partie de soixante mille livres entre mes mains. »

» A Toulon, le 8 mai 165G

« Je croyois pouvoir asseurer Votre Eminence par cet ordinaire d'avoir retiré les pierreries ensuite des assurances que j'avais eues du marchand de cette ville, nommé Savoy, corresrespondant de l'autre, lequel doit partir, pour les aller prendre à Nice, oij le marchand qui les est allé quérir à Gênes lui a donné rendez-vous; et, pour accélérer l'affaire, je l'ai fait suivre

28 MAZARIX' ET COLBKRT.

aussitôt par mer par mon secrétaire, lequel, par la lettre qu'il m'écrit et que j'envoie à Votre Eminence, me marque que l'homme n'est pas encore venu à Gênes, mais qu'il ne faut pas douter de l'affaire. Il ne bougera pas de Nice que tout ne soit conclu, et cependant je suis dans la méflance aussi bien que Votre Eminence pour ces longueurs, et pas par crainte de quelque supercherie aux pierres, comme elle appréhende, puisque cela coûteroit trop au marchand de cette ville qui me sert de garant, mais plutôt pour attendre réponce de quelques personnes intéressées peut-être en l'engagement qui fut fait à Barcelone. Votre Eminence doit croire que je fais toutes les diligences possibles et que je ne perds pas un seul moment de temps. »

.MAZARIX A l'ÉVÊQUE d'oRAXGE.

« De Paris, le li* raay 1G5G.

« Vous m'envoyez certains mémoires de recettes et dépences qui ne m'éclaircissent pas ce que le sieur Colbert vous laissa, et de celui que vous avez reçu encore depuis pour moi, comme aussi de la dépence que vous en pouvez avoir faite distincte et séparée de celle des deniers du Roi, afin que je puisse connoitre ce qui vous reste entre les mains et me pourvoir aussi du mieux que je pourrai pour mon remboursement. »

1,'ÉVÊQUE d'oRAXGE A MAZARIX.

" A Toulon, 16« raay 16.-)G.

« Monseigneur,

« C'est assuré que je puis dire à Votre Eminence que toutes les longueurs pour les pierreries sont terminées, puisque je les ai entre les mains au nombre de sept diamants. Je les ai fait examiner à mon orfèvre sur le mémoire et sur la description qui est portée par l'ordre du Roi. Il trouve qu'ils sont les mesmes ; mais comme je ne m'y connois pas, je m'en rapporte au dire du maître, bien que je ne croie point qu'il y voie aucune supercherie pour la condition des pierreries, d'autant que le corres-

MAZAUIX ET COLBERT. 29

pondant du marchand qui les avoit m'en répond, et il a de quoi perdre ; mais je crois plutôt que ces longueurs n'ont procédé que de quelques réponces qu'on attendoit des personnes intéressées dans l'engagement, et du grand pas que ces gens avoient à faire, ayant eu toutes les peines du monde à se résoudre à remettre les pierreries pour une somme de soixante mille livres, après avoir donné dix mille pistoles à l'engagement. Maintenant l'affaire est achevée et il ne reste plus qu'à rencontrer une commodité bien asseurée pour les envoyer sans regret à Votre Éminence.

« Le reçu que le marchand de pierreries a fait n'est pas véritablement dans toute la forme que je la sollicitois pour une entière décharge , d'autant (|u'il ne parle que d'avoir reçu soixante mille livres du Roi dont il quitte Sa Majesté ; ce qui, à mon avis, donne lieu à quelque équivoque pour n'expliquer pas clairement si le Roi, en vertu du reçu, est quitte de toute la somme ou seulement de celle de soixante mille livres; mais outre qu'il a fallu se contenter d'un reçu de cette nature après en avoir rejeté beaucoup d'autres, de peur de rompre le col <à l'affaire. J'ai parole du marchand qu'il donnera un reçu aux termes qu'on voudra pour une entière et totale décharge de toute la somme de dix mille pistoles et des intérêts, pourvu que le Roi lui fasse rendre un billet de quatorze mille livres que le marchand s'est obligé de payer à M. de Marca, archevêque de Toulouse, pour le visiteur général en Catalogne, quand les pierreries viendroient à être desgagées, comme intéressé à l'engagement d'icelles; de sorte que si Votre Eminence désire le reçu dans cette forme, elle l'aura aussitôt que M. de Marca aura remis ledit billet. Je m'y aiderai des vingt mille livres que Votre Eminence me lit envoyer dernièrement pour la subsistance et trajet des troupes, en faveur des galères; mais elle aura pu voir par le compte de la dépence que j'ai envoyé combien servira de peu cette partie, et d'autant moins que de ces deniers il en faut payer encore la subsistance des troupes, durant leur trajet, et celle de cinq cents Italiens qui doivent venir, pour lesquels je supplie Votre Eminence de faire mander une route et d'envoyer

30 MAZARIX ET COLBERT.

quelque personne bien capable de les conduire à La Fère (1), leur conservation dépendant principalement de celte conduite, -n

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