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CHAPITRE VI

Second voyage en France de la reine de Suède. — La résidence de Fontainebleau lui est assignée. — Meurtre de Alonaldeschi. — Elle passe à Paris le carnaval de l'année 1658. — Son départ; le président d'Oppède lui refuse mille pistoles. — Projet de sonmariage avec Charles II, roi d'Angleterre. — Echec du duc de Candale en Catalogne; diverses accusations portées contre lui. — Refroidissement passager de Mazarin à son égard. — Mazarin veut lui faire épouser sa nièce Horfense. — Héccption du duc de Candale par l'évèque de V'alence. — Leur rapprothenient après leur brouillerie. — Mort du duc de Candale. — Portrait et caractère d'Hortense Muncini. — Le cardinal destine la main de sa nièce Hortensc au marquis de La Aleilleraie. — Ses motifs. — Opposilion du maréchal de La Meilleraie, qui veut marier son flis à mademoiselle de Brissac. — Intervention de l'archevêque de Rennes eu faveur du marquis de La Meilleraie. — Letlre désespérée du marquis de La Meilleraie au cardinal Alazarin. — Le maréchal de La Meilleraie renonce à son opposition en considération de la reine. — Le mariage est décidé et néanmoins différé pendant trois années. — Autres prélendants, pendant cet intervalle, i\ la main d'Hortense. — Caractère étrange du marquis de La Meilleraie qui prend, après son mariage, le titre de duc de Mazarin. — Son vandalisme.

— Sa vie conjugale, ses hallucinations, si jalousie; ses voyages incessants.

— Hortense s'enfuit du toit conjugal. — Elle est arrêtée et enfermée dans un couvent. — Procès au parlement; Hortense s'enfuit hors de France.

— Procès intenté par le duc de ilazarin au duc de Xeveis. — Séjour d'Hortense en Italie. — Son frère la ramène en France. — .Apparence d'un arrangement fait par le roi. — XouvoUes équipées d'Hortense; elle se rend à Rome et en Savoie. — Elle excite la jalousie de la duchesse de Savoie, qui exige son départ. — Hortense se rend en .Angleterre. — Son rôle à la cour de Charles II. — Son entourage. — Son désespoir de la mort du comte de Dauier tué par le comte de Soissons. — Saint-Évremond empêche les résolutions qu'elle voulait prendre. — La mort de (iuillaume d'Orange, roi d'Angleterre, menace de changer la destinée d'Hortense. — Mort d'Hortense. — Son corps réclamé par son mari. — Sa descendance.

APPENDICE

Lettre du président d'Oppède au cardiual Mazarin. — Lettre du marquis de La Meilleraie au cardinal Mazarin.

La fin de rannce 1657 et le coiiiiiienceiiient de l'année 1658 fuicnl signales par la présence eu France, pour h

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seconde fois, de la reine de Suède. Cette étrange princesse s'ennuyait à Rome, la cour do France lui avait plu et elle eût été bien aise d'y fixer son séjour; mais du côté de la cour les sentiments étaient tout autres. La première fois, la nouveauté, et par suite la curiosité, avaient été cause d'un accueil empressé et brillant, l'originalité même de la princesse avait séduit; mais cette impression n'avait pas été de longue durée, on avait fini par se scandaliser et par se lasser de ses manières hardies, de ses lestes propos, de son indiscrète immixtion dans des choses qui ne la regardaient pas; aussi son départ, cpie l'on avait hàlé, avait-il causé une satisfaction qui avait dépassé celle de son arrivée.

Au second voyage de la reine Christine, il fut donc résolu de la tenir à distance et de ne point l'inviter à paraître à la cour. La résidence du château de Fontainebleau lui fut assignée ainsi qu'à sa maigre suite. Se morfondant dans cette solitude tout autant qu'on l'avait espéré, afin de la déterminer à renoncer à la France, elle demanda l'autorisation, qu'on n'osa lui refuser, de se rendre à Paris pour y passer le carnaval de l'année 1658. On se garda bien, cette fois, de lui faire aucune réception solennelle; et pour lui faire mieux comprendre qu'elle ne saurait prolonger son séjour dans la capitale sans y être un sujet de gêne, elle fut logée au Louvre dans l'appartement même du cardinal Mazarin; c'était lui dire clairement qu'il faudrait déloger au pi-emier signal du retour du cardinal. Le choix de cet appartement était d'autant plus significatif que le cardinal aurait pu lui offrir la résidence de son palais Mazarin, ainsi qu'il avait coutume de le faire pour les

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princes étrangers ; comme il n'y habitait pas lui-même, cette désignation n'eût pas emporté Fobligalion d'un séjour aussi limité.

La reine de Suède ne se refusa aucun des plaisirs du carnaval, courant en masque, bals, ballets, spectacles, assemblées de toutes sortes, oubliant toute dignité, se permettant tout, excepté, assure madame de Motteville, les manquements à la chasteté. Elle voulait s'étourdir peutêtre sur le crime qu'elle venait de commettre, car son séjour à Fontainebleau avait été marqué par un drame sanglant. Cette princesse avait fait assassiner, le 10 novembre 1657, Monaldeschi, son écuyer et son flivori, sur quelque soupçon de trahison. Elle avait fait appeler le Père Lebel, supérieur des Mathurins de Fontainebleau, pour confesser ce malheureux, puis elle avait ordonné à Senlinelli, son capitaine des gardes, de le frapper de son épée. La galerie des cerfs, au rez-de-chaussée de celte splendide demeure, galerie sur les parois de laquelle ont été peints, par les ordres de Henri IV, les plans des châteaux et des domaines de la couronne, fut le théâtre de ce drame ; on y voit aujourd'hui, placée sur un mannequin, la colle de mailles avec ses anneaux rompus que Monaldeschi portait sous ses vêtements, et, à côté, l'épée de Sentinelli.

Vainement Christine voulut-elle faire passer la mort de Monaldeschi pour un acte de justice souveraine, l'opinion du moment, l'histoire ensuite, la lui imputent comme un crime.

Le carnaval terminé, la reine de Suède quitta Paris pour retourner à Rome ; son départ fut un soulagement. Elle s'embarqua à Toulon ; mais elle aurait voulu se consoler

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du mauvais accueil qu'elle avait reçu, en emportant de France quelque argent. Elle envoya successivement deux courriers au président d'Oppède pour lui demander mille pistoles, mais celui-ci fit la sourde oreille et rendit compte au cardinal Alazarin de la manière dont il s'y était pris pour décliner poliment cette requête en se retranchant sur ce qu'il n'avait ni ordres, ni argent (1).

Pour terminer avec cette reine étrange, qui ne se consola jamais d'avoir abdiqué sa couronne et qui fit à plusieurs reprises de vaines tentatives pour la ressaisir, mentionnons une circonstance demeurée presque ignorée : un mariage dont il fut question pour elle lui eût permis, s'il se fût accompli, de ceindre encore un diadème. Cliarles II, roi d'Angleterre, fut, en IGGO, pressé de l'épouser; mais il ne put s'y déterminer, alléguant pour molif apparent qu'il était résolu à ne jamais épouser ni une femme du Nord, ni une veuve; or la reine Christine tombait sous l'application de la première de ces résolutions (2).

