CHAPITRE XVI
niveau équitable, en rapport avec la valeur, se déclare, niveau qu’on ne peut fausser longtemps ni dans un sens ni dans un autre. Le monde n’est plus régi par la toute-puissance paternelle; il marche de lui-même, animé par l’activité et par la responsabilité de chacun. 11 n’y avait qu’un grand arbre, il y a désormais une grande forêt ; la science du bien et du mal appartient à tous. C’est en émancipant les prix qu’on s’est émancipé.
Mais on se repent de tout , quelquefois même du bien. On regrette la protection paternelle, on ne x^eut plus voir qu’un désordre dans l’émancipation des prix. Four revenir autant que possible au passé, on essaye de la taxation officielle. Cependant, celui qui est contraint de vendre à prix taxé, et qui doit acheter ses matières premières à des prix non taxés, se trouve devant une limite qui l’arrête <à la vente, sans aucune limite qui le défende à l’achat. 11 faudrait donc, pour être juste, taxer tous les prix , même les prix des objets naguère inconnus, et qu’on invente tous les joui-s. Le programme devient ellrayant. On sait ce qu’il en coûte pour dresser seulement des tarifs de douane qui ne comprennent
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LES PRIX ÉMANCIPÉS
cependant pas, il s’en faut, tous les biens possibles, et qui ne règlent pas des choses aussi délicates que l’achat et la vente. L’impossibilité de tout taxer est vite reconnue; mais avant de reconnaître la vérité tout entière , on fait encore un effort , on soumet à la taxe quelques articles seulement, certaines denrées alimentaires par exemple, et pour adoucir la situation des débitants ainsi taxés par exception , on leur accorde le monopole des denrées. De plus, on fait varier périodiquement la taxe officielle, suivant que varie le prix ordinaire des matières que les débitants taxés doivent acheter.
On ne fait là que suivre, de loin et en le gênant le mouvement naturel des prix émancipés, car, dt^à, sans que ta taxe intervienne, les prix de vente varient suivant que varie la valeur réelle des objets mis en vente. Le commerce , accessible à tous , garantit les acheteurs beaucoup mieux que ne le fait la taxe périodique avec ses monopoles, ses lenteurs et ses entraves.
La raison, aidée de l’expérience, est enfin victorieuse. Les taxations officielles s’en vont; lesexce|)tions sont désormais de plus en plus rares. Une