‹ Mécanique de l'échangeChapitre 20 sur 123 · I.\ I.ETTRK DE CILOCE — I.ES DEVISES · texte numérisé non relu

I.\ I.ETTRK DE CILOCE — I.ES DEVISES

La compensation se fait, pour ainsi dire, de la main à la main, entre des sommes payables au même jour sur la même place; mais il n’est pas possible de compenser ainsi des payements qui ont lieu sur deux places différentes.

De place à place, il ne se fait que des compensations indirectes au moyen de la traite ou lettre de change.

Un commerçant du Midi qui est créancier du -Nord, soit pour des marchandises expédiées, soit pour

SI ■ CHAPITRE l\

un emprunt qu’il y a négocié, au lien de faire venir l’argent du Nord, fait traite sur son débiteur et vend la traite. Qui l’achète? un autre commerçant du Midi qui se trouve devoir au Nord, et qui, au lieu d’envoyer de la monnaie, remet la traite à son créancier du Nord. Ce dernier est ainsi payé chez lui et justement avec l’argent que son voisin aurait dû expédier au Midi.

Deux chaises de poste qui se rencontrent à moitié relais détellent et font l’échange des chevaux. On profite de la rencontre pour abréger réciproquement les deux courses. La traite ou lettre de change fait |)lus qu’abréger, elle supprime eh entier les deux transports de monnaie qu’il aurait fallu effectuer pour éteindre la dette du Nord envers le Midi, et celle du Midi envers le Nord.

Mais ni le Midi ni le Nord ne se bornent à commercer entre eux, ils sont aussi en relation avec l’Orient et avec l’Occident. Chaque point cardinal a ou |>eut avoir pour créanciers et pour débiteurs les trois autres points cardinaux, exactement comme dans la chambre de compensation chaque agent a ou peut avoir pour débiteurs et jxiur créanciers

LE PAYEMENT ÉCONOMIQUE A ÜISTANCE io

tous ses collègues. Feut-on compenser les dettes et les créances entremêlées de toutes les parties du monde? Oui, et c’est le travail des banquiers.

Le commerçant du Midi qui a un débiteur dans le Nord fait traite sur le Nord. Cependant, comme ce serait une perte de temps pour lui de se mettre en quête d’un autre commerçant qui ayant un créancier dans le Nord, pourrait acheter la traite ; il s’adresse à un commerçant spécial, le banquier, qui fait métier d’acheter les traites aux uns et de les vendre aux autres. Le banquier du Midi achète donc la traite sur le Nord, mais il ne trouve pas toujours un commerçant sur place qui en ait besoin. Si le Midi ne doit rien au Nord, la traite sur le Nord n’a pas de preneur. Que fait le banquier? Il sait que l’Occident doit de l’argent au Nord. Sans retard, il fait remise à l’Occident de la traite sur le Nord. Que si l’Occident vient d’exporter des marchandises pour le Midi, le voilà payé et payé précisément avec la traite sur le Nord, qui lui convient à merveille. Mais si l’Occident n’est pas créancier envers le Midi, il lui doit un payement pour la traite sur le Nord qu’il vient de recevoir. Il se peut (pie l’Occident soit

CIIAI’ITKE IX

créancier de l’Orient; il tire alors une lettre de change sur l’Orient et l’envoye en payement au Midi. Que si le Midi se trouve devoir à l’Orient, il n’a, pour s’acquitter, qu’à lui remettre la lettre de change qui vient de lui arriver de l’Occident, et tous les quatre points cardinaux se trouvent indirectement compensés.

On classe les lettres de change par devises.

Ce qu’on appelle une devise n’est autre que le nom de la ville qui doit payer.

Chaque devise comprend toutes les lettres de change qu’on tire, de n’importe quel pays, sur la ville dont elle porte le nom.

Les banquiers échangent entre eux les devises, comme les agents échangent les délégations. Les banquiers forment comme une grande chambre de compensation permanente entre tous les pays. Pour chaque pays, tous les autres pays n’en font qu’un , et de cette façon chaque pays n’exporte ou n’importe de monnaie que la différence entre la valeur de toutes tes marchandises ou titres importés et la valeur de toutes les marchandises ou titres exportés. C’est comme l’agent quij dans la chambre de conqjen-

Page 1