Le commencement de l'année 1658, déjà marqué pour le cardinal Alazarin par la perte de son neveu préféré, vit encore la mort, sinon du plus illustre par la naissance, du moins du plus brillant par son élégance, des prétendants à la main d'une de ses nièces; nous voulons parler du duc de Caudale. Ce précoce général d'armée, en fin courtisan, et peu pressé d'ailleurs de mettre un terme à

(1) Voy. à V Appendice celte lettre du 16 avril 1658.

(2) Dépêclie datée de Londres, le 4 oclobre 1660, adressée au cardinal Mazariii par M. de Ruviyny, ambassadeur en Angleterre. Aff. étr., Angleterre, vol. 72.

de galants exploits, avait, nous le savons, renoncé à la main d'x^nne-Marie Alartinozzi, pour laisser la place an prince de Conti. Toutefois le cardinal, fasciné au dernier point par les agréments du beau Caudale, n'avait pas abandonné la cbimère de s'en faire un neveu par alliance, ce qui lui paraissait facile encore, puisque la série de ses nièces ti marier n'était pas épuisée. Le cardinal n'avait rien négligé pour grandir celui dont il méditait Talliance pour sa famille en lui procurant toutes les occasions possibles de se distinguer. Après en avoir fait le général en chef de l'armée de Guyenne, ce qui lui avait permis de devenir le principal négociateur du traité de paix de Bordeaux, qui termina la Fronde en 1653, il l'avait placé sous le prince de Conti, à la tête de l'armée française en Catalogne; enfin il préparait les voies pour que cet enfant gâté de la fortune put obtenir, sans que l'on criât trop à la faveur, le bâton de maréchal de France. Un fait de guerre malheureux étant survenu avait nécessité, de la part du duc de Caudale, des justitications d'autant plus indispensables que le cardinal, déçu, n'avait pas ménagé les reproches.

Le duc de Candale n'était pas précisément un foudre de guerre ; or, le gouverneur de Castel-Follit ayant par trahison livré cette place aux Espagnols, le duc de Caudale avait voulu la reprendre, et s'était fait battre maladroitement; il avait même perdu son artillerie en effectuant une retraite précipitée. Dans une lettre au cardinal (1), cet incapable s'eftbrça de dissimuler la vérité : ce n'était pas sa faute si les troupes qu'il avait appelées n'étaient pas

(1) Lettre iiiéctitc, Campredon, le 1" novembre 1C57. Aff. élr., Espagne, vol. 33.

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aniiées en nombre suffisant au point de concentration qu'il leur avait indique, mais quatre régiments d'infanterie et trois régiments de cavalerie, commandés par le chevalier d'Aubeterre, ont été attaqués dans leur marche avant d'avoiipu le rejoindre ; il n'a pas perdu ses canons, il les a cachés dans un lieu oii les ennemis ne les trouveront pas.

Un officier général, M. de Saiut-Aunez, profila de cette occasion pour tâcher de ruiner le duc de Caudale dans l'esprit du cardinal • il se plaignit de ce que ce général ne lui donnait jamais communication de ses desseins, et il énumérait toutes les fautes commises dans cette malheureuse affiîire de Castel-Follit en faisant remarquer que luimême, avec moitié moins de troupes que n'en avait le duc de Caudale, avait toujours résisté avec succès aux ennemis.

Le cardinal Mazarin répondit à M. de Saint-Aunez en le remerciant de ses informations, mais en attribuant sa mésinleiligence avec le duc de Caudale à un artifice souvent employé par les ennemis pour brouiller entre eux les généraux (1). L'éuèque d'Orange, intendant d'armée en Catalogne, ménagea tout au contraire le duc de Caudale dans sa correspondance ; mais le cardinal fort monté lui répondit qu'il voulait bien croire qu'il ne lui déguisait rien, mais que cependant il avait reçu de divers endroits l'avis que l'affaire de Castel-Follit avait été un échec considérable^ même une espèce de déroute, et qu'il était à craindre que les ennemis, enflés de ce succès, ne fissent quelque entreprise considérable pendant l'hiver, après le départ de

(1) LeUre ioédite, Boulon, 2 novembre 1657. Aff. étr., Espagne, vol. 33.

M. de Caudale (1). Dans ime nouvelle lettre, le cardinal adresse à l'évêque d'Orange le reproche d'avoir prêté les mains à un détournement de fonds commis par le duc. de Caudale (2). Malgré son faible pour le duc de Caudale, toutes ces informations dcfovorables avaient produit quelque effet sur l'esprit du cardinal.

Pour réfuter toutes ces accusations, le duc de Caudale écrivit de nouveau au cardinal afin de lui démontrer leur fausseté, et il lui rendit compte de toutes ses dispositions pour l'armée de Calalogne (3), àlaquelle il avait fait prendre ses cantonnements dans le Roussillou.

Le cardinal désapprouva celle mesure, parce qu'elle avait été décidée à son insu et qu'elle créait une charge pour les habitants de celle province, déclarant à l'évêque d'Orange qu'il voulait bien croire véritable sa relation de l'affaire de Castel-Follit, mais que lorsque Ton perd du monde et son canon, cela passe pour quelque chose (4).

Cet échec de Castel-Follit, que voulaient vainement dissimuler le duc de Cnnclale et l'évêque d'Orange venant à la rescousse, produisit un nuage dans Thorizon, jusque-là toujours d'azur, du jeune général de l'armée de Catalogne ; mais ce nuage fui promplement dissipé. Le cardinal ne demandait qu'à revenir à d'autres sentiments ; bientôt le duc de Caudale, reprenant tous ses avantages, put laisser son armée dans ses quartiers d'hiver et prendre de sa

(1) Lettre inéJife, IG novembre 1C57. Aff. étr., Espagne, vol. 33.

(2) Lettre inédite, Paris, 23 octobre 1057. .Aff. étr., Espagne, vol. 33.

(3) Leltre dutcc de Perpignan, 18 novembre 1057. Aff. étr., Espagne, vol. 33.

(V) Lettre inédile à l'évêque d'Orange, 6 décembre 1657. Aff. étr., Espagne, vol. 33.

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personne le chemin de la cour avec la certitude du bon accueil accoutumé. En raison de la facilite avec laquelle il avait renoncé, en faveur du prince de Conti, à la main d'Anne-Marie Martinozzi, le cardinal lui réservait un dédommagement en lui faisant épouser une autre de ses nièces. Le duc de Candale, pour revenir à la cour, prit l'itinéraire le plus long, mais le plus flicile, puisqu'il était le plus souvent suivi à celte époque, qui était pour se rendre à Paris de passer par le Languedoc, le Dauphiné, Lyon et la Bourgogne. Une de ses étapes fut la ville de Valence, où Tévéque, Daniel de Cosnac, lui fit brillamment les honneurs de son palais épiscopal. Ils avaient à échanger entre eux plus d'un éclaircissement et le récit de bien des choses. Si la paix de Bordeaux, à l'origine de leurs relations, les avait réunis un instant dans les mêmes sentiments, depuis des rivalités d'influence auprès du prince de Conti les avaient profondément divisés (1) ; ces rivalités avaient amené une rupture à la suite de laquelle le prélat n'avait pas épargné les mots piquants.

