‹ Mazarin et ColbertChapitre 29 sur 56 · LETTRE DU PRINCE DE COXDÉ · texte numérisé non relu

LETTRE DU PRINCE DE COXDÉ

A... {la suscription a disparu).

Vienne, le 8 féï"' 1660, à dix heures du soir.

Je vous dépêche ce courrier exprès sur la nouvelle que je viens d'avoir de la mort de Monsieur ; je vous prie, aussitôt qu'il sera arrivé auprès de vous, d'aller présenter à Mademoiselle la lettre que je lui écris, et lui faire mes compliments là-dessus ; voyez aussi M. le cardinal, pour savoir de lui quels sont ses sentiments, et sachez de lui ce qu'il faut que je fasse en ces rencontres, particulièrement sur le deuil que moi, ma femme et

(1) Lettre inédile. Aff. étr., France, vol. 292.

mon flis devront prendre, et sur les cérémonies de services, s'il y en a quelques-uns à faire, car il y a si longtemps que je suis hors de France, que je ne sais point du tout ce qu'il faut faire dans une pareille occasion. Parlez aussi au maréchal de Gramont, et instruisez-moi bien de tout ce qu'il faut que je fasse. Cependant, je m'en va envoyer un gentilhomme à Madame pour lui faire mes compliments. Vous direz à Mademoiselle que je ne lui envoie personne à cause que vous êtes sur les lieux, ce que vous ferez mieux que qui que ce soit.

(La suite de cette lettre concerne l'arrestation, à Paris, de..» (nom illisible) ; il charge son correspondant de voir Là-dessus le cardinal. Il demande des ordres pour faire rentrer ses troupes en France...)

Et croyez-moi tout à vous,

Louis DE Bourbon (1).

COLBERT A MAZARIN

A Moulins, ce n« février 1660.

Je fais la plus grande diligence qu'il m'est possible de me rendre à Paris pour y exécuter tous les ordres qui m'ont esté donnés par Votre Eminence, j'espère y arriver le 21 ou le 22 de ce mois.

Ce qui me donne le plus d'inquiétude dans tous les préparatifs du mariage du Roy, ce sont assurément les couvertures de mulets; et, quelque diligence que j'y apporte, et par toutes les lettres que j'ay écrites pendant tout mon voyage et par ma présence aussitôt que je serai à Paris. J'aurai assurément bien de la peine à les faire achever et à les rendre sur la frontière à la fin du mois d'avril; néantmoins, je puis asseurer Votre Eminence que je feray l'impossible pour lui donner cette satisfaction .

La Reine me dit, la veille de mon départ, qu'il falloit encore acheter un petit chandelier d'argent pour la petite chambre à

(1) Lettre inédite. Aff. étr., France, vol. 292.

coucher de la reine future; et, pour moi, je crois qu'il faut encore une paire de chenets d'argent ; j'attendrai sur cela les ordres de Votre Eminence.

Votre Eminence m'ayant ordonné de faire passer par les mains du premier gentilhomme de la chambre tous les habits, linges et autres choses qui ont été et seront achetées pour la personne de la reine future, et non par celles de Madame de Navailles qui avoit déjà commencé, je la supplie très humblement de me faire savoir si ce n'est pas son intention qu'une dame de qualité nommée par M. de Créqui voie tout ce qui sera sur ce sujet, comme il seroit à mon avis bien nécessaire, parceque ma femme pourroit faillir; et, en cas que ce soit son intention, je la supplie très humblement de faire donner le billet cijoint à mondit sieur de Créqui.

Si Votre Eminence a agréable de m'envoyer les deux clefs des deux cabinets d'ébène, l'un pour en tirer divers ouvrages d'or pour convertir en plats et assiettes ; l'autre, pour faire voir les ouvrages d'argent gravés qui sont sur le petit cabinet envoyé de Rome à Votre Eminence, il y a six ou sept ans, aûn de les faire imiter sur le grand cabinet auquel je fais travailler. Si Votre Eminence désire aussi que l'on emploie ses jetons d'or en vaisselle, ainsi qu'elle m'a fait l'honneur de me le dire, elle aura agréable de m'envoyer la clef du cabinet dans lequel ils sont. Le bruit de la mort de l'évêque de Luçon n'a aucune suite. J'ai pris la liberté d'écrire ce matin à Votre Eminence en faveur de M. de Saumeri, mon beau-frère, pour lui demander l'honneur de sa protection dans la perte qu'il a faite de Son Altesse Royale, son maître, qu'il a servi l'espace de vingt-trois ans avec toute la fermeté et l'attachement qu'un gentilhomme, qui a du mérite et de l'honneur, doit avoir. S'il étoit assez heureux d'être distingué des autres et un peu particulièrement considéré par Votre Eminence, sa vie passée et les qualités de son esprit me convieroient facilement d'être sa caution que personne n'auroit jamais eu si fortement que lui un dévouement entier à ses volontés.

