IM CHAPITRE XXX
pas à payer sa dette par voie de compensation, attendu que le Midi visité par la secousse monétaire a ralenti toutes ses importations et ne doit rien au dehors. L’étranger ne peut se libérer qu’en expédiant de la monnaie, ou des devises étrangères. Mais ces devises étrangères sont elles-mêmes de la monnaie toute prête, car le Midi, n’ayant aucun payement à faire à l’extérieur, ne peut que les envoyer aux pays qui doivent les payer ; il les y envoie en effet, les y fait escompter et se fait remettre le numéraire. L’or arrive, l’équilibre général se rétablit ; la secousse passe.
Que si quelque imprudent voulait empêcher la hausse naturelle et salutaire de l’escompte, il lui faudrait offrir de l’or renchéri au bas prix qu’il valait avant le renchérissement. Alors tous les portefeuilles se videraient, tous les porteurs de lettres de change demanderaient en foule à se faire escompter.
S’il continue à fournir de l’or à bas prix, l’escompteur sera bientôt à court. Mais le vertige le domine, il a promis d’escompter à bon marché, il veut persister; il paye en billets de banque. Ces billets sont remboursables en or et à vue. L’escompté
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va au remboursement. 11 connaît à merveille la situation : la monnaie étant chère, il suspendait ses achats au dehors ; mais on lui donne de l’or à bon marché, il en profite, il continue ses achats et ses prêts à l’étranger. Le pays manquait d’or, voilà que l’or continue d’émigrer.
L’escompteur augmente son capital, il vend les titres, les rentes dont il est propriétaire, il en avait même vendu d’avance en prévision de la secousse, il vend toujours, mais quoi ! L’or qui lui arrive n’augmente en rien les ressources monétaires du pays, c’est de l’or qui entre dans une caisse, mais qui sort d’une autre, ouqui passe simplement d’un compte à un autre ; la pénurie générale est encore la même, avec cette aggravation que l’or \a se trouver dans l’endroit le plus dangereux, dans les mains d’un prodigue qui le donne trop bon marché, et qui pousse ainsi à une nouvelle exportation.
L’imprudent escompteur commence à douter de lui-même, il voudrait trier les effets qu’on lui présente à l'escompte, n’en prendre qu’une partie, refuser les autres sous prétexte qu’ils sont mauvais. On lui en fera des bons, les maisons les plus puis-
sanies de l’élranger tireront sur les maisons les plus puissantes de l’intérieur. Le bénéfice est certain ; on a ouvert un grenier d’abondance, on y vend l’or au rabais, on a bien le droit d’en acheter si on en donne le prix affiché.
A ce travail, les provisions monétaires du pays sont vite entamées. L’alarme est donnée. La foule accourt, et, les billets à la main, elle redemande impérieusement, elle exige son or. L’escompteur est forcé de s’avouer impuissant; il va tomber; mais sa chute écraserait trop de monde, on le tiendra debout sur la honteuse béquille du cours forcé.
La secousse monétaire ne se déclare presque jamais dans un seul pays. Ordinairement plusieurs pays voisins la subissent en même temps sous l’influence d’une forte exportation de métal précieux qu’on envoie dans une contrée lointaine. Alors ces pays n’en font qu’un, au point de vue monétaire. La baisse des prix y est commune, toutes les cotes signalent des cours descendants, les lettres de change subissent dans tous ces pays à la fois un escompte plus élevé, car l’or y est partout très-rare, très-précieux. Tout cela est inévitable. Le phéno-
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mène contraire se produira dans tous ces pays quand l’or y reviendra de n’importe quelle partie du monde. Hausse générale de tous les prix, dépréciation de l’or, baisse de l’escompte.
Evidemment, si un pays prétendait escompter à bon marché quand plusieurs régions subissent la même secousse par défaut d’or, il n’irait pas loin. Il serait seul contre tous, seul contre la gravitation universelle. Tout son or partirait avec une vitesse effrayante. Eh bien, le pays qui perd son or, qui n’a plus pour monnaie que du papier, descend bien bas. Les transactions souffrent à l’intérieur, et toute puissance d'achat, toute facilité d’emprunter, toute possibilité de prêter sont compromises à l’extérieur.
Les secousses monétaires sont des accidents de force majeure, et les remèdes qu’on suggère contre elles ne sont point des remèdes. Qu’on augmente le capital des banques, qu’elles réalisent tous leurs titres, qu’elles reçoivent même un secours inespéré par la découverte d’un grand trésor enfoui : tout est en vain, si l’escompte reste stationnaire. Ce n’est pas en versant de l’eau dans un canal où des fuites se sont déclarées qu’on rétablit son niveau; c’est tout