Les mordantes saillies dont l'évèque de Valence était coulumier et qui ont fait écrire par madame de Sévigné à sa fille, alors qu'il fut devenu archevêque d'Aix : il faut approcher de lui comme des chevaux qui ruent, étaient de nature, pour y échapper, à donner plus de prix à son amitié ; le duc de Candale le sentit, et promit désormais au prélat une inaltérable affection. Ils pouvaient avoir besoin l'un de l'autre : le duc de Candale, mécontent des avis de Langlade et de Gourville, cherchait un meilleur conseiller ;

(1) Mémoires de Daniel de Cosnac,

le prélat, fort bien en coin-, pouvait le renseigner utilement, et à une question que lui adressa le duc de Caudale, il put faire cette réponse : « Voulez-vous que je vous parle avec sincérité : je n'ai jamais connu un si grand foible que celui que le cardinal a pour vous. Il se force depuis quelque temps de faire semblant de vous haïr; cependant on peut dire qu'il vous adore ; il n'y a rien que vous ne puissiez vous permettre de la cour et de lui, pourvu que vous vouliez épouser une nièce (1). « D'après les Mémoires: du marquis de Alontglat, le duc de Caudale était assuré de gouverner l'esprit du jeune frère du roi, le duc d'Anjou, depuis duc d'Orléans, et l'évêque de Valence était le premier aumônier de ce prince. Combien de services réciproques ils semblaient appelés à se rendre !

Le duc de Caudale était arrivé à Valence indisposé par un fort rhume qu'il avait pris à son passage à Avignon; son indisposition ne fit qu'augmenter pendant la nuit qu'il passa à l'évèché, et, le lendemain matin, se sentant peu dispos pour continuer son voyage à cheval, il accepta l'offre de l'évêque de Valence de lui prêter son carrosse. Après des adieux dans les termes de la plus franche cordialité, le duc de Caudale reprit son voyage avec sa brillante escorte de plus de cent gentilshommes. En arrivant à Lyon, son mal ayant empiré, il se mit au lit pour ne plus se relever; il expira le 27 janvier 1658. Sa mort fit verser des larmes aux belles dames de la cour, et la comtesse d'Olonne (2) ne fut pas celle qui en témoigna le moins d'affliction. En

(1) Mémoires de Daniel de Cosnac.

(2) Catlieriue-HenricUe d'Anyeiines de La Loupe, mariée ù Louis de La Trémoille, comte d'Oloniie.

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lui s'éteignit le dernier rejeton du nom de Nogaret et l'un des prétendants préférés par le cardinal Alazarin pour la main d'une de ses nièces. Le roi alla rendre une visite de condoléance au duc d'Epernon, sou père (l).

Celle de ses nièces que le cardinal Mazarin songeait alors à pourvoir d'un mari et qu'il aurait donnée au duc de Caudale, était Hortense, la plus belle entre toutes ; elle passait même pour l'une des plus remarquables beautés de la cour. «11 ne lui manquait, dit madame de La Fayette, que de l'esprit pour être accomplie ; ce défaut même n'en était pas un pour tout le monde, et bien des gens trouvaient son air languissant et sa négligence capables de se faire aimer. «

L'appréciation de madame de La Fayette laisse, positivement, beaucoup à désirer : il ne lui manquait que l'esprit ! Lorsque madame de La Fayette portait ce jugement sur Hortense, l'esprit ne lui faisait point défaut, mais il n'était pas développé encore cbez la jeune fille, dont la nonchalance le tenait pour ainsi dire assoupi.

Celte nonchalance fut vivement secouée plus lard par les vicissitudes de sa vie ; tandis que ses défauts s'accentuèrent, son esprit naturel prit son essor par la lecture, par l'étude, par la fréquentation des savants, des littérateurs et des poètes. Tous ces côtés séduisants qui n'apparaissaient pas encore, avaient été devinés par le fils du maréchal de La Meilleraie, et l'avaient fasciné. Son irrésistible passion pour Hortense avait été la cause , malgré l'insistance de son père, de son refus opiniâtre d'épouser

(1) Voy. la Gazette.

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Olympe , la mort du duc de Candale lui rendait l'espoir d'obtenir la main d'Hortense,

Le cardinal Mazarin était toujours demeuré dans les meilleures dispositions en faveur du marquis de LaAIeilleraie, bien qu'il sût par expérience qu'il pouvait aspirer pour ses nièces aux plus hauts partis, puisque les princes de maisons souveraines trouvaient qu'il était de leur avantage de s'allier avec lui par les liens du sang. Alais il entrait dans ses vues de réserver l'une de ses nièces pour de moins hauts partis, dans le but de transmettre à celui qui l'épouserait le nom, les armes et le titre de duc de Mazarin. Entre ses trois neveux, le cardinal avait perdu ceux qui lui donnaient les plus grandes espérances, Paul et Alphonse; or Philippe Mancini, le dernier survivant, ne répondait ni par sa capacité, ni par son caractère, à Pambition du cardinal désirant que son nom, après lui, fût porté avec éclat. Philippe étant donc écarté de ce grand héritage, le cardinal était en quête de celui qui pourrait en être investi.

A défaut du duc de Candale, qui venait de disparaître, et qui avait les préférences du cardinal, le marquis de La Meilleraie répondait à son programme. Il ne voulait point d'un prince de maison souveraine qui n'aurait pu ou n'aurait voulu faire l'abandon de son nom j avec Armand de La Meilleraie nul inconvénient de ce genre, il devait d'autant moins tenir à son nom, qu'il était tout au plus gentilhomme ; il était, d'après le duc de Saint-Simon, petit-fils d'un avocat, fils lui-même d'un apothicaire qui descendait d'un portier, duquel venait le nom de La Porte. L'illustration récente du marquis ne remontait pas au delà de son père,

Charles de La Porte, duc de La Meilleraie, redevable de son double titre de duc et de maréchal de France, sans doute à sa réputation dans l'art des sièges, mais plus encore à sa proche parenté avec le cardinal de Richelieu, dont il était cousin germain. Le cardinal Mazarin se tenait donc pour assuré que le marquis de La Meilleraie accepterait avec reconnaissance le titre et le nom de duc de Mazarin, et avec un égal empressement l'immense fortune qui en devait être le corollaire, et qu'il en porterait dignement le poids. Sur le chapitre de l'acceptation empressée du marquis, le cardinal était complètement dans le vrai, mais sur le chapitre de l'aptitude du marquis à faire honneur à la grande siluation qu'il lui ménageait, il était dans une complète erreur.

Armand de La Porte, pas davantage que Philippe Mancini, n'était propre à soutenir les obligations d'un grand nom ; heureusement pour le cardinal, sa propre mort le préserva d'une amère désillusion.