Je supplie Votre Eminence de se souveuir du traité à faire

avec M. de Saint-André-Montbrun pour le gouvernement du Nivernois.

Je suis tousjours avec le respect et la dévotion que je dois, Monseigneur, De Votre Éminence

Le très humble, très obéissant, très obligé et très Adèle serviteur,

A Paris, ce 19« mars 1660.

Je reçus avant-hier la lettre de Votre Eminence du neuvième de ce mois sur ce qui touche M. le Prince. Je ne pus le trouver le reste de la journée. Hier matin, je me rendis à son lever, ayant été nécessaire de lui parler moi-même vu que M. de la Croiselte est à présent en Normandie, et que l'avis sur lequel est fondée la lettre de Votre Eminence est véritable.

J'expliquai d'abord à Son Altesse le motif d'amitié qui obligeoit Votre Eminence de lui donner avis de ce qui se passoit sur le sujet des clous mis pardessus la housse de son carrosse ; les plaintes que Monsieur en avoit fait, et la suite que cela pouvoit tirer, de la même façon que Votre Eminence m'ordonne de lui expliquer. Son Altesse me repartit qu'il étoit obligé à Votre Eminence de la manière dont elle vouloit bien user avec lui, et qu'il est vrai qu'il avoit fait mettre les clous pardessus la housse de son carrosse, mais que ce n'étoit pas une chose nouvelle, vu qu'au deuil de feue Madame sa mère, il l'avoit fait de même et avoit entré au Louvre et chez Son Altesse Royale, qui étoit le plus jaloux prince qui fut jamais de ces sortes de choses; et, au deuil de M. de Valois, il avoit encore fait la même chose sans que l'on y eût trouvé à redire ; que ces deux occasions s'étant passées de cette sorte, joint qu'il n'avoit jamais entendu parler qu'il y eût un règlement, ni ordonnance du Roi qui le défendit, il avoit cru pouvoir continuer en cette occasion. Je lui repartis que je le priois d'observer que les deux occasions qu'il citoit

(1) Lettre inédite. Aff. étr., France, vol. 292.

avoient peut-être été souffertes par la raison du temps, et que s'il n'y avoit point d'exemples précédents, je doutois fort que ces deux fussent suffisants pour établir ce droit. Il me repartit que cela étoit véritable; mais que l'engagement des deux occasions, le défaut de règlement et les entreprises perpétuelles que les autres princes font sur les princes du sang lui avoient persuadé qu'il pouvoit bien se distinguer d'eux par cette marque en cette occasion. Il me dist encore une autre raison sur laquelle il appuya davantage, qui est que les Enfants mâles des Fils de France étant premiers princes du sang, et lui ayant cet honneur, il ne prétendoit pas qu'ils pussent avoir cette prérogative pardessus lui autre que le pas, et qu'ayant vu, en toutes occasions, Mesdemoiselles d'Orléans prendre cette marque et M. de Valois étant né en 1651, qui l'avoit pris, il avoit cru pouvoir aussi la prendre. Il me fit connoître en même temps qu'il ne croyoit pas qu'il fût à propos de traiter à présent cette question, et qu'il disoit seulement celte raison pour la faire savoir à Votre Eminence qui en useroit avec sa prudence ordinaire ; et, après m'avoir dit toutes ces choses, il me dit qu'il feroit aveuglément ce que Votre Eminence désireroit et lui conseilleroit sur ce sujet et sur tout autre, me témoignant pourtant qu'il lui seroit obligé si l'on pouvoit trouver quelque tempérament pour empêcher qu'un changement si subit ne parut, et me répéta encore qu'il feroit tout ce que Votre Eminence désireroit,

COLBBRT (1).

(1) Lettre inédite. M. élr., France, vol. 910

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