LA MONNAIE TERRITORIALE ET LE BILLET A RENTE
Plus d’une fois on a songé à remplacer l’or par une monnaie nouvelle.
Entre autres inventions, on imagina de monnayer le bien le moins propre à évaluer et à payer les autres biens : 1a terre.
Évaluer avec l’or est facile; il n’y a qu’un or, toujours égal à lui-même, toujours identique dans toutes ses molécules. Il y a, au contraire, une variété innombrable de terres, les unes très-différentes des autres, les unes valant beaucoup plus ou beaucoup
moins que les autres, et les unes et les autres chants
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peant souvent de valeur. La terre-type capable d évaluer les autres biens n’existe pas.
Payer avec l’or est bien simple. On se remet le métal de la main à la main par quantité très-exacte, et tout est fait; la libération est accomplie; l’échange est vraiment consommé. C’est, au contraire, une longue opération que de transmettre une terre. Puis, la terre n’est pas très-divisible. Puis, il faut cultiver, administrer. Bref, la terre ne peut servir de monnaie.
Mais, dit-on, on ne payera pas avec la terre ellemême, on payera avec un titre représentatif de la terre, avec un papier territorial. Que peut dire ce papier? S’il dit : « Bon pour une surface de terre de telle dimension », la difficulté reste la même; il faut évaluer les autres biens avec des surfaces de terre qu’on ne connaît pas; il faut, à tout moment, accepter en payement de la terre qu’on n’a jamais vue, qui est plus ou moins bien située. Si le papier (lit : « Bon pour telle somme d'or garantie par de la terre » , alors ce n’est plus la terre qui est monnaie, c’est l’or lui-même, et ce papier n’est autre (jii’unc créance.
LA MONNAIE TERRITOKIAI.E H9
I^a terre donne des produits. A qui doivent appartenir ces produits? S’ils appartiennent à l’émetteur du papier, cet émetteur se trouvera en jouissance de deux capitaux, *au lieu d’un seul qu’il possédait; car il aura les produits de la terre, et il aura les produits de tous les biens qu’il achètera en émettant le papier. C’est inadmissible. Si le public acceptait une telle monnaie, l’émetteur n’aurait qu’à continuer ses émissions pour acquérir gratuitement tous les biens existants. Ce serait la confiscation générale. Que si les produits sont dévolus au porteur du papier, alors ce papier deviendra une véritable obligation foncière. Ce peut être un titre excellent, mais ce n’est pas une monnaie.
On peut en dire autant de tous les billets à rente qu’on a proposés comme monnaie. Le billet à rente produit des intérêts , des intérêts qui ne peuvent être détachés et perçus qu’à certains jours plus ou moins éloignés. De plus, ce billet attend des intérêts périodiques, de véritables jouissances annuelles ou semestrielles, plus ou moins rémunératoires, et assurées pour un temps plus ou moins long. Chaque jour, et à chaque payement, il fa it commencer par