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LES PRIX ÉMANCIPÉS ET LA TAXATION DE L’INTÉRÉT

Le prix de revient n’a rien de commun avec la valeur. On ne demande pas au blé combien il a coûté. 11 vaut moins, si la récolte est abondante ; il vaut plus, si elle est mauvaise. On ne demande pas au fer si la fabrication a donné des bénéfices. On ne reproche pas à la perle de n’avoir peut-être rien coûté à la main qui l’a trouvée. Le champ que le fils posthume tient de l’héritage paternel ne vaut pas moins que le champ acquis à force de travail et d’économie par l’enfant trouvé.

8i CHAmRE XVI

L’induslrie et le commerce n’ont qu’une préoccupation, obtenir un prix de revient qui soit toujours au-dessous de la valeur du bien produit. Aussi, fontils la plus grande attention aux oscillations des tantièmes et des masses ; ils s’enquièrent sans cesse si tel bien est demandé ou non, si telle denrée abonde ou fait défaut.

Le prix de revient est une constatation historique et individuelle, tandis que la valeur est une constatation mathématique et sociale. Le prix de revient est une voix ; la valeur, c’est le suffrage de tous.

Toute certaine que la valeur soit, elle n’est pas écrite sur chaque objet ; elle ne peut pas l’être, car les tantièmes et les masses varient toujours.

11 faut cependant se fixer réciproquement quand on fait un échange, il faut arrêter un prix.

Qui doit faire le prix? Si on remonte à une époque éloignée, si on étudie la famille primitive, on voit que d’abord l’ouvrage de chacun était apporté au père de famille, mis à la masse commune, qu’on recevait en échange ce dont on avait besoin. Mais aussitôt que la famille devint nombreuse, la parenté s’affaiblit en s’étendant, et la tutelle patriarcale

LES PRIX ÉMANCIPÉS

commença à peser. On apportait bien encore à la masse, mais on voulait recevoir en biens variés une valeur proportionnée à la valeur du bien apporté. On exigeait l’équivalent.

Alors, les difficultés furent graves. Comment évaluer les apports, comment évaluer les biens à donner en échange? Peu à peu la famille se sépare. Chaque individu dispose de son ouvrage ; au lieu de l’apporter à la masse, il le cède, à qui bon lui semble, contre un autre bien. Chacun veut discuter ses prix lui-même.

Les prix qu’on obtient doivent être rémunérateurs. Parfois ils peuvent ne pas l’être. On court des risques, mais ce sont les risques de l’indépendance; on est libre, on a brisé les chaînes d’une indivision et d’une minorité insupportables. Si les relations de famille se relâchent, les relations sociales se développent de plus en plus, car le besoin d’échanger ne s’arrête pas. Le droit civil est fondé.

11 faut bien vendre, donc il faut se contenter d’un bénéfice modique. Il faut bien acheter, donc il faut se contenter d’un bon marché raisonnable. Tous les prix sont débattus, ils montent, ils baissent, mais un

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