Aucun empêchement n'était donc à prévoir pour un mariage qui concordait si bien avec les vues du cardinal et avec la passion pour Hortense du marquis de La Meilleraie, qui disait à tout le monde que, pourvu qu'il pût l'épouser, il consentirait à mourir trois mois après. Ou devait croire que le maréchal de La Meilleraie , dont la lettre du 29 avril 1655 nous a fait connaître l'extrême joie lorsque le mariage de sou fils avec Olympe paraissait décidé, verrait avec plus de satisfaction encore ce second mariage, qui comblait les vœux de son fils. Cependant, il n'en fut pas ainsi; autant le maréchal de La Meilleraie avait été ardent pour le mariage de son fils avec Olympe, autant il était opposé à son mariage avec Hortense.

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Cette répiignauce pouvait être basée sur les réflexions que trois années écoulées lui avaient permis de faire : un mariage avec une nièce du cardinal était-il de nature à assurer le bonheur de son fils? La prudence ne devait-elle pas faire craindre que la familiarilé du roi pour les nièces du cardinal n'eût dans la suite de fâcheuses conséquences? N'était-il pas assez renseigné sur le caractère d'Horfense pour entrevoir à prochaine échéance, entre elle et son fils, un inévitable désaccord? Ces considérations, quelque importantes qu'elles pussent être, ne furent cependant pas le motif de son opposition; si elles eussent été capables de lui faire impression, elles l'auraient arrêté alors qu'il consentait, en 1G55, au mariage de son fils avec Olympe. En 1658, les intentions du maréchal étaient changées sous l'influence de sa seconde femme, Marie de Cossé-Brissac, fille de François de Cossé, duc de Brissac, et de Guyonne de Ruellan. Celle-ci voulait marier sa nièce, mademoiselle de Brissac, qui n'avait pas encore atteint sa onzième année, au fils de son mari, dont la grande fortune lui offrait un parti inespéré : le maréchal s'était laissé facilement convaincre ; mais son fils opposait à ce projet la plus opiniàlre résistance basée sur sa passion pour Hortense ; il reportait d'autant plus sur mademoiselle de Brissac la répugnance assez ordinaire que les enfants d'un premier lit éprouvent pour toul ce qui tient à leur belle-mère.

Le marquis de La Meilleraie, afin de mieux triompher des projets paternels, s'adressa à l'appui du cardinal Mazarin lui-même.

Henri de La Motte-Houdancourt, évêque de Rennes, choisi pour intermédiaire, avait fait savoir au maréchal de

La Meilleraie, verbalement et par écrit, que la reine et le cardinal désiraient le mariage de son fils avec Hortense ; mais le marquis doutait que ce prélat se fût assez fortement exprimé, et il sollicitait du cardinal une lettre de sa main adressée à son père. De plus, il appréhendait de ressentir le contre-coup de l'évasion du château de Nantes du cardinal de Retz. Afin de dissiper toute fâcheuse impression dans l'esprit du premier ministre, il se crut obligé d'assurer que le cardinal fugitif avait indignement abusé de la confiance de son père, et que, quant à lui, malgré la parenté, il était bien éloigné de vouloir jamais prêter la main aux intrigues du fougueux prélat ; enfin il exprimait au cardinal toute son aversion pour le mariage que son père voulait lui imposer, lequel, malgré ses protestations, serait conclu dans six semaines, si Son Eminence n'arrivait vigoureusement à son secours. Ce pressant appel au cardinal Mazarin lui fut adressé dans une lettre du 9 mai 1658 (1).

Cette épître, en style désespéré, eut tout le succès que le marquis de La Meilleraie pouvait souhaiter ; le cardinal Mazarin écrivit certainement au maréchal, il est impossible d'en douter. L'évêque de Rennes s'entremit plus fortement que jamais, et il assura au cardinal, le 25 mai suivant, que le maréchal, informé par lui des sentiments de la reine, avait fini par se rendre et qu'il se disposait à partir pour Paris pour en conférer avec Son Eminence (2).

(1) Voy. celte lettre inédite k l'Appendice. — M. Ainédée Renée, auteur du livre : le.t Nièces de Mazarin, a complètement ignoré ces intéressantes particularités de la passion du marquis de La Meilleraie.

(2) Lettre inédite. iHf. étr., France, vol. 905.

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Eu définitive, le projet de mariage avec mademoiselle de Brissac fut rompu, et le mariage du marquis de La Meilleraie avec Hortense Mancini fut décidé. Toutefois ce mariage ne fut célébré que près de trois années plus tard, au commencement de l'année 1G61, bien peu de jours avant la mort du cardinal. En 1658, Hortense n'avait encore que douze ans, et naturellement il fut nécessaire d'attendre ; cette attente ne fut pas sans péril pour l'amoureux marquis, et il lui fallut une cbance bien extraordinaire pour ne pas être supplanté. De même que nous l'avons fait pour Olympe, nous suivrons Hortense dans un aperçu rapide jusqu'à la fin de sa vie.

De nombreux prétendants aspiraient encore à la main de la belle Hortense ; les principaux furent Charles II, roi d'Angleterre, le prince de Portugal, le duc de Savoie, le prince de Courtenay et le comte de Coligny. Deux fois il fut question du mariage de Charles II avec Hortense j la première fois, roi dépossédé, il menait en France une précaire existence; sa mère, Henriette de France, fille de Henri IV, désirait d'autant plus pour son fils cette union qui pouvait rompre les attaches diplomatiques que le cardinal Mazarin avait nouées avec Cromwell(l), et amener, par suite de ce changement, une restauration monarchique ; mais le cardinal Mazarin ne voulut pas d'un prince dépossédé, ni accepter une alliance qui était contraire à sa politique. La seconde fois, Charles H était devenu un tout autre parti, il portait une couronne sur la tête et un sceptre à la main.

(1) Voy. nos Souvenirs du règne de Louis XIV.

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Malgré cette différence de situation, Henriette de France, fort éblouie des grandeurs du cardinal, persista à désirer le mariage du roi d'Angleterre, son fils, avec la nièce du toutpuissant ministre; aussi le bruit qu'Hortense était destinée à devenir reine de la Grande-Bretagne prit-il une sérieuse consistance. Il est intéressant d'en suivre la trace dans les correspondances du temps. Une lettre de M. de Ruvigny, ambassadeur de France, datée de Londres, le 25 octobre 16(jO, adressée au cardinal, nous démontre que l'ambition de celui-ci se fut alors merveilleusement accommodée de cette royale alliance en faveur de laquelle il eût oublié ses promesses au marquis de La Meilleraie et ses projets pour la transmission de son nom, ou du moins il les eût ajournés jusqu'au mariage de Marie-Anne, lorsqu'elle aurait été en âge. Par précaution seulement, et afin de ne pas mettre inutilement au grand jour une trop flagrante contradiction avec sa conduite passée, et surtout pour éviter tout échec public en cas de non-réussite, les propositions furent faites sous main, le cardinal y paraissant étranger. Ce projet commença cependant à se divulguer, malgré l'empressement de l'ambassadeur de France à le démentir. Celui-ci écrivit au cardinal que madame de Carlisle et d'autres personnes tenaient le propos que Son Eminence offrait une grosse dot pour faciliter ce mariage; il ajoutait que le roi d'Angleterre s'était informé des nouvelles de mademoiselle Hortense et lui avait demandé si elle était embellie et si elle avait de l'esprit (1). Henriette de France ayant passé le détroit pour aller à Londres voir son royal fils, l'am-

(1) Lettre inédite. Aff. élr., Angleterre, vol. 72.

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bassadeur informait le cardinal que les Anglais disaient qu'elle avait fait ce voyage à la seule fin de déterminer Charles II à épouser Hortense (1). Bartet, secrétaire du cardinal, qui remplissait à Londres une mission diplomatique auxiliaire, écrivit au cardinal : « Il n'y a pas d'apparence au mariage du roi d'Angleterre avec l'Infante de Portugal, il n'y a de possible qu'un parti français, et tout le monde est d'avis qu'épouser une nièce du cardinal, c'est épouser la France (2),

Dans une autre lettre, Bartet rend compte au cardinal d'une importante conversation qu'il vient d'avoir avec le baron de \\ atteville, ambassadeur d'Espagne à Londres : cet ambassadeur lui ayant dit que personne ne doutait que la reine douairière d'Angleterre ne fût venue pour pousser sou fils à éj)Ouser Hortense, il lui a répondu que toute l'Europe connaissait la modération et la modestie de Son Eminence sans lesquelles l'Infante ne serait pas reine de France, puisque le roi voulait absolument épouser Marie ALincini ; mais que si le roi d'Angleterre voulait épouser Hortense, il ne pensait pas que le cardinal s'y opposât. Alors le baron de Walteville lui a témoigné souhaiter que le cardinal eût lui-même cette pensée, afin de faire abandonner tout projet de mariage du roi d'Angleterre avec l'infante de Portugal. Bartet termine en disant que l'ambassadeur d'Espagne en a même entretenu le roi d'Angleterre, et comme ce monarque ne veut pas épouser une princesse protestante, il ne voit pas de mariage qui

(1) Lettre inédite, I^ondres, 15 novembre 1660.

(2) Lettre inédite, Londres, 23 novembre 1660. Aff. étr., Angleterre,

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lui puisse mieux convenir que celui de mademoiselle Hortense (1).

L'abbé de Montaigu, le confident de la reine douairière d'Angleterre, écrivait au cardinal Mazarin : « Le roi veut épouser une catholique, votre nièce ou l'infante de Portugal ; mais il n'est pas à propos qu'il se déclare durant ce Parlement. Il met toute son industrie à ce que celui-ci ne s'occupe pas de son mariage. L'inclination du roi et celle de la reine est pour votre nièce. Le Parlement doit se séparer le 30 décembre. La reine partiria le 2 janvier (2). »

Charles II paraissait en ce moment mordre à l'hameçon ; une lettre de Bartet au cardinal nous le confirme. Le roi l'a invité à souper chez la duchesse de Richemond « pour parler ensemble de toutes les personnes qu'il pouvoit épouser. Je lui ai répondu que je lui demandois la permission d'y faire des mariages sérieux et d'autres extravagants, de prendre la houlette comme le sceptre, de nous jeter sur des bergères et d'y sentir le serpolet, de faire la fortune d'une grande beauté et d'une vertu fort sévère, et de finir, pour payer mon escot, par un mariage dans les formes à couronne fermée. Je vous jure qu'il a maintenu cet endroit là une demi-heure (3). » Quelques jours après, Bartet écrit au cardinal : " Le roy m'a parlé à fonds du mariage avec mademoiselle votre nièce (4). « La direction du vent

(1) Lettre inédite, Londres, 29 novembre 1660, Aff. étr., Angleterre, vol. 73.

(2) Lettre inédite, Londres, 9 décembre 1660. Aff. étr., Angleterre, vol. 73.

(3) Lettre inédite, Londres, 17 décembre 1660. Aff. étr., Angleterre, vol. 73.

(4) Lettre inédite, Londres, 23 décembre 1660. Aff. étr., Angleterre, vol. 73.

qui enflait les voiles du navire et semblait le pousser au port, changea tout à coup; car, cinq jours plus tard, Bartet informe le cardinal qu'il dit et écrit à tout le monde ne pas avoir connaissance du prétendu projet de mariage du roi d'Angleterre avec mademoiselle Hortense, et qu'il ne croit même pas que Son Eminence y ait jamais songé (1).

En effet, il s'était opéré un revirement de la part de Cbarles II; son mariage avec une nièce du cardinal Mazariu eût été profondément impopulaire parmi ses sujets, et ce monarque revint facilement à sa vieille rancune du refus qui avait accueilli sa demande, alors que, roi exilé, il était pauvre et n'avait que les espérances les plus incertaines d'une restauration monarchique. Le cardinal Mazarin, informé de ce revirement, voulut éviter avant toutes choses que ni sa nièce ni lui ne fussent compromis, et il s'empressa d'écrire à l'abbé de Montaigu :

« Je vous réplique pourtant les mêmes choses à l'esgard de l'alliance que je vous escrivis l'autre jour, car les raisons sont encore plus fortes de me le faire désirer aiusy, et je considère d'ailleurs que les mortifications que je recevrois de tous les bruits qui courent là-dessus ne profitent de rien ny aux intérêts, ny à la personne de sa dite Majesté, et, en un mot, je supplie très humblement la reine et je vous prie du meilleur de mon cœur de laisser cette affaire en estât que l'on n'en parle plus (2). »

(1) Lettre inédite, Londres, 39 décembre 1660. Aff. étr., Angleterre, vol. 7.3

(2) Minute inédile, datée de l'aris, 8 décenobre 1660. Aff. étr., Angleterre, vol. 74.

MAZARIX ET COLBKUT. 109

Celte lettre fait ressortir le mécontentement du cardinal de se sentir obligé, après bien des pas en avant, de revenir en arrière; les documents qui la précèdent établissent dans quelle erreur sont tombés les historiens affirmant que le cardinal était étranger à toute avance faite à Charles II ; mais il sauva si bien les apparences par une froideur simulée, que sa nièce ne parut pas avoir été proposée, ni par conséquent avoir été rebutée.

La demande formée par le prince de Portugal pour obtenir la main d'Hortense ne fut pas accueillie par le cardinal Alazarin; ce prince avait cependant la perspective, qui ne tarda pas à se réaliser, de remplacer sur le trône son frère, d'une santé chancelante, auquel il succéda sous le nom de Pierre II. Les chances du duc de Savoie, autre candidat, ne furent pas meilleures. Le prince de Courteuay, dernier rejeton d'une branche de la maison de France, qui avait donné des empereurs à Constantiuople, ne fut pas plus heureux. Cette maison de Courtenay était, il est vrai, reniée par la maison de France, mais le cardinal avait plus de crédit qu'il n'eu fallait pour la fliire reconnaître; une raison plus décisive contre le prince de Courtenay était celle-ci : il était trop pauvre , des richesses eussent été nécessaires pour faire compensation à sa situation déchue, et il eût été trop fier pour accepter de substituer à son nom le nom de Alazarin. Le cardinal songea, dit-on, au comte de Coligny, qui avait suivi la fortune du prince de Condé et qui avait été fait prisonnier; il l'aurait, par cette alliance, définitivement détaché du parti du prince, et il ne paraissait pas probable que Coligny, en présence de magnifiques avantages, eût refusé de devenir le duc de Mazarin;

170 MAZARIX ET GOLBERT.

c'eut été, pour le cardinal, faire coup double; mais Coligny, paraît-il, se refusa absolument à abandonner le prince de Condé, en déclarant préférer son devoir à son intérêt.

Le marquis de La Meilleraie, avant de voir couronner par le succès sou ardente passion pour Hortense, avait donc été menacé plus d'une fois dans son espoir; s'il arriva à ses fins, il le dut non seulement à une persévérance qui ne se découragea jamais, mais plus encore à ce que le cardinal, tout en cberchant mieux, n'avait pas cessé de conserver pour lui une secrète préférence; l'éclat seul de la couronne d'Angleterre sur la tête de sa nièce pouvait la lui faire oublier. La lettre du marquis de La Meilleraie et l'intervention de l'évêque de Rennes témoignaient assez du pencbant du cardinal, qui trouvait dans cette alliance des avantages qu'il n'eût pas rencontrés dans toute autre plus brillante. La fortune était énorme; car le maréchal, père du marquis, grand homme de guerre et grand preneur de villes, était en même temps un grand et un heureux spéculateur, participant de compte à demi aux opérations financières du cardinal. Le maréchal se démit en faveur de son fils de la charge de grand maître de l'artillerie, afin de lui permettre d'apporter de son côté une situation considérable.

Le marquis de La Meilleraie ne fut donc pas un pis aller, ainsi qu'a paru le croire madame de Motteville dans le passage suivant de ses Mémoires :

« Le ministre fit épouser Hortense Mancini au grand maître, en le faisant héritier de tous ses biens , et lui fit quitter son nom de La Porte, qui de soi était médiocre-

ment honorable , et l'obligea à prendre celui de Mazarin, avec des biens et des établissements prodigieux. Depuis longtemps le grand-maître, fils du maréchal de La Meilleraye, étoit amoureux de mademoiselle Hortense , et avoit refusé la comtesse de Soissons, espérant avoir sa cadette; mais le cardinal gardoit cette cadette, qui étoit belle, pour des rois , ou du moins pour des souverains. Jusque-là il avoit montré de l'aversion à la lui donner, et ne paroissoit pas estimer sa personne; mais la mort, qui le prenoit à la gorge, ne lui donnant pas le temps d'accomplir en ses nièces qui lui restoient à marier la grandeur de ses désirs, il fallut qu'il prit le grand-maître comme son pis aller. Il étoit déjà fort riche ; car son père, par la faveur qu'il avoit auprès du cardinal de Richelieu, comme son parent, avoit de grands biens et de grandes dignités (1). «

Le mariage d' Hortense avec le marquis de La Meilleraie ne fut célébré que le 28 février 16G1, et le cardinal Mazarin expirait le 9 mars suivant, avant d'avoir eu le temps de perdre les illusions qu'il s'était faites sur le compte de l'héritier d'une grande partie de ses richesses, de son litre et d'un nom devenu grand dans l'histoire. L'heureux et bientôt le malheureux époux de la belle Hortense n'était cependant pas dépourvu d'esprit, le duc de Saint-Simon le lui accorde; mais cet esprit n'était susceptible de se mouvoir que dans la sphère des petites choses, il manquait delà hauteur nécessaire au maniement des affaires publiques, sa charge de grand maître de l'artillerie, ses gouvernements et l'administration de sa for-

(1) Mémoires de madame de Motteville.

tiiiie excédaient déjà sa capacité ; il s'y perdait comme dans un labyriulhe. Il professait en religion le rigorisme le plus étroit qui le poussait jusqu'au vandalisme. Lorsqu'il eut hérité des chefs-d'œuvre réunis avec tant de soins et d'argent par le cardinal, il parcourait, armé d'un marteau, les galeries de son palais, mutilant les statues, et des barbouilleurs à gages vêtaient de draperies les figures insuffisamment vêtues des tableaux des peintres les plus illustres. Il s'opposait à ce que la nourrice d'un des enfants de madame de Richelieu lui donnât à teter le vendredi ni le samedi, parce qu'il fallait l'habituer de bonne heure aux mortifications. Une fois cependant ses scrupules se concilièrent avec ses intérêts. Lorsqu'il poursuivait son mariage avec Hortense, il crut bon de capter en sa faveur l'influence sur le cardinal, d'Ondedei, évêque de Fréjus, et il lui souscrivit un billet de cinquante mille écus payable dans le cas oii le mariage se réaliserait. Après le mariage, Ondedei lui rendit son billet, mais, quelque temps après, ayant besoin d'argent pour l'établissement de ses neveux, il réclama l'exécution de la promesse qui lui avait été faite; alors le nouveau duc de Mazarin répondit par un refus basé sur le conseil de son directeur, qui lui avait dit qu'acheter le sacrement de mariage était une simonie plus criminelle que ne serait celle d'acheter Tépiscopat(l).

11 avait de tels doutes sur la légitimité des biens acquis parle cardinal, et ici il faut convenir que son rigorisme n'était pas exagéré, qu'il n'avait pas de satisfaction plus

(1) OEuvres de Saint-Évremont.

grande que de se voir susciter des procès, parce que, lorsqu'il les gagnait, il sentait sa conscience rassurée; il en eut jusques à trois cents qu'il perdit presque tous (1).

Sa féroce jalousie brisa son bonheur conjugal au bout de quelques jours; du reste, chacun des deux époux travailla à sa façon à le détruire. Il éprouvait chaque nuit les plus étranges hallucinations : il se croyait entouré de fantômes errant autour de sa couche; alors réveillant sa femme en sursaut, il allumait des flambeaux pour se mettre à leur recherche (2j. 11 ne souffrait pour sa femme pas même l'ombre d'un admirateur ; mais Hortense était trop belle et n'était pas assez sage pour ne pas vouloir tolérer les admirateurs, en attendant les adorateurs. Or, le passé même obsédait l'imagination de son époux ; les familiarités d'enfance et de première jeunesse du roi avec Hortense lui paraissaient un prélude dont les suites menaçaient de graves conséquences son honneur conjugal ; alors pour le garantir il se persuada que le moyen le plus sur serait, suivant une expression vulgaire, de saisir le taureau par les cornes et , par conséquent , de terrasser les mauvaises passions du roi. Il voulut entreprendre de le convertir à de plus austères sentiments en le guérissant de la passion qu'il éprouvait alors pour mademoiselle de La Vallière; c'était anticiper de beaucoup sur l'œuvre menée à bonne fin bien plus tard par madame de Main tenon à rencontre de madame de Montespan; mais il n'avait ni son adresse, ni ses moyens de succès. On peut en juger par la manière dont il s'y prit : il fit intervenir l'ange Gabriel

(1) Mémoires de l'abbé de Choisy.

(2) OEuvres de Saint- Evremond.

174 MAZARIX ET COLBERT.

qui lui était apparu, dit-il, menaçant le roi des plus grands mallieurs s'il ne changeait de conduite; mais le roi se contenta de rire de sa vision. Le duc de Mazarin, désappointé, ne vit pas de ressource plus sûre pour fuir toute mésaventure que d'entreprendre d'incessants et longs voyages, décidés tout à coup sans que sa femme fût prévenue un quart d'heure même à l'avance; elle croyait monter en carrosse pour une promenade : « A Rome ! « entendait-elle dire au cocher. La nonchalante Hortense, dans ce perpétuel mouvement, perdit si bien ses premières habitudes que, volontairement, elle employa bientôt une dévorante activité pour la conquête et pour le maintien de sa liberté. Les voyages furent impuissants à calmer les appréhensions d'un époux qui dans tout homme voyait un rival, et qui, pour écarter toute comparaison désavantageuse, aurait voulu que sa femme ne pût voir nul autre homme que lui. Une si exorbitante jalousie ne pouvait qu'engendrer bien des contrariétés et bien des scènes dont Hortense était parfois si exaspérée qu'elle se réfugiait chez son frère, le duc de Nevers, par une petite porte ménagée entre leurs deux palais contigus (1) ; alors son mari courait pour la reprendre, et fit murer la porte. Hortense finit par s'enfuir à l'abbaye de Chelles; son mari, pour la punir, voulut changer une retraite volontaire eu une retraite forcée et obtint du roi de la faire renfermer dans le couvent des Filles de Sainte-Marie de la Bastille. Sidonie de Lenoncourt, marquise de Courcelles (2), y était alors éga-

(i) Par sou leslament le cardinal Mazarin avait partagé son palais entre le duc de Mazarin et le duc de X'evers.

(2) Sidonie de Lenoncourt avait été rejetéc hors des voies de la vie régu-

lement enfermée; les deux recluses se vengèrent de la surveillance sévère des religieuses en leur jouant les plus vilains tours.

Hortense , pour recouvrer sa liberté , avait adressé une requête au parlement; un arrêt décida qu'elle habiterait le palais Mazarin et que son mari prendrait l'Arsenal pour sa résidence. Cet arrêt avait été rendu par la chambre des enquêtes, formée de jeunes conseillers; le duc de Mazarin porta l'affîiire à la grand'chambre, composée de vieux conseillers moins galants ; cette différence de l'âge des juges rendait imminent un arrêt en sens contraire(l). Hélas! dame Justice passant du blanc au noir a joui en tout temps d'une réputation assez équivoque; boiteuse de naissance, ainsi que le prétendent les plus vieilles chroniques, elle est, malgré cela, de nature assez sauteuse, à aucune époque, de suffisantes garanties n'ayant été données au recrutement de la magistrature, quelle qu'ait été la différence des modes employés, et parce que la responsabilité des juges n'est point établie lorsqu'ils commettent des iniquités. La faculté de prendre le juge à partie n'a jamais été qu'une arme donnée aux arrière -vassaux contre les juges féodaux par la royauté, qui exemptait ses propres juges de cette responsabilité. Hortense, redoutant une réclusion nouvelle, sans attendre l'arrêt, prit le parti de s'enfuir à cheval déguisée en homme; le duc de Nevers et le chevalier de Rohan favorisèrent sa fuite. L'arrêt, qui

lière par une infâme machination de Louvois qui, passionné pour elle, lui avait fait épouser un mari complaisant pour ses écarts, mais qui la fit enfermer pour se saisir de ses biens.

(1) Voy. les Mémoires de la duchesse de Mazarin. OEuvres de Saint- Réal, t. III, p. 580.

176 MAZARIX ET COLBERT.

fut rendu par défaut, autorisa l'époux à se saisir de sa femme partout où elle se trouverait; mais elle avait déjà passé la frontière, et, après nombre d'aventures, par la Suisse, elle avait gagné l'Italie. Le duc de Mazarin, dans sa déconvenue, s'en prit à son beau-frère, le duc de Xevers, et au chevalier de Rohan, et les traduisit devant le parlement comme complices de l'évasion de sa femme. Il ajouta contre le duc de Nevers l'accusation d'avoir pour sa sœur une affection dépassant les bornes fraternelles , parce qu'il avait adressé quelques tirades poétiques à ses attraits.

Marie, sœur d'Hortense, dont nous aurons à parler plus tard, mariée au connétable Colonne, avait accueilli Hortense; le duc de Nevers vint les voir en Italie; le calme dont Hortense put jouir un moment fut bientôt troublé par sa faute. Son frère, sa sœur, son beau-frère, le connétable Colonne, trouvaient mauvais qu'elle s'obstinàt à garder auprès d'elle un gentilhomme qui l'avait accompagnée dans sa fuite ; elle s'en excusait sur sa reconnaissance pour les services qu'il lui avait rendus. Elle céda cependant, mais il s'ensuivit une rupture; alors elle se retira dans un couvent de Rome dont sa tante , sœur du cardinal Mazarin, était abbesse. Il fallait s'attendre à ce qu'elle ne se trouverait pas longtemps satisfaite de ce séjour; mais lorsqu'elle en voulut sortir, elle s'aperçut qu'elle était captive. Heureusement sa sœur, la connétable, n'était pas assez brouillée avec elle pour ne pas venir à son aide ; sous prétexte d'une visite, elle trouva moyen, en se retirant, de faire sortir Hortense à sa suite. Leur tante l'abbesse mourut, dit-on, de chagrin d'avoir été jouée par la ruse de ses nièces.

MAZARIIV ET COLBEKT. 177

Horteuse, redevenue libre, quitta Rome avec son frère, Philippe Alancini , duc de Nevers , qui se rendait à Paris pour épouser Diane de Thianges , nièce de madame de Moutespan. L'empressement du futur époux n'élait pas tel qu'il n'ait employé six mois entiers à faire ce voyage avec sa sœur; ils s'arrêtaient à toutes les distractions de la route. Il est probable aussi qu'Hortense trouvait prudent de n'avancer qu'à pas lents pour pressentir l'accueil qui serait fait à son retour, et pour pouvoir , si cet accueil devait être défavorable, s'éclipser avant de tomber dans quelque captivité nouvelle. Le roi procéda à un accommodement, qui fut tout à fait illusoire, entre les deux époux. Il fit allouer à Hortense, qui voulait disputer à son mari la succession de son oncle le cardinal, une pension de vingt-quatre mille livres, compensation bien dérisoire pour les vingt millions qu'elle avait apportés à son mari, d'après le calcul, de Saint-Evreniond. Louis XIV ajouta à la faveur de cette médiocre pension la liberté entière de retourner à Rome, dont elle s'empressa de profiter. Hortense n'y fit pas un long séjour; elle en partit pour une équipée, entraînée cette fols par sa sœur Marie, lasse aussi des excentricités du connétable; l'exemple de ses sœurs l'avait mise en goût de se jeter dans les aventures. Les deux sœurs s'embarquèrent secrètement sur une barque de pécheur à Civita-Vecchia; après huit jours de traversée, elles débarquèrent sur la côte de Provence, et se dirigèrent à cheval sur Marseille, sans linge, mais avec force diamants. Madame de Grignan se fît un devoir de leur envoyer des chemises (1), A Marseille, les deux sœurs

(1) Voy. la correspondance de madame de Sévigné.

se séparèrent pour courir plus librement chacune au hasard de leur destinée. Hortense se rendit à Turin, à la cour du duc de Savoie, qui avait désiré Fépouser; elle en obtint de délicates attentions qui éveillèrent si vivement la jalousie de la duchesse de Savoie, que celle-ci, étant bientôt devenue veuve et régente, exigea, par son premier acte d'autorité, le départ d' Hortense de Chambéry, où elle avait fixé son séjour et réuni un entourage de gens d'esprit et de plaisir.

Hortense s'était trop bien trouvée du réveil des sentiments de l'un de ceux qui avaient aspiré à sa main pour ne pas continuer une expérience à son goût. Alal pourvue en époux, voulait-elle s'assurer avec lequel de ses anciens soupirants elle aurait pu passer une existence conjugale plus heureuse? Quoi qu'il en soit, en costume d'amazone, à cheval, suivie de vingt cavaliers, elle traversa l'Allemagne et la Hollande et alla s'embarquer à Amsterdam pour l'Angleterre. Le roi Charles II ne fut pas moins empressé que ne l'avait été le duc de Savoie pour bien accueiUir celle qui aurait pu être sa femme. Des combinaisons, basées sur ce qui pourrait en advenir , surgirent aussitôt. L'opinion en Angleterre, généralement antipathique à la France, subissait avec peine l'ascendant sur le roi du parti français soutenu par mademoiselle de Kéronalles, duchesse de Portsmouth, pensionnée par Louis XIU. Hortense, devenue maîtresse du cœur du roi, étant naturellement mal disposée pour la France, la politique prendrait un cours tout différent. Un rôle important s'ofl'rait donc à Hortense, elle ne le remplit pas ; mais il n'est malheureusement pas possible d'en faire honneur à sa vertu, car ce fut une autre passion

qui la guida ; sa direction ne fut pas du côté de Charles II, mais du côté du prince de Monaco. Le roi, se voyant joué, lui relira une pension de quatre mille livres qu'il lui avait donnée; Hortense n'en mena pas moins à Londres une grande existence ; elle vit se former aulour d'elle, avec plus d'éclat qu'à Cliambéry , une cour d'adorateurs, gens du monde, savants et hommes de lettres : le sceptique et savant Vossius, ancien bibliothécaire de la reine Christine de Suède, nommé par Charles II chanoine de Windsor ; l'historien Saint-Réal , qui avait quitté Chambéry pour la suivre en Angleterre; mais celui qui brillait entre tous était le spirituel et charmant Saint-Evremond. Vainement, au temps de la Fronde, avait-il quitté le parti du prince de Condé pour mettre son épée au service du parti royal; son esprit, demeuré frondeur, lui avait inspiré une lettre satirique contre le cardinal Mazarin et la paix des Pyrénées; pour se dérober à la Bastille, il avait fui en Angleterre. Hortense y devint la muse inspiratrice de ses vers :

a Demandez-vous à quel usage

» Hortense aime à porter des fleurs,

a C'est pour effacer leurs couleurs

« Par celles de son beau visage.

Dans d'autres stances, il exprime la crainte qu'Hortense ne lui fasse perdre le vernis de sagesse qu'il espérait de ses vieux ans :

( Vous ne savez que trop, Hortense, « Que je vous sers sans récompense, « l'eul-être ne savez-vous pas « Ce que je perds en servant vos appas.

180 MAZARIX ET COLBERT,

« Sans vous une lente vieillesse • Me douneroit l'air de sagesse ; « Sans vous le fardeau de mes ans « Sembleroit le poids du bon sens.

Historien de celte petite cour, Saint-Évremond raconte dans ses œuvres les luttes métaphysiques et littéraires qui en faisaient l'un des charmes, réminiscence de la lutte entre les sonnets de Benserade et de Voiture à l'hôtel de Rambouillet : la lice fut ouverte entre l'honneur et la raison; cette dernière trouva dans Hortense le champion le plus inattendu.

L'épicurienne Hortense s'accordait toutes les satisfactions, celles du cœur et celles de l'esprit, auxquelles elle joignit encore l'amour du jeu, passion qui souvent faisait tort aux deux premières. Incertain croupier, du nom de Morin, chassé de Paris, s'était introduit chez elle et y avait mis la basselte à la mode.

Un pénible drame vint interrompre toutes les joies d'Hortense; le jeune chevalier de Soissons, fils de sa sœur Olympe, s'éprit de sa tante et devint jaloux du baron de Banier, fils du célèbre général suédois qui avait accompagné Gustave-Adolphe dans son expédition d'Allemagne. Banier passait pour posséder les faveurs d'Hortense ; le chevalier de Soissons le provoqua en duel et le tua. Hortense, au désespoir de ce scandale, parlait de passer en Espagne et de s'y retirer dans un couvent, lorsque Saint- Evremond lui fit comprendre, par un retour sur son passé, que le régime monastique ne serait jamais son fait. Hortense reprit son train de vie, cherchant des consolalions suivant ses goûts, et se livrant à la bonne chère; sur cet

MAZARI.Y ET COLBERT. 181

article, elle aurait rendu des points à Saint-Evremond luimême ; aussi reprit-il sa lyre pour lui donner quelques conseils :

i Beauté des mortels chérie, • De moi bien plus que ma vie; s Moins d'eaux fortes et de vins blancs, « Vous irez jusqu'à cent ans.

Un grand événement politique faillit lui faire quitter l'Angleterre. Le prince Guillaume d'Orange avait renversé Jacques II, son beau-père, et avait pris sa place ; il avait supprimé la pension d'Hortense, rétablie par Jacques II; en outre, le Parlement voulait la faire cbasser comme parente de la reine déchue. Si Hortense parvint à rester, c'est uniquement par la raison que la vie opulente qu'elle menait lui avait fait contracter de nombreuses dettes, et ses créanciers tenaient à la garder en gage. Guillaume III finit même par lui rendre sa pension, et elle acheva ses jours en Angleterre, le 2 juillet 1699, âgée de cinquantetrois ans.

Le duc de Mazaiin réclama le corps de sa femme, et pendant une année, au dire du duc de Saint-Simon, il s'en fit suivre dans ses voyages : « M. de Mazariu , depuis si longtemps séparé d'elle et sans aucun commerce, fit rapporter son corps, et le promena près d'un an avec lui de terre en terre. Il le déposa un temps à Notre-Dame de Liesse, oii les bonnes gens la prioient comme une sainte et y faisoient toucher leurs chapelets (1). »

Tout fut étrange dans la vie d'Hortense, et celte étran-

(l) Mémoires de Saint-Simon.

182 MAZARIX Eï COLBERT.

geté la suivit même après sa mort. Si elle peut avoir une justification de sa conduite, nous la trouvons dans ce passage d'une lettre de madame de Sévigné : « Les règles ordinaires n'étaient point faites pour elle ; sa justification était écrite sur la figure de AI. de Alazarin. w

Hortense fut mère de deux enfants : Paul-Jules, duc de Mazarin, mort en 1738, en qui s'éteignit le nom de Mazarin, et Armande-Félicité, née en 1691, mariée en 1709 à Louis de Mailly, marquis de Nesles, mère de quatre filles qui accordèrent successivement leurs faveurs à Louis XV : la comtesse de Alailly , la comtesse de Vintimille , la duchesse de Lauraguais et la marquise de la Tournelle, qui devint duchesse de Chàteauroux.

APPENDICE

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