CHAPITRE XVTl
ce cas, ne se fait pas attendre, la concurrence arrive (jui donne à meilleur prix.
Jusque-là la cherté n’est qu’éphémère.
La véritable cherté est tout autre ; elle résulte de l’insuffisance des ressources. Quand les ressources sont insuffisantes, jamais rien n’est bon marché ; livré, même à moitié prix, et à moins encore, le pain est très-cher pour celui qui est dans la misère.
Cette cherté, fille de la misère ou de la quasi-misère, peut donner lieu à des observations et à des propositions. Elles viendront en temps et lieu. Ce sont des questions de droit civil et de digni'é sociale qu’on ne peut mêler ici aux choses toutes mécaniques de l’échange.
Mais cette réserve faite, il faut reconnaître qu’on ne peut définir en termes absolus ni le cher ni le bon marché. Ce qui paraissait cher hier parait bon marché aujourd’hui et paraîtra de nouveau cher demain. Quand on débat le prix, tout est déclaré cher par l’acheteur, tout est déclaré bon marché par le vendeur, et malgré tout le contrat se conclut.
A quel prix les diamants ou les chiffons sont-ils réellement chers ou bon marché? Qui pourrait le
LA LHEHTÉ ET LTNTÈHÈT A BON MAKLIli; Vi
dire ? et cependant on veut chiffrer le Ik)ii marché et le cher quand il s’agit du taux de l’intérêt.
Le signe arabique dont on se sert pour indiquer la raison progressive de l’intérêt ne dit rien |>ar lui-même ; on peut avoir emprunté à 4 mal à propos, et on peut avoir sagement emprunté à 6. C’est l’ensemble de l’ojjération qui doit laisser un bénéfice, ce n’est pas le taux de l’emprunt. Le bien-être ne résulte pas de ce qu’un article, ou plusieurs articles, ou l’intérêt paraissent bon marché; le bienêtre résulte d’un bon équilibre entre les recettes et les dépenses.
Un pays peut être prosj>êre ou ne pas l’être quel que soit 1e taux ordinaire de l’intérêt. S’il existe des contrées attardées où l’intérêt est très-élevé, il y a aussi des peuples très-actifs, très-entreprenants, trèsmodernes, parmi lesquels l’intérêt se chiffre trèshaut. Là, l’échange des capitaux est gêné par la proscription religieuse de l’intérêt, il y a peu de préteurs, on reste propriétaire, on ne se fait pas capitaliste, l’intérêt est naturellement élevé. Ici, il y a tout à la fois grande abondance et grande demande de capitaux; le travail sait faire ses plans, ses